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L'avortement et le divorce provoquent une souffrance qui empêche des millions de personnes de vivre pleinement leur foi

C'est la conclusion du congrès sur la pastorale pour les enfants de parents divorcés et pour les parents ayant vécu un avortement, qui s'est déroulé à Rome les 4 et 5 avril 2008.

Ce congrès international, organisé par l'Institut pontifical Jean-Paul II d'études sur le mariage et la famille et par les Chevaliers de Colomb, avait pour thème : « Du baume sur les blessures - une réponse aux blessures de l'avortement et du divorce ». Parmi les intervenants, Victoria Thorn, fondatrice du « Projet Rachel », a expliqué que « la rupture provoquée par l'avortement empêche des millions de personnes d'entrer pleinement dans leur voyage de foi, de faire pleinement l'expérience de la vie divine qui est en elles ». Elle a évoqué les deux dimensions, spirituelle et humaine, de la blessure de l'avortement qui, estime-t-elle, « doit être affrontée sur ces deux fronts si l'on veut espérer une guérison ». 

La femme, après avoir avorté, « pense généralement avoir commis un péché impardonnable. C'est le nœud central de sa blessure spirituelle. Elle est mère et sait qu'elle s'est rendue responsable de la mort de son propre enfant ; un enfant auquel elle n'a jamais donné le jour, qu'elle n'a jamais vu ni serré dans ses bras. Ceci est l'essence même de la blessure, d'un point de vue humain ». Mère Mary Agnes Donovan des Sisters of Life (Les religieuses de la Vie) de New York a déclaré, quant à elle : « Le problème de tout avortement est qu'il provoque une destruction profonde et inévitable chez l'individu qui est unique, qui n'entre dans aucun moule, qui ne rentre dans aucune catégorie organisée ». « Si cette personne, ajoute-t-elle, a reçu des rudiments de foi, de conviction religieuse ou morale, elle est alors écrasée par son sentiment de culpabilité ; un sentiment que différentes forces en action pourront arriver à enfouir au fond de son inconscient, mais qui finira par ronger son âme ».

Victoria Thorn souligne que « l'avortement a pris une telle ampleur qu'il est devenu prioritaire pour l'Eglise, non seulement de continuer à proclamer la nécessité de protéger la vie humaine non née, mais de contribuer à la guérison de millions de personnes qui sont tombées, volontairement ou contraintes, consciemment ou inconsciemment, dans ce mal, en étendant jusqu'à elles le pardon de Dieu et sa guérison ». « Les femmes guéries par la grâce et l'amour de Dieu n'avortent plus. Et les hommes, comme les femmes, s'ils surmontent cette épreuve, font tout ce qu'ils peuvent pour mettre fin à ce fléau. Ces personnes, conclut-elle, deviennent la pierre angulaire d'une culture de la vie ». La division du divorce Sur le thème de la foi chez les enfants de parents divorcés est intervenue Elizabeth Marquardt, vice-présidente du Center for Marriage and Families à l'Institute of American Values de New York. 

Elizabeth Marquardt cite une étude selon laquelle « les adultes, enfants de parents divorcés, ne considèrent pas qu'il puisse exister un ‘bon' divorce. Quand bien même s'agirait-il de divorcés ‘par consentement' ou de ‘bons' divorcés, ces derniers imposent à leurs enfants de grandir en se partageant entre deux mondes et de chercher par eux-mêmes à donner un sens à cette diversité de convictions, de valeurs et de styles de vie qui caractérisent leurs parents ». « Quand les parents divorcent », ajoute-t-elle, « la grande difficulté de devoir résoudre le conflit entre les deux parties demeure. Avec le divorce, la tâche de trouver un sens à cette division entre deux mondes est plutôt laissée aux enfants ». « Ainsi le divorce, poursuit-elle, instille chez ces enfants un sentiment de dualisme permanent qui influe gravement sur eux, les faisant grandir trop vite ». Les enfants de divorcés, ajoute Elizabeth Marquardt, « se sentent partagés, écartelés entre les deux mondes de leurs parents. Ils se sentent beaucoup plus seuls. Ils deviennent souvent méfiants et introvertis. Ils ne savent pas où est leur place et ont le sentiment de devoir résoudre les grandes questions de la vie par eux-mêmes ». « Ils doivent gérer les lourdes conséquences qui pèsent sur leur vie spirituelle. Et tout cela, ils le font isolés dans leur silence, car jamais personne ne parle avec eux de cette tâche qui leur a été confiée ».

Elizabeth Marquardt estime que les Eglises peuvent être d'une grande aide pour les enfants et pour les familles frappées d'un divorce. Il ne faut pas éviter la question sous prétexte qu'elle dérange, mais en discuter ouvertement. « Il est parfaitement possible d'exprimer toute notre compassion aux enfants de divorcés et de souligner l'importance du mariage, tout en apportant notre soutien aux parents qui vivent seuls ou sont divorcés », a-t-elle expliqué.

A l'occasion du troisième anniversaire de la mort de Jean-Paul II (le 2 avril 2008) dont le pontificat a été fortement marqué par la miséricorde divine, nous reprenons ci-dessous une méditation proposée par le P. Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, et publiée par L'Osservatore Romano.

La valeur politique de la miséricorde par le père Raniero CANTALAMESSA.

Nous avons l'habitude de considérer la miséricorde comme un sentiment tout à fait individuel et «privé» qui n'entre en jeu que dans la relation de l'homme avec Dieu ou avec ses semblables. Bien comprise dans ses implications, elle est, au contraire, le concept le plus révolutionnaire et le plus «politique» que l'on peut imaginer. Il s'agit d'appliquer à la vie sociale, au-delà de la vie individuelle, l'idée que chacune des grandes religions a de son Dieu, en ne faisant pas du Dieu dans lequel on croit une arme à brandir contre les autres, mais un modèle à imiter.

La miséricorde est en effet le trait qui, plus qu'aucun autre, rapproche le Dieu des juifs et des chrétiens, le Dieu de l'islam et le Dieu (ou plutôt la religion) bouddhiste, et qui se prête donc le plus à un dialogue et à une collaboration entre les grandes religions pour la paix dans le monde. Etre ou non miséricordieux est, avant tout, une question de fidélité ou d'infidélité à sa propre croyance religieuse. 

Le Dieu biblique se présente à Moïse avec les mots «Yahvé, Yahvé, Dieu de miséricorde et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité» (Ex 34, 6) et toute la Bible est la confirmation de cette phrase, jusqu'à Jésus qui est la suprême révélation de la miséricorde du Père. Dives in misericordia, «riche en miséricorde» est le titre choisi par Jean-Paul II pour son encyclique sur le Dieu de la Bible.

Mais Mahomet lui aussi ne prêchait pas seulement un Dieu tout-puissant prompt à la colère et au jugement. Il adopta pour Dieu un qualificatif qui était déjà commun en Arabie: ar-Rahmân «le Miséricordieux», et ce mot resta dans la formule qui introduit chaque sourate du Coran: «Au nom de Dieu le Miséricordieux, empli de compassion». Dans le bouddhisme, qui ne connaît pas l'idée d'un Dieu personnel et créateur, le fondement est anthropologique et cosmique: l'homme doit être miséricordieux pour la solidarité et la responsabilité qui le lient à tous les vivants. Les écrits de l'actuel Daïla Lama Gyatso Tenzin expriment à chaque page un grand sens de la solidarité et une sorte de tendresse envers tous les êtres vivants et ils suggèrent également quelle place accorder à cette vision dans la politique, dans l'économie et dans toutes les autres réalités de la vie; ils proposent «une éthique de paix et d'attention» pour le troisième millénaire. Même dans l'actuelle crise de son Tibet, il donne la preuve de la recherche du dialogue et de la solution pacifique du conflit avec les autorités chinoises. Miséricorde est un mot latin composé de deux autres mots: misereor «je compatis», et corde «dans le cœur». L'idée sous-jacente est celle d'une personne qui, face à l'erreur et même à l'offense de l'autre, ne réagit pas immédiatement avec un jugement de condamnation et la volonté d'anéantir l'ennemi, mais s'efforce de se mettre à sa place, d'analyser ses raisons. 

On dit du Dieu biblique qu'il est miséricordieux « parce qu'il sait de quelle pâte nous sommes faits ». Essayons d'imaginer se qui se passerait si l'on tentait de transposer dans la pratique politique la grande «valeur» de la miséricorde. Limitons-nous à l'un des conflits les plus douloureux actuellement en cours dans le monde: qu'arriverait-il si Israéliens et Palestiniens, au lieu de penser uniquement aux torts qu'ils ont subis, commençaient à penser également aux souffrances de l'autre partie, à l'exaspération à laquelle ils sont souvent réduits ? La recette opposée à celle de la miséricorde, c'est-à-dire «œil pour œil, dent pour dent», même dans le domaine politique et militaire a montré qu'elle ne résout rien et ne fait au contraire que provoquer encore davantage de violence. La miséricorde, n'est pas un succédané de la vérité et de la justice, mais une condition pour faire en sorte d'être en mesure de les trouver. Elle n'est pas un indice de faiblesse, mais de force.

Ce que l'on dit des relations internationales, vaut également pour les relations entre les partenaires sociaux, les coalitions et les partis au sein d'une nation et en particulier, en ce moment, de la nation italienne. Le contraire de la miséricorde est la tendance, malheureusement très répandue, de diaboliser et de ridiculiser l'adversaire, de repousser ses raisons avant même de les avoir analysées. C'est une attitude profondément antipolitique, en plus d'être antireligieuse, si la politique consiste à faire l'intérêt de la pòlis, de l'Etat, et non seulement celui de son propre parti. Dante définit tristement l'Italie comme: «la plate-bande qui nous rend si féroces»; la miséricorde peut la transformer en une plate-bande qui nous rend si ... heureux. Jésus a proclamé: «Bienheureux (c'est-à-dire heureux) les miséricordieux!». La miséricorde est pour tout type de communauté ce que l'huile est pour le moteur. Si quelqu'un part en voyage, il peut le faire sans même une goutte d'huile dans son moteur, après quelques minutes, il verra tout s'enflammer. Il en est ainsi pour une communauté humaine qui veut se passer de la miséricorde. Comme l'huile, le pardon lui aussi élimine les frictions, «lubrifie» le mécanisme des relations humaines à tous les niveaux, de la communauté la plus élémentaire qu'est la famille à la plus vaste qu'est la Communauté internationale.

Le pape Jean-Paul II a remis la miséricorde de Dieu « au centre » de la théologie comme de la pastorale, souligne le cardinal Poupard.

Le cardinal Paul Poupard, président émérite du Conseil pontifical de la culture évoque aujourd'hui à Radio Vatican la béatitude des miséricordieux, à l'occasion de l'ouverture, demain matin du premier congrès mondial sur la miséricorde, héritage spirituel de Jean-Paul II. Ce sera, le 2 avril, le 3e anniversaire de la mort du pape Wojtyla.

Le cardinal Poupard rappelle en effet que Dives in misericordia, le Dieu « riche en miséricorde » a été le thème de la première encyclique de Jean-Paul II.

La miséricorde remise « au centre »

Pour le cardinal Poupard, « la miséricorde est le deuxième nom de l'amour : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » - « bienheureux les miséricordieux parce qu'ils obtiendront miséricorde ». 

Il souligne l'évolution apportée par Jean-Paul II : « Je me souviens qu'au premier congrès auquel j'ai participé à Collevalenza pour le premier anniversaire de cette encyclique, j'avais ouvert les encyclopédies théologiques, les dictionnaires, les manuels de théologie, cherchant en vain le mot ‘miséricorde'. Et Jean-Paul II l'a remise au centre ». 

« Le deuxième nom de Dieu »

C'est, souligne le cardinal Poupard, une urgence pour le monde d'aujourd'hui : « Et ainsi, il nous a rappelé que notre monde, dans lequel il faudrait avoir le cœur liquéfié, alors qu'il est trop souvent pétrifié, nous avons besoin de revenir à la méditation, comme lui, qui a cité mille fois Gaudium et Spes en disant: « Seule la vérité sur Dieu permet de découvrir la vérité sur l'homme » et « Miséricorde » est « le deuxième nom de Dieu ». 

La miséricorde nous réchauffe le cœur 

C'est un remède à l'inquiétude du monde, ajoute le cardinal Poupard : « Nous vivons dans un monde dans lequel tant de personnes sont en proie à l'inquiétude, au ressentiment, à la violence,

Les grands-parents, une ressource contre la crise de la famille, selon le pape Benoît XVI le 7 avril 2008

Les grands-parents sont une ressource à valoriser pour affronter la crise des valeurs et des modèles familiaux, a dit samedi dernier le pape aux participants à l'assemblée plénière du Conseil pontifical pour la famille.

Benoît XVI s'est adressé aux quelque trois cents congressistes qui, du 3 au 5 avril 2008 dernier se sont réunis dans l'ancienne salle du Synode, au Vatican, pour réfléchir sur le thème : « Les grands-parents : leur témoignage et leur présence dans la famille ».

La rencontre voulait souligner le rôle de cohésion, de support et de soutien des petits-enfants, de médiation dans les relations entre époux et dans les rapports entre parents et enfants qu'assume la génération plus ancienne au sein de la famille. Au cours des sessions d'études ont été mis en évidence le rôle et la contribution positive des grands- parents au sein des différentes cultures et sociétés ou la famille est en permanence menacée. L'accent a été mis notamment sur l'apport des personnes plus âgées dans l'éducation à la foi et dans la conservation et la protection de la culture d'un pays. Dans son adresse d'hommage au pape, le cardinal Ricardo J. Vidal, archevêque de Cebu et membre du Comité de présidence du Conseil pontifical pour la famille, a expliqué qu'au cours des travaux de l'assemblée « se sont fait jour des sentiments de gratitude à l'égard des grands-parents, des personnes remplies d'affection et de délicatesse, d'autorité et de bonté, qui transmettent avec amour des valeurs religieuses et morales ».

En prenant la parole, le pape à d'emblée adressé ses pensées affectueuses et ses meilleurs vœux de prompt rétablissement au cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du dicastère Vatican, qui n'a pu prendre part à la plénière et à l'audience pour des raisons de santé. Le pape a ensuite souligné que les grands-parents sont « un trésor que nous ne pouvons pas enlever aux nouvelles générations ». En effet, a-t-il expliqué, « on ne peut envisager l'avenir sans faire référence à un passé chargé d'expériences significatives et de points de références spirituels et moraux ». Benoît XVI a donc lancé un appel afin que les grands-parents « retrouvent leur rôle de présence vivante dans la famille, dans l'Eglise et dans la société » et « continuent à être des témoins d'unité, des valeurs fondées sur la fidélité à un unique amour qui engendre la foi et la joie de vivre ». Un défi rendu encore plus urgent face à l'émergence de « nouveaux modèles de familles », au « relativisme diffus », qui minent les valeurs fondamentales du noyau familial. En effet, a-t-il souligné, « la culture de la mort semble malheureusement avancer et s'immisce dans le troisième âge. Avec une insistance croissante l'on arrive même à proposer l'euthanasie comme solution pour résoudre certaines situations difficiles ». « Aujourd'hui, la croissance économique et sociale a conduit à de profondes transformations dans la vie des familles, a-t-il relevé. Les personnes âgées, parmi lesquelles de nombreux grands-parents, ont été reléguées « au placard » : certaines ont pris conscience d'être un poids pour la famille et préfèrent vivre seules ou en maison de retraite, avec toutes les conséquences que ces choix comportent ».

Pour cette raison, a dit le pape « la vieillesse, avec ses problèmes liés également aux nouveaux contextes familiaux et sociaux du fait du développement moderne, doit être analysée avec attention et toujours à la lumière de la vérité sur l'homme, sur la famille et sur la communauté ». « Il faut s'unir pour vaincre ensemble toute forme de marginalisation, parce que tous - non seulement les grands-parents, hommes et femmes et les personnes âgées - nous pouvons être entraînés par la mentalité individualiste. Si les grands-parents, comme on le dit souvent et de toutes parts, constituent une ressource précieuse, il convient d'agir à travers des choix cohérents qui permettent de la valoriser au mieux ». « Il faut réagir toujours avec force face à ce qui déshumanise la société », a demandé le pape, exhortant les communautés paroissiales et diocésaines « à aller à la rencontre des exigences modernes des personnes âgées ». Enfin, Benoît XVI a fait référence à la VIème Rencontre mondiale des familles, qui se déroulera à Mexico du 13 au 18 janvier 2009. « Toutes les familles chrétiennes du monde, a-t-il affirmé, tournent leur regard vers cette nation ‘toujours fidèle' à l'Eglise, qui ouvrira ses portes à toutes les familles du monde ».

Mirko Testa

Relation avec l'Islam par le cardinal Barbarin en avril 2008

Le dialogue interreligieux traverse actuellement des moments très difficiles (...) Mais nous n'avons pas d'autre choix que de continuer sur la voie que nous avons tracée ensemble, et qui nous mènera vers un monde où nous pourrons vivre justement, tranquillement et paisiblement ensemble », écrit un responsable de l'Islam à Lyon, cité par le cardinal Barbarin ce matin à Rome.

Le cardinal archevêque de Lyon, Primat des Gaules, Philippe Barbarin, a en effet présenté ce matin, 3 avril 2008, en la basilique Saint-Jean du Latran, un témoignage de la vie de la miséricorde dans les relations avec la communauté musulmane de ce diocèse. Voici le texte intégral préparé par le cardinal Barbarin, avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Le cardinal Barbarin est intervenu dans le cadre du deuxième jour du premier congrès apostolique mondial sur la Miséricorde divine, héritage spirituel de Jean-Paul II. Un témoignage sur les relations entre chrétiens et musulmans à Lyon par le cardinal Philippe BARBARIN Le thème de la miséricorde, dont les racines bibliques sont profondes, a donné lieu à un riche enseignement théologique dans la tradition chrétienne. Personnellement, je trouve qu'il mérite d'être remis à l'honneur aujourd'hui, dans notre Eglise. Je le dis avec une insistance particulière pour l'Eglise de France où ce mot, malheureusement, a reçu des connotations mièvres et condescendantes, de sorte qu'on l'évite dans le langage théologique et même dans les traductions liturgiques. Ainsi, par exemple, le mot grec eleos revient deux fois dans le Benedictus (Luc 1, 72 et 78) et dans le Magnificat ( vv. 50 et 54) que nous chantons chaque matin et chaque soir, mais à l'inverse des traductions espagnole, allemande ou italienne, qui n'hésitent pas à le rendre par « miséricorde », la traduction française l'esquive, et lui préfère le mot « amour ». 

Cette redécouverte de la miséricorde est d'autant plus importante que c'est un thème majeur dans notre dialogue avec les autres religions, en particulier avec le judaïsme et l'islam. Les juifs, en effet, savent qu'ils ont été choisis par Dieu, en vue de l'accomplissement d'une mission : être des serviteurs de la miséricorde de Dieu parmi toutes les nations. Les raisons de ce choix ne viennent pas de qualités qui les distingueraient des autres nations ; elle demeurent pour toujours dans le secret de Dieu. Mais ce choix donne au peuple juif une place à part et lui impose une grande exigence spirituelle. Pour nous chrétiens, qui héritons de la mission confiée au peuple saint, lorsque, par le baptême qui fait de nous les membres du corps du Christ, nous recevons l'israelitica dignitas, nous avons à poursuivre l'œuvre du Bon Samaritain qui s'est penché sur l'humanité laissée sur le bord de la route, à l'état de cadavre. Par son ministère et toute sa vie, Jésus, le Fils Bien Aimé, en qui le Père a mis tout son amour (cf. Mat 3, 17), nous révèle le mystère d'un amour « tenu caché depuis les siècles en Dieu » (Eph 3, 9). 

Chez les musulmans, il est frappant de voir que parmi les quatre-vingt-dix-neuf noms divins, ceux qui sont le plus utilisés sont justement « le Très Miséricordieux » (Ar-Rahman) et « le Tout miséricordieux » (Ar-Rahim), toujours liés à celui d'Allah. Ces deux noms reviennent chacun deux fois dans la première sourate du Coran (la Fatiha) que le musulman répète dix sept fois chaque jour, au cours de ses cinq prières quotidiennes. Une expérience lyonnaise. Le témoignage que je vais maintenant vous livrer est celui d'une expérience qu'il m'est donné de vivre à Lyon avec la communauté musulmane. Elle a connu son point culminant lors d'un voyage en Algérie, et particulièrement au Monastère de Tibhirine, en février 2007. Mais avant d'en venir au récit de ce « pèlerinage », je voudrais présenter quelques aspects du dialogue et de l'amitié que nous vivons depuis plusieurs années. Le thème de la miséricorde y tient une grande place et sans doute en est-il même la source.

Dès sa première visite à l'archevêché, lorsqu'il est venu se présenter comme nouveau Président du Conseil Régional du Culte Musulman (C.R.C.M.), le Pr. Azzedine Gaci m'a parlé de sa foi et de son amour de Dieu avec tellement de droiture et de simplicité que cela m'a encouragé à lui poser une question très difficile que je n'avais encore jamais osé soumettre à un responsable musulman. Chaque année, parmi les quatre-vingt ou cent adultes de mon diocèse qui écrivent pour demander le baptême, il y a environ une dizaine de musulmans. Souvent, une jeune fille ou une jeune femme me confie que son père ou son frère lui a dit qu'il la tuerait, si elle se faisait baptiser. Certes, c'est toujours une souffrance dans une famille lorsqu'un de nos proches décide de changer de religion (chez les Juifs et les chrétiens aussi), mais de là à le menacer de mort, il y a de la marge ! A cela, il m'a répondu que c'était inadmissible, et que le cheminement spirituel de chacun devait absolument être respecté. Je lui ai alors fait remarquer que c'était écrit dans le Coran, et il m'a expliqué que ces menaces et ces violences venaient d'une interprétation erronée du texte. Je lui ai dit qu'il est difficile pour l'archevêque de Lyon d'inviter des musulmans à désobéir à la lettre du Coran, et lui ai demandé s'il expliquait cela lui-même à ses communautés. Et il m'a assuré qu'il le faisait. 

Azzedine Gaci m'a plusieurs fois exprimé son accord profond sur les prises de position de l'Eglise concernant le respect de la vie, les nouvelles biotechnologies. « A chaque fois que je lis un texte de vous sur ces questions, m'a-t-il confié, je peux dire que je le signerais sans hésiter, moi aussi ». Il admire la clarté de notre doctrine sur le début et la fin de la vie, sur la fidélité, les questions de la sexualité, de la bioéthique... et il a voulu savoir si les couples catholiques se conforment à l'enseignement de l'Eglise au sujet de la contraception. Peu de temps après, il m'a invité à l'inauguration de la Mosquée Othmane à Villeurbanne, dont il est le Président. Plusieurs ministres et responsables politiques et religieux étaient là, et c'est lui, Azzedine Gaci, qui a commencé la longue série des discours. Après avoir accueilli tous les invités, il a souhaité s'adresser surtout aux membres de sa communauté. « Mes frères musulmans, leur a-t-il dit, pourquoi parlons-nous toujours de nos prières et du jeûne du Ramadan, au lieu de témoigner que le cœur de notre foi, c'est l'amour de Dieu ? Regardez les chrétiens, dès qu'ils ouvrent la bouche, on voit à quel point ils aiment Jésus. Je voudrais dire à mes frères musulmans que lorsque nous parlons de notre foi, il faut que l'on sente d'abord l'amour de Dieu qui nous habite. » Une année, au début du ramadan, il a envoyé un message électronique à ses amis où il ne disait pas un mot du jeûne. Ce mois, nous expliquait-il, est consacré à la miséricorde. 

Nous prions pour demander le pardon de nos péchés et pour obtenir que tous les hommes soient purifiés. Je propose à ceux qui le désirent de s'unir à notre démarche spirituelle par la prière suivante : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Et comme je lui faisais remarquer que ce sont des paroles de Jésus dans le Notre Père, il m'a répondu : « Oui, je sais bien, mais c'est la plus belle prière pour le pardon que je connaisse ! » Lors d'une de ses visites à l'archevêché, alors que nous étions déjà devenus plus familiers l'un de l'autre, et disons-le simplement, vraiment amis, Azzedine m'a interrogé sur la Trinité : « C'est un sujet sur lequel j'aimerais vous entendre, car les musulmans disent parfois que les chrétiens sont incohérents de professer leur foi en un Dieu unique, alors qu'ils parlent des trois personnes du Père, du Fils et du Saint Esprit. Mais moi, je vous connais, Monseigneur, et je sais bien que votre foi n'est pas incohérente. Expliquez-moi la Trinité, s'il vous plaît. » Je lui ai répondu que ce complément d'objet direct allait mal avec le verbe « expliquer », puis je me suis lancé... comme j'ai pu ! Si nous disons que nous croyons « en un seul Dieu », c'est que telle est bien notre foi, et nous souhaitons être respectés dans notre Credo : il n'y a qu'un seul Dieu. Mais la puissance de ce Père « tout puissant, créateur du ciel et de la terre » n'est pas celle de Jupiter, ni celle d'un bloc de béton. Le message essentiel de la Bible est que « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 8). Or le propre de l'amour, c'est de se donner et d'être fécond. Nous contemplons l'éternel échange de cet amour en Dieu. Et nous appelons « Père », Dieu qui se donne ; il est la « source de toute divinité ». Le Fils est Dieu qui se reçoit tout entier du Père, et l'Esprit Saint est la circulation de cet amour entre le Père et le Fils, leur « communion d'amour ». Pauvres mots, pour dire le trésor de la foi chrétienne ! J'ai eu le sentiment d'être écouté en profondeur ; mon interlocuteur voulait percevoir la logique interne de la foi chrétienne. Son seul commentaire a été : « Je savais bien que ce serait très beau ! » A la fin de l'année 2006, il est allé faire le pèlerinage de La Mecque. C'est un événement spirituel majeur dans la vie d'un musulman, qui fait de lui un « hadj ». Peu de temps avant son départ, il m'a appelé pour se recommander à ma prière, afin que Dieu lui permette de vivre un bon pèlerinage. Et il est vrai que, dans les semaines suivantes, il revenait souvent dans ma prière. Je demandais au Seigneur de lui accorder tous les dons qui lui sont utiles pour progresser dans l'amour de Dieu et le service de ses frères. A son retour, il m'a déclaré qu'il avait aussi souvent prié pour moi, durant ce pèlerinage. Récemment, j'ai dû subir une intervention chirurgicale, et il m'a envoyé plusieurs messages de compassion avant et après l'opération : « Guérissez vite, et complètement. C'est important pour les catholiques, mais aussi pour nous, les musulmans, que vous reveniez en pleine forme. » Parallèlement, comme il me partageait quelques épreuves personnelles qui l'affectent beaucoup et le découragent de poursuivre sa responsabilité dans la communauté musulmane de notre Région Rhône Alpes, je lui ai parlé de la même façon : « Ne vous laissez pas aller au découragement, poursuivez votre mission. C'est très important pour les musulmans, mais aussi pour nous, les catholiques ! »

Le pèlerinage à Tibhirine Venons-en maintenant à l'aventure exceptionnelle qu'il nous a été donné de vivre l'an dernier en Algérie. En visionnant un jour une cassette sur le Monastère cistercien de Tibhirine, Azzedine Gaci a été très touché par le témoignage du Frère Luc, le plus ancien de la communauté, un médecin qui soignait gratuitement tous les gens de la région. Il est venu me trouver et m'a dit: « Cet homme avait donné sa vie à l'Algérie et il l'a offerte en sacrifice. L'enlèvement, l'assassinat des sept moines de Tibhirine est une monstruosité. Accepteriez-vous d'y aller avec moi pour prier et demander à Dieu son pardon ? ». J'ai demandé à M. Gaci pour qui nous allions prier. Il m'a répondu : « Pas pour les moines ; eux, ils sont certainement déjà au paradis. Mais nous irons demander à Dieu sa miséricorde pour les assassins, car ces événements se sont passés il y a à peine plus de dix ans, et ces hommes sont sans doute encore vivants. Il faut obtenir de Dieu qu'Il leur fasse miséricorde et qu'Il change leurs cœurs. » Les choses étant ainsi présentées, j'ai répondu : « Si vous partez demain, je vous accompagne. » Nous avons alors constitué deux délégations, musulmane et catholique, de huit personnes chacune, et organisé le voyage avec l'aide du gouvernement et de l'Eglise d'Algérie. Il s'est déroulé du 17 au 21 février 2007. Une dizaine de journalistes nous accompagnaient, de sorte que nous formions un groupe varié et amical d'un peu plus de vingt cinq personnes, mais la majorité d'entre nous avons vécu ces journées comme un vrai pèlerinage. L'implication du gouvernement algérien a donné à notre déplacement une dimension officielle. Les Walis (préfets) des villes traversées, l'Université Emir Abd el Kader de Constantine, l'Ambassadeur de France, le Président des Oulémas et celui du Haut Conseil Islamique, le ministre des Affaires religieuses lui-même nous ont reçus avec beaucoup d'égards, mais cela n'a pas empêché de garder à cette démarche sa dimension fraternelle et spirituelle. Mgr Gabriel Piroird, évêque de Constantine, était là pour nous attendre à l'aéroport d'Annaba et nous a accompagnés jusqu'à notre départ de Constantine, puis Mgr Teissier, archevêque d'Alger, a pris le relais dès notre arrivée dans la capitale, et jusqu'à la fin du séjour. Les temps forts ont été les rencontres avec les communautés chrétiennes de Constantine et d'Alger, l'évocation de saint Augustin à Annaba - où j'ai lu devant tous le début des Confessions, merveilleuse hymne à la grandeur de Dieu -, un temps de prière devant la tombe de l'Emir Abd el Kader à Alger, dans plusieurs mosquées et lieux historiques de l'Islam, et surtout le sommet du voyage, à Tibhirine. Les conversations quittaient rapidement le terrain protocolaire pour aller au cœur de la foi. Ainsi, le Docteur Bouabdellah Ghlamellah, Ministre des Affaires religieuses, n'a pas craint de se lancer dans un témoignage personnel sur l'importance de la prière et la façon dont il la vit. Il nous a indiqué qu'il devait en grande partie son chemin spirituel à son maître, le cheik Abderrahmane Chibane, Président de l'Association des Oulémas. Celui-ci venait de nous accueillir à Mohammadia avec délicatesse et grande attention, et de nous expliquer la place et l'autorité des Oulémas dans la communauté musulmane d'Algérie. Le Président du Haut Conseil Islamique, le Professeur Cheik Bouamrane, docteur en philosophie, nous avait présenté sa conception du dialogue interreligieux en des termes comparables à ceux utilisés par le P. Yves Congar, il y a soixante dix ans, pour parler du dialogue œcuménique : il ne faut porter aucun jugement sur la religion d'autrui avant de l'avoir écouté expliquer lui-même, de l'intérieur, sa foi et ses pratiques. Il me semble que c'est dans cet esprit que se développent nos rencontres en région lyonnaise. Chaque année, le Recteur de la grande Mosquée de Lyon, M. Kamel Kabtane, organise, durant le mois du ramadan, des conférences à trois voix pour comparer les conceptions juive, chrétienne et musulmane de la Révélation, de la prière, du prophétisme, du jeûne... 

Tout cela n'empêche pas les questions et remarques critiques, qui conduisent à un vrai dialogue, dont le critère ultime me semble être celui de la miséricorde. Lorsque j'ai dit, par exemple, à l'un des jeunes imams qui participait au voyage que nous étions choqués par l'aspect démonstratif du jeûne ou de la prière dans l'Islam (avec les horaires publiés ou le chant du muezzin), alors que Jésus nous enseigne de pratiquer tout cela « dans le secret » (Mat. 6, 2-18), il m'a expliqué comment le Coran insiste aussi sur le secret, mais que la dimension visible et communautaire aide à la pratique intérieure. J'ai trouvé cela pertinent, notamment à propos du jeûne qui, sous prétexte de rester secret, risque quasiment de disparaître dans la pratique des catholiques, aujourd'hui. Il m'a dit que le Coran reprenait la phrase de Jésus à propos de l'aumône (« Que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite » Mat. 6, 3), mais il a ajouté : « Pourtant, on nous apprend aussi qu'il faut donner aux mendiants, car que serait notre société, a-t-il ajouté, si l'on ne voyait jamais personne s'arrêter près d'un pauvre dans la rue, lui parler et lui faire un don ? » Ces réflexions, qui m'ont semblé fines et justes, ont inspiré mon homélie, au soir même de notre retour, le mercredi des Cendres, dans la Primatiale saint Jean. Nous sommes partis d'Alger un matin sous escorte, en direction de Tibhirine, et, avant d'atteindre le monastère, nous nous sommes arrêtés à proximité du lieu où douze Croates avaient été assassinés quelques mois auparavant, puis à l'endroit où les têtes des moines ont été retrouvées suspendues aux branches d'un arbre, dans des sacs en plastique. D'un commun accord, nous avions décidé de ne pas nous exprimer dans les médias ce matin-là, et, en arrivant, nous nous sommes immédiatement rendus sur les tombes. Mgr Teissier et le P. Jean-Marie Lassausse, qui vit sur place trois jours par semaine, nous ont présenté les lieux et leur histoire. Un passage du Coran a été lu, puis le récit du lavement des pieds en Jean 13, un texte du Frère Christophe et un autre du Frère Christian, le Prieur assassiné. Le silence, un rayon de soleil dans le froid, un chant d'oiseau nous ont préparés à la double prière de la Fatiha et du Notre Père. Comme je m'attardais près de la tombe du Frère Christophe, Azzedine s'est approché de moi et m'a attiré vers celle du Frère Luc, en me disant : « C'est lui, le vrai initiateur de ce voyage. » Nous avons ensuite visité le monastère et dans la salle de communauté, j'ai donné aux membres de la délégation musulmane un Nouveau Testament, comme A. Gaci nous avait offert, au début du voyage, une nouvelle édition du Coran à laquelle il avait collaboré. J'ai remis aussi à chaque musulman la Lettre des Martyrs de Lyon, en expliquant que les Lyonnais, il y a plus de dix-huit siècles, n'avaient pas non plus bien accueilli les chrétiens, qui venaient alors d'Asie mineure. Puis, j'ai annoncé que nous allions célébrer la Messe dans la chapelle des moines, et qu'une petite collation était préparée pour ceux qui ne souhaitaient pas y assister. A ce moment-là, Azzedine Gaci a dit qu'il voulait y assister et plusieurs membres de la délégation musulmane l'ont suivi. Le P. Christian Delorme ne parvenait pas à maîtriser son émotion en lisant l'Evangile. En guise d'homélie, j'ai lu celle que Christian de Chergé avait donnée en ce lieu pour son dernier Jeudi saint. Outre les échanges constants entre les membres de nos deux délégations durant les trajets et les repas, il y a eu des prises de parole plus officielles et surtout, le dernier jour, au retour de Tibhirine, une rencontre ouverte au public à la Bibliothèque Nationale, à Alger, qui a rassemblé plus de trois cents personnes. Animée par le responsable des lieux, elle a commencé par trois brefs exposés de Mgr Teissier, d'Azzedine Gaci et de moi-même sur le même sujet : Comment voyez-vous l'avenir des relations islamo-chrétiennes ? Puis, lorsque la parole a été donnée à la salle, quelqu'un a exprimé sa difficulté à accorder la même confiance au Pape Benoît XVI qu'à Jean-Paul II, après le discours de Ratisbonne. J'ai répondu que ni Mgr Teissier ni moi-même n'avions parlé personnellement de cela avec le Saint Père, et que le seul qui avait eu cette chance dans la salle était M. Mustapha Chérif, l'Ancien Ministre de l'Enseignement supérieur. Celui-ci a évoqué l'entretien qu'il a eu en tête à tête avec le Saint Père pendant plus de trente minutes et il a témoigné avec clarté du désir de Benoît XVI de poursuivre le dialogue islamo-chrétien, dans la ligne du Concile Vatican II, et à la suite de Jean-Paul II. 

Une autre personne a reproché à A. Gaci de trop parler de l'amour et ne pas assez faire droit à la loi islamique. A cela, il a répondu avec force qu'il pratiquait attentivement la loi, précisément parce qu'elle provient de la miséricorde d'un Dieu qui nous appelle à aimer. « L'Islam est une religion du cœur » répète-t-il souvent. Ensemble, nous avons essayé d'exprimer les acquis de l'amitié entre musulmans et chrétiens à Lyon, et de voir quel peut être son avenir. Depuis plus de cinquante ans, des prêtres lyonnais, comme le P. Henri Lemasne, se sont lancés dans cette aventure et ont traversé les heures tumultueuses de la guerre d'Algérie. Dès les années 70, mon prédécesseur, le cardinal Renard, s'est engagé en faveur de la construction d'une grande mosquée. Les responsables des communautés entretiennent des relations suivies et n'hésitent pas à se rendre visite pour des occasions significatives. Beaucoup d'initiatives se prennent dans les quartiers, en ville et en banlieue. Ce voyage a eu beaucoup d'écho. Les uns et les autres, nous sommes souvent invités à donner une conférence ou un témoignage. Un rencontre de prêtres et d'imams a eu lieu en novembre dernier, durant une journée entière. Notre dialogue en est venu maintenant à des sujets essentiels, sur lesquels nous sommes heureux de travailler, entre nous et en présence de nos communautés : la foi, la miséricorde, l'aumône, le pèlerinage, le combat spirituel ..., sans oublier de nombreux points de morale. Il faut encore nous interroger et nous écouter sur monothéisme et Trinité, obéissance et soumission, sur le prophétisme, les conversions... pour nous « entre-connaître », comme aime à répéter M. Gaci, qui reprend souvent ce beau verbe utilisé par le Coran. Ce travail n'est jamais déconnecté du monde dans lequel nous vivons et où nous avons mission d'être des semeurs d'amour et de paix. Récemment, par une déclaration interreligieuse sur le mariage, nous avons donné avec nos frères juifs un témoignage commun sur un grand problème de société, mais d'autres défis majeurs nous attendent, comme la bioéthique, l'euthanasie... Tout cela a été vécu dans une amitié émerveillée qui nous remplit d'espérance. On voit bien que la notion de tolérance, utilisée sans cesse à propos du dialogue interreligieux, n'a plus grand sens ; il faut passer de la tolérance à l'estime mutuelle, et, si le Seigneur nous en fait la grâce, à l'admiration. Dans le verbe tolérer, on n'entend aucune nuance d'amour : on tolère celui qu'on n'aime pas beaucoup, mais avec lequel on est obligé de composer. Pour le progrès du dialogue interreligieux et du cheminement spirituel de chacun, il faut bien davantage : à savoir une confiance profonde, un intérêt qui vienne à la fois de l'intelligence et du cœur, un regard de contemplation et d'admiration. Qu'on se souvienne du choc intérieur ressenti par Charles de Foucauld lorsqu'il a vu la ferveur des musulmans, à Fès. Il a soudain mesuré ce qu'il avait perdu en s'éloignant de la foi, et ce fut le début de son retour vers le Christ. Quand A. Gaci parle de l'amour des chrétiens pour Jésus, quand je le vois vivre sa foi, il est clair que nous sommes sur le registre de l'admiration, mêlée d'un brin d'envie ou de confusion..., sentiments qui gênent celui qui en est l'origine, car il a vivement conscience de n'en être pas digne, de n'être pas à la hauteur de ce que Dieu lui demande. On me permettra d'évoquer encore un petit épisode de notre séjour algérien. A Annaba, le dimanche matin, nous avions un rendez-vous assez matinal pour le petit déjeuner, en prévision d'une journée chargée. Les chrétiens se saluaient amicalement dans la salle à manger, se demandant gentiment les uns aux autres des nouvelles de cette courte nuit. Puis les musulmans nous ont rejoints ; ils arrivaient ensemble de la Mosquée, où ils s'étaient retrouvés, sans se donner le mot la veille au soir. L'appel à la prière avait suffi à les rassembler pour commencer la journée sous le regard de Dieu. L'idée n'était pas venue aux catholiques de se réunir pour chanter les Laudes, et pourtant, c'était le « Jour du Seigneur » ! 

Deux mois après le retour d'Algérie, nos délégations se sont retrouvées à l'archevêché pour une soirée amicale de bilan. Chacun a partagé l'écho que ce voyage avait rencontré autour de lui, mais plusieurs ont su dire qu'ils ne priaient plus de la même façon depuis ce grand moment. Qu'est-ce qui a changé pour celui-ci, dans sa manière de dire la fatiha ? Comment les frères musulmans surviennent-ils maintenant dans l'oraison ou la prière d'intercession des catholiques ? C'est le mystère de Dieu, vivant dans le cœur de ses enfants. Il reste que la vérité de tout le chemin parcouru ne sera reconnue par les autres et ne se vérifiera que si elle débouche sur des réalisations concrètes. C'est la charité en actes qui sera le sceau de l'authenticité de ces échanges. Pourquoi, musulmans et chrétiens, ne nous lancerions-nous pas, en y associant nos frères juifs, dans l'ouverture d'un centre de soins pour les sidéens ou autres « blessés de la vie », au cœur d'un pays pauvre qui n'a pas assez de moyens pour s'occuper d'eux ? Alors, ce que nous vivons dans nos cœurs et nos intelligences à travers toutes ces rencontres deviendrait un témoignage pour le monde. Cette démarche commune et désintéressée, quand et comment allons-nous en prendre l'initiative ? Ces jours derniers, nous avons reçu, à l'occasion de Pâques, le message suivant d'Azzedine Gaci : « Je vous souhaite une joyeuse fête de Pâques. On m'a bien expliqué l'importance de cet événement pour tous les chrétiens. Le dialogue interreligieux traverse actuellement des moments très difficiles (...) Mais nous n'avons pas d'autre choix que de continuer sur la voie que nous avons tracée ensemble, et qui nous mènera vers un monde où nous pourrons vivre justement, tranquillement et paisiblement ensemble. » Ma conviction est que seule une attitude intérieure humble, où chacun sera attentif à demeurer personnellement réceptif à tous les dons que Dieu veut lui faire, nous permettra d'être de vrais serviteurs de Sa miséricorde, des serviteurs de la joie dans le cœur des hommes.

© Card. Philippe Barbarin

Discours du pape Benoît XVI au congrès sur le divorce et l'avortement (5 avril 2008) organisé par l'Institut Jean-Paul II et les Chevaliers de Colomb

Nous publions ci-dessous le discours que le pape Benoît XVI a adressé samedi 5 avril aux participants au congrès organisé par l'Institut Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille, en collaboration avec les Chevaliers de Colomb, qui avait pour thème : « L'huile sur les blessures : une réponse aux blessures de l'avortement et du divorce ».

Messieurs les cardinaux, vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce, chers frères et sœurs !

C'est avec une grande joie que je vous rencontre à l'occasion du congrès international « L'huile sur les blessures : une réponse aux blessures de l'avortement et du divorce », organisé par l'Institut pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille, en collaboration avec les Chevaliers de Colomb. Je me réjouis avec vous du sujet qui fait l'objet de vos réflexions durant ces journées, tant il est actuel et complexe, et en particulier pour la référence à la parabole du bon samaritain (Lc 10, 25-37), que vous avez choisi comme clé pour aborder les blessures de l'avortement et du divorce, qui comportent tant de souffrances dans la vie des personnes, des familles et de la société. Oui, de nos jours les hommes et les femmes se trouvent parfois réellement dépouillés et blessés, aux marges des chemins que nous parcourons, souvent sans que personne n'écoute leur appel à l'aide et ne s'approche de leur peine, pour la soulager et la guérir. Dans le débat, souvent purement idéologique, une espèce de conjuration du silence se crée à leur égard. Ce n'est que dans l'attitude de l'amour miséricordieux que l'on peut se rapprocher des victimes pour leur porter secours et leur permettre de se relever et de reprendre le chemin de l'existence.

Dans un contexte culturel marqué par un individualisme grandissant, par l'hédonisme et, trop souvent également, par un manque de solidarité et de soutien social approprié, la liberté humaine, face aux difficultés de la vie, est amenée dans sa fragilité à prendre des décisions contraires à l'indissolubilité du pacte conjugal et au respect dû à la vie humaine à peine conçue et encore protégée dans le sein maternel. Le divorce et l'avortement sont des choix de nature certes différentes, parfois faits dans des circonstances difficiles et dramatiques, qui comportent souvent des traumatismes et qui sont à l'origine de souffrances profondes pour ceux qui les font. Ils font aussi des victimes innocentes : l'enfant à peine conçu et pas encore né, les enfants impliqués dans la rupture des liens familiaux. Tous gardent des blessures qui marquent leur vie de façon indélébile. Le jugement éthique de l'Eglise à l'égard du divorce et de l'avortement est clair et connu de tous : il s'agit de fautes graves qui, dans une mesure différente et exception faite de l'évaluation des responsabilités subjectives, lèsent la dignité de la personne humaine, entraînent une profonde injustice dans les rapports humains et sociaux et offensent Dieu lui-même, garant du pacte conjugal et auteur de la vie. Et cependant l'Eglise, sur l'exemple de son Maître Divin, a toujours face à elle les personnes concrètes, surtout les plus faibles et les plus innocentes, qui sont victimes des injustices et des péchés, et également ces autres hommes et femmes qui, ayant commis ces actes, sont entachés de leurs fautes et en portent les blessures intérieures, cherchant la paix et la possibilité d'une reprise.

L'Eglise a comme premier devoir de se rapprocher de ces personnes avec amour et délicatesse, avec égard et attention maternelle, pour annoncer la proximité miséricordieuse de Dieu en Jésus Christ. C'est en effet lui, comme nous l'enseignent les Pères, le véritable bon samaritain, qui s'est fait notre prochain, qui verse l'huile et le vin sur nos blessures et qui nous conduit à l'auberge, l'Eglise, dans laquelle il nous fait soigner, en nous confiant à ses ministres et en payant en personne à l'avance pour notre guérison. Oui, l'Evangile de l'amour et de la vie est toujours également l'Evangile de la Miséricorde, qui s'adresse à l'homme concret et pécheur que nous sommes, pour le relever après toutes ses chutes, pour le guérir de toutes ses plaies. Mon bien-aimé prédécesseur, le serviteur de Dieu Jean-PauI Il, dont nous venons de célébrer le troisième anniversaire de la mort, dit à l'occasion de l'inauguration du nouveau sanctuaire de la divine miséricorde à Cracovie : «Il n'existe pas pour l'homme d'autre source d'espérance en dehors de la miséricorde de Dieu » (17 août 2002). A partir de cette miséricorde l'Eglise nourrit une confiance énorme dans l'homme et dans sa capacité à se relever. Elle sait que, avec l'aide de la grâce, la liberté humaine est capable du don de soi définitif et fidèle, qui rend possible le mariage d'un homme et d'une femme comme pacte indissoluble, que la liberté humaine, même dans les circonstances les plus difficiles, est capable de gestes extraordinaires de sacrifice et de solidarité pour accueillir la vie d'un nouvel être humain. On peut ainsi voir que les « non » que l'Eglise prononce dans ses indications morales et sur lesquels l'attention de l'opinion publique s'arrête de façon unilatérale, sont en réalité des grands « oui » à la dignité de la personne humaine, à sa vie et à sa capacité d'aimer. Ils sont l'expression de la confiance constante que, malgré leur faiblesse, les êtres humains sont en mesure de répondre à la vocation la plus haute pour laquelle ils ont été créés : celle d'aimer.

A cette même occasion, Jean-Paul II poursuivait : « Il faut transmettre au monde ce feu de la miséricorde. Dans la miséricorde de Dieu, le monde trouvera la paix » (ibid.). Ici se greffe la grande tâche des disciples du Seigneur Jésus, qui se trouvent des compagnons de route dans les nombreux frères, hommes et femmes de bonne volonté. Leur programme, le programme du bon samaritain, est « un cœur qui voit. Ce cœur voit où l'amour est nécessaire et il agit en conséquence » (Encyclique Deus caritas est, 31). En ces jours de réflexion et de dialogue, vous vous êtes penchés sur les victimes touchées par les blessures du divorce et de l'avortement. Vous avez avant tout constaté les souffrances, parfois traumatisantes, qui touchent les « enfants du divorce », marquant leur vie jusqu'à rendre beaucoup plus difficile leur chemin. Quand se rompt le pacte conjugal, ceux qui en souffrent par dessus tout sont inévitablement les enfants, qui sont le signe vivant de son indissolubilité. L'attention solidaire et pastorale devra donc faire en sorte que les enfants ne soient pas les victimes innocentes des conflits des parents qui divorcent, et que soit assurée dans la mesure du possible la continuité du lien avec leurs parents et aussi ce rapport avec leurs origines familiales et sociales indispensable à une croissance équilibrée, psychologique autant qu'humaine.

Vous avez aussi porté votre attention sur le drame de l'avortement, qui laisse des marques profondes, parfois indélébiles sur la femme qui l'accomplit et sur les personnes qui l'entourent, et qui provoque des conséquences dévastatrices dans la famille et dans la société, notamment par la mentalité matérialiste de mépris de la vie qu'il entretient. Combien de complicités égoïstes sont souvent à la racine d'une décision douloureuse que tant de femmes ont dû affronter seules et dont elles gardent une blessure dans l'âme jamais cicatrisée ! Bien que ce qui s'est produit demeure une grave injustice et ne soit pas en soi remédiable, je fais mienne l'exhortation adressée dans l'Encyclique Evangelium vitae aux femmes qui ont eu recours à l'avortement : « Ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l'espérance. Sachez plutôt comprendre ce qui s'est passé et interprétez-le en vérité. Si vous ne l'avez pas encore fait, ouvrez-vous avec humilité et avec confiance au repentir : le Père de toute miséricorde vous attend pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de la réconciliation. [Vous pouvez confier avec espérance votre enfant à ce même Père et à sa miséricorde] » (n.99).

J'exprime ma profonde appréciation pour toutes les initiatives sociales et pastorales qui visent à la réconciliation et au soin des personnes blessées par le drame de l'avortement et du divorce. Elles constituent, avec tant d'autres formes d'engagement, des éléments essentiels pour la construction de cette civilisation de l'amour, dont l'humanité n'a jamais eu autant besoin qu'aujourd'hui. En implorant le Seigneur Dieu miséricordieux, qu'Il vous invite toujours plus à imiter Jésus, bon samaritain, pour que son Esprit vous enseigne à regarder avec un regard neuf la réalité de nos frères qui souffrent, qu'Il vous aide à réfléchir avec de nouveaux critères et vous pousse à agir dans un élan généreux dans la perspective d'une authentique civilisation de l'amour et de la vie, je donne à tous une bénédiction apostolique spéciale.

Ce que doit être l'école selon le pape Benoît XVI en mars 2008

L'école doit offrir aux jeunes générations aussi des contenus « culturel, social, éthique et religieux », affirme le pape Benoît XVI en mars 2008. 

Le pape a fait de l'éducation une priorité de son diocèse. Et c'est pourquoi Benoît XVI a salué les étudiants italiens en la basilique Saint Pierre avant de tenir l'audience en la salle Paul VI. Le pape a souligné l'importance de la mission de l'école en disant : « L'école affronte aujourd'hui des défis notables, qui se font jour dans le domaine de l'éducation des nouvelles générations ». 

L'école selon Benoît XVI « ne peut pas être seulement un lieu où l'on apprend des notions, mais elle est appelée à offrir aux élèves l'occasion d'approfondir des messages valides de caractère culturel, social, éthique et religieux ». Benoît XVI a souligné l'importance de l'enseignement moral à l'école en disant : « Qui enseigne ne peut pas ne pas percevoir aussi l'aspect moral de chaque savoir humain, parce que l'homme connaît pour agir et l'agir est le fruit de sa conscience ». « Dans la société d'aujourd'hui, marquée par des mutations rapides et profondes, chers jeunes, qui voulez suivre Jésus, ayez soin de tenir à jour votre formation spirituelle, en cherchant à comprendre toujours plus les contenus de la foi », recommandait Benoît XVI. « Vous pourrez ainsi être prêts à répondre sans hésitation à qui vous demande raison de votre adhésion au Seigneur. Avec ces voeux, j'invoque sur chacun de vous l'abondance des dons de l'Esprit et je vous souhaite de bien vous préparer aux prochaines fêtes pascales », a conclu le pape.

L'évêque de Rome a évoqué le danger d'une foi contaminée par des éléments « magiques et purement terrestres » et invité ses diocésains à devenir « missionnaires », lors de sa visite pastorale, dimanche matin, en l'église Sainte-Marie Libératrice dans le quartier romain de Testaccio.

La paroisse fêtait les cent ans de la consécration de cette église maintenant confiée aux Salésiens de Don Bosco. Il arrive souvent, expliquait Benoît XVI, que l'homme « exige de Dieu qu'il vienne au-devant de ses attentes et de ses exigences », sans « s'abandonner avec confiance entre ses mains » et que dans l'épreuve, il « perde confiance en lui ». « Le risque, expliquait le pape, est de pratiquer une religiosité non authentique, de chercher la réponse aux attentes les plus intimes de notre coeur non en Dieu, mais d'utiliser au contraire Dieu comme s'il était au service de nos désirs et de nos projets ». Ainsi, au lieu de se conformer « docilement à la volonté de Dieu », nous voudrions, que Dieu « réalise nos desseins et exauce nos attentes » : « A combien d'occasions, notre foi se manifeste fragile et notre confiance faible, notre religiosité contaminée par des éléments magiques et purement terrestres », a fait observer le pape.

Comme remède, le pape indiquait la méditation des lectures liturgiques de ce IIIe dimanche du carême de l'année C qui proposent ce message : « Dieu a soif de notre foi et il veut que nous trouvions en lui la source de notre bonheur authentique ». « S'il y a une soif physique de l'eau indispensable à la vie sur la terre, il y a aussi dans l'homme une soif spirituelle que Dieu seul peut étancher », rappelait le pape, avant d'ajouter : « Une soif d'infini qui ne peut être étancher que par l'eau que Jésus offre, l'eau vive de l'Esprit ». Le pape a invité les fidèles à redécouvrir le sens de la vie chrétienne et du vrai désir de Dieu qui vit en l'homme, grâce notamment à la méditation de l'Evangile qui dit « l'invitation du Christ à se laisser emporter par sa proposition exigeante » qui est celle de l'amour miséricordieux. Et il invitait à communiquer cette eau vive : « Ouvrez toujours plus votre coeur à une action pastorale missionnaire, qui pousse tout chrétien à rencontrer les personnes - en particulier les jeunes et les familles - là où elles vivent, travaillent, passent leur temps libre, pour leur annoncer l'amour miséricordieux de Dieu ».  

Le pape invitait la paroisse sur ce chemin « d'évangélisation et d'éducation humaine et chrétienne » et à rechercher sans se lasser le visage du Christ. Commentant à nouveau la rencontre de Jésus et de la samaritaine, le pape a souligné le mouvement de la liberté de la femme : « La vraie liberté, disait-il, vient de la rencontre avec la vérité qui est l'amour et la joie ». Le pape les encourageait à connaître davantage le Christ pour pouvoir mieux l'annoncer.

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