Un nouveau défi pour l'Eglise
Au moment où l'on observe une chute de la pratique religieuse chez les catholiques de France, l'importance de la montée des groupes évangéliques est inquiétante. "Mais pourquoi s'inquiéter?" demanderont certains. "N'y-t-il pas, en effet, plusieurs façons de vivre la foi chrétiennes?" "Les communautés de type "évangélique", avec leur spontanéité dans la prière et leur sens du partage, ne sont-elles pas plus proches de l'idéal chrétien que ne le sont nos communautés paroissiales catholiques avec leurs célébrations figées, leurs rites convenus?"
Afin de mieux comprendre le fon du problème posé par cette émergence des mouvements évangéliques, il convient de rappeler quelles sont leurs bases communes. C'est au XVIème siècle que se concrétise un mouvement qui couvait depuis la fin du Moyen-Age: la Réforme. Ce mouvement va donner naissance, entre autres, aux Eglises de type "évangélique".
Qu'est-ce qui caractérise ces Eglises ? Plusieurs éléments :
1. Une institution purement fonctionnelle dont le rôle se limite à être fédérateur sur la base du plus petit dénominateur commun à toutes les communautés. Cette institution permet à chaque fidèle d'aller prier là où il veut, comme il veut, là où se sent à l'aise. Elle permet aussi à chaque fidèle qui s'en sent la force de créer sa chapelle et de devenir, s'il le souhaite, le leader d'une nouvelle communauté.
2. Une seule autorité: la Bible. L'Ancien et le Nouveau Testament sont les deux seules règles à suivre en matière de foi et de vie. Chacun est libre d'en interpréter le contenu comme il l'entend et de proposer ensuite son interprétation aux autres fidèles. Le rapport à Dieu se fait de cette façon-là, directement, sans les sacrements, sans sacerdoce ministériel.
3. La foi au Christ mort à la place de l'homme pécheur. C'est cette foi seule qui sauve. Contrairement à ce que chantait Michel Polnareff, nous n'irons pas tous au Paradis: pour y aller, il faut absolument croire que le Christ est mort sur la croix à la place de l'homme.
4. La nécéssité pour tout fidèle d'être militant et de s'engager avec opiniâtreté dans l'évangélisation.
5. La nécessité de se convertir. On ne naît pas chrétien: on le devient par une "nouvelle naissance" concrétisée par le baptême reçu vers l'âge de 16 ans au plus tôt.
6. La prière en communauté. Au cours des assemblées dominicales, les fidèles évangéliques expriment leur foi, leur piété, avec une spontanéité qui a ceci de particulier, qu'elle agace profondément les catholiques "classiques" ou "traditionalistes", et plaît dans une certaine mesure aux catholiques "engagés" ou plus "progressistes" (ces catégories réductrices sont utilisées ici pour mieux faire comprendre les choses).
C'est sur ce 6ème point que nous devons nous attarder un peu. Ce qui étonne le fidèle catholique qui entre dans une chapelle évangélique, c'est son dépouillement, son absence de décorum: pas de crucifix, pas de tableaux, pas d'icônes, pas de cierges... Un dépouillement qui ressemble à celui que certains prêtres fait subir à nos églises catholiques paroissiales dans le sillage de la folie post-conciliaire... La réunion de prière se passe en chants, en danses, en applaudissements, en prières spontanées à voix haute. La liturgie que connaissent les Eglises catholiques est ici remplacée par du spectacle et de l'émotion qui font recette dans un monde qui, via la télévision et le monde du show business, n'est plus influencé que par des sentiments permettant de se donner bonne conscience à moindre frais.
Mais qu'est-ce qui fait que, tandis que nos églises catholiques se vident, les mouvements évangéliques font recette? Qu'est-ce qui, dans le catholicisme, fait fuir les fidèles? Est-ce le dogme? Est-ce le catalogue des vérités à croire telles qu'elles sont exprimées dans le Credo? Est-ce l'obligation de suivre des rites qui enlève toute spontanéité à nos célébrations liturgiques ?
En réalité, ce n'est rien de tout cela. C'est, au contraire, parce que le dogme n'a plus été affirmé, parce que le Credo n'a plus été appris et proclamé, parce que les rites liturgiques ont été délaissés... que nos églises catholiques ne font plus recette. A force de faire des catéchèses floues, à force de faire des célébrations atones, à force d'avoir affaire à des pasteurs qui ne semblent plus honorés d'avoir à exercer leur ministère sacerdotal... on a fait croire que la foi catholique était une foi vide, un tantinet simplette même (voir certains de nos cantiques actuels...); et de là, on en est venu à faire croire que le vide, l'inconsistance, l'insipide, le banal, pouvaient être le lieu de la présence divine.
Aujourd'hui, non seulement sur le continent américain, mais également en France, les mouvements évangéliques se proposent de remplir ce vide, cette inconsistance, cette insipidité, cette banalité, avec de l'émotionnel et de l'exaltation collective.
Il y a là une véritable danger pour la foi chrétienne authentique: ce danger vient de ce que les fidèles en arrivent très facilement à croire que Dieu n'est pas autre chose que ce que l'on ressent; qu'il n'est pas autre chose que la montée d'un sentiment intime qui peut librement s'exprimer au sein d'une assemblée où la spontanéité est la seule règle devant être respectée par tous les fidèles. Un tel nivellement n'ouvre-t-il pas la porte à toutes les manipulations mentales ?
A un fidèle catholique qui s'était indigné d'avoir dû assister, dans sa paroisse, à une messe dominicale en partie improvisée par le célébrant et en partie recomposée par l'équipe d'animation liturgique locale, l'évêque du lieu avait répondu: "Vous êtes le seul à vous indigner; les témoignages reçus à la suite de cette célébration liturgique prouvent, au contraire, que cette messe a beaucoup plut aux fidèles par sa spontanéité." Cette réponse épiscopale laisse deviner que l'évêque qui en était l'auteur n'avait pas mesuré le danger que représente l'émergence de la sensibilité et de la prétendue spontanéité au sein des assemblées eucharistiques. N'y a-t-il pas là, à côté du risque de voir se développer une foi sans consistance - comme le sel qui ne sale plus - un premier engagement vers une "sectarisation" de certaines paroisses dont l'organisation, désormais assurée par des groupes de fidèles laïcs, échappe de plus en plus aux pasteurs ordonnés ?
Trouvé sur le site de l'Association Pro Liturgia
Par François
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| 22/02/2007 13:23
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