Surnaturel et humanitaire
Père, en lisant les" Actes des Apôtres", nous avons cru constater, à notre étonnement, un certain désintérêt des chrétiens d'alors pour les questions sociales du temps. Ils ne semblent donner d'importance qu'à l'aspect religieux de leur foi. Rien ou pas grand chose de la dimension humanitaire du christianisme. Ou alors c'est uniquement pour" ceux du dedans ", les frères. Qu'en dites-vous ?
Père Volle : Je commence par vous féliciter de lire les" Actes des Apôtres" et de les lire avec tant de soin. C'est si instructif! Je me demande s'il ne faudrait pas aborder par eux la formation chrétienne, bien avant les Épîtres, et parfois avant même l'Évangile. Car le témoignage missionnaire qu'ils apportent, donne envie d'en savoir plus. Quant à votre réflexion, elle est juste. Votre constat rejoint celui d'un historien de métier, le Père Hamann, dans son livre" La vie quotidienne des premiers chrétiens ". Il note que la question sociale est étrangère aux préoccupations des premiers disciples.
C'est en contraste frappant avec ce qu'on nous enseigne aujourd'hui. Les directives qui nous sont données, de façon répétitive, par nos Pasteurs, portent quasi exclusivement sur nos devoirs sociaux. Jusqu'à Benoît XVI dans son encyclique sur la charité! Les associations caritatives qui sont sollicitées au niveau financier répercutent une telle sollicitude. Au grand dam de certains missionnaires qui s'en plaignent : « Si nous demandons quelque chose pour construire un poulailler, nous l'obtenons sans peine ; c'est bien plus laborieux quand il s'agit d'équiper une maison des œuvres.»
Père Volle : N'allez pas trop vite! Je suis d'accord avec vous sur l'accentuation qu'on trouve chez les premiers missionnaires en faveur du noyau spécifique du christianisme, le Kérygme comme on l'appelle. Et même sur le danger d'un déséquilibre du message évangélique si on appuie trop de l'autre côté, comme il vous semble aujourd'hui. Épargnez par contre l'encyclique de notre Pape: "Dieu est amour", car elle est très complète sur la charité, pour qui veut la lire en son entier. Il reste que l'aspect humanitaire du message de Jésus n'est pas autant amplifié dans les" Actes" et documents chrétiens d'époque qu'en ceux qui sont censés s'en faire l'écho aujourd'hui. Du coup, votre question de départ demeure, d'un déplacement d'accent, ou plus exactement d'une surbrillance évidente sur le spécifiquement religieux de nos textes fondateurs. Pourquoi tant d'insistance sur ce versant? C'est cela?
Tout à fait !
Père Volle : C'est à cause de l'importance, tant du moment fondateur que de la trajectoire d'avenir du christianisme. Importance du moment (de départ) puisque l'originalité du nouveau message, si elle est bien sur la charité, en son étendue et en ses motivations, l'est bien davantage en sa source : Jésus-Christ connu et aimé en son mystère de salut et, plus largement, en sa personne ... Importance d'avenir car une accentuation déséquilibrante au profit du seul versant humanitaire était prévisible. Tant il est vrai que les œuvres d'humanisme sont plus à la portée de la bonté naturelle que les œuvres spécifiquement religieuses, surtout chrétiennes. Avec la dérive que vous avez relevée.
Et vous avec nous, pas vrai ?
Père Volle : D'accord ! C'est instructif de voir sous ce jour le jeu de la Providence. Le Saint-Esprit engendre périodiquement des Congrégations religieuses tout comme des mouvements laïcs caritatifs porteurs d'une très haute spiritualité. Aussi longtemps que vit le Fondateur, la perspective surnaturelle demeure. À sa mort, d'ordinaire, il y a un fléchissement vers l'humanisme simplement honnête. Ça reste bon, certes, même avec l'écume inhérente à tout ce qui s'appelle" hommerie ", mais enfin c'est moins élevé et élevant qu'avant. Et puis" ça" recommence, avec des réformateurs ou bien avec de nouvelles initiatives.
Les premiers chrétiens donnaient le " la " ?
Père Volle : Ils étaient formés sur ce ton. Mais, plutôt que de musique, disons qu'ils portaient du feu. D'un feu qu'il fallait très ardent pour incendier le monde !
C'est merveille qu'il dure encore !
Père Volle : Nous qui en avons profité, devons en prolonger l'ardeur Ce n'est pas de critique qu'il a besoin mais de collaboration en des mains porteuses. Avec du plus et du moins, avec ses nuances, convenons qu'il se fait beaucoup de bien dans le monde.
Autant que de péchés ?
Père Volle : Laissons cela au jugement de Dieu. Constatons que la générosité est très grande en certains pays dont la morale publique ne brille pas autant. Ce sera la façon de se faire pardonner ce qui ne va pas autant de ce côté-là.
À chaque pays une vocation ?
Père Voile: Et à chaque époque, à chaque personne. Terminons en remerciant le Seigneur d'avoir fait lever chez nous des hommes et des femmes de haut vol en le domaine évoqué. Ils, elles, font honneur à Jésus-Christ et à son Eglise ... Mais je vous laisse le soin d'en établir la liste !
Pas difficile !
Auteur : Père Francis Volle paru dans la revue Marchons d’avril 2007
Par François
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| 28/06/2007 22:00
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