que nous appelons aussi Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Jésus, le Messie, le Rédempteur, le Sauveur,
le Fils de David, le Fils de l’homme, le Seigneur,
le Verbe de Dieu ….

 
« Christ hier, Christ aujourd'hui, Christ demain pour tous et toujours. Tu es là, tu es la Vie, tu es là me voici ». Hymne du Jubilé de l'an 2000.

« Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses et par qui aussi il a fait les siècles » Hébreux 1, 1 ;

Lorsque nous récitons le Credo, nous disons que le Christ « est né de la Vierge Marie… » ;

«… Jésus est semblable à nous en tout excepté le péché » Hébreux 4, 15 ;

« Jésus de condition divine ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu mais il s’est anéanti lui-même,  prenant la condition d’esclave et devenant semblable aux hommes, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’a la mort et la mort sur une croix » Philippiens 2, 6-8.


PLAN

Introduction

I. Pourquoi parler du Christ ?
            Que nous dit la Bible du Christ
               a) Saint Paul
               b) Les Actes des Apôtres
               c) Les Evangiles
             L’archéologie

II. L’enfance du Christ

III. Jésus est-il le prophète de Nazareth ou un « gourou «  doué de pouvoir extraordinaire ?
a) A propos de son Père
b) Au sujet du royaume

IV. Le Christ savait-il qu’il était Dieu ?

V. Jésus a-t-il fait des miracles ?

VI. Faut-il croire à la mort et à la résurrection du Christ ?

VII. Quel sens le Christ a-t-il donné à sa mort et à sa résurrection ?

VIII. Le Christ a-t-il fondé l’Eglise ou une secte ?

IX. Quelques textes des papes Jean-Paul II et Benoît XVI

Ce que nous dit le pape Jean Paul II sur le Christ

Ce que nous explique le pape Benoît XVI sur le Christ.

Bibliographie

 1) Livres du Magistère de l’Eglise Catholique
            2) Livres pour les enfants
            3) Livres pour adolescents
            4) Livres pour adultes
A propos de saint Louis Marie Grignion de Montfort
           A propos de la Bible

CONCLUSION


Saint Paul affirme dans sa première lettre aux Corinthiens au chapitre 15 verset 17 : « … si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi ». Quand nous récitons le Credo, qui contient le contenu de notre foi, nous remarquons qu’il n’y a que deux lignes à propos de Dieu le Père et que presque tout le reste du credo concerne le Christ.

ous constatons que le Christ est au centre de la foi des chrétiens. Lisons ce que l’apôtre et évangéliste saint Jean dit : «   Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tous ; celui qui est de la terre est terrestre et parle en terrestre. Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et son témoignage, nul ne l'accueille. Qui accueille son témoignage certifie que Dieu est véridique ; en effet, celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il donne l'Esprit sans mesure. Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main.  Qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui refuse de croire au Fils ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui » (saint Jean 3, 31 à 36).
Le vieillard Siméon avait prédit à la Vierge Marie : « ton Fils provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël » (Luc 2, 34). 
Si nous ne comprenons pas que le Christ est une personne qui nous aime tous tel que nous sommes, nous ne pouvons pas parler de morale, de vertus, de religion, de bien, d’amour etc.

Qui est ce Fils dont parle saint Jean que nous appelons couramment le Christ ? Un prophète, un gourou,  le verbe de Dieu fait chair, un homme doué de pouvoir extraordinaire…

Certains disent que le Christ n’a jamais existé et que tout ce qui le concerne est de la fiction et n’a pas de fondement.

Nous allons étudier qui est le Christ. Voici quelques unes des questions que nous essayerons de comprendre et d’expliquer : Le Christ est-il un prophète ? Le Christ est-il le Fils de Dieu ? Pourquoi le Christ a-t-il fait des miracles ? Le Christ a-t-il pu ressusciter ? Pourquoi nous intéresser au Christ ? Comment est-on sûr de ce que nous affirmons au sujet du Christ ? Le Christ a-t-il fondé une secte ou l’Eglise Catholique ? Le Christ savait-il qu’il était le fils de Dieu ?


POURQUOI PARLER DU CHRIST ?

Pour essayer de répondre à cette question, nous étudierons certains textes qui parlent du Christ. Dans un premier temps, nous examinerons rapidement les textes profanes ou non chrétiens ; puis nous aborderons la littérature chrétienne et enfin ce que nous dit l’archéologie.

1) Textes profanes ou non chrétiens

Ainsi dans le TaImud, qui est un recueil de réflexions et traditions hébraïques dont les plus anciennes remontent aux premier et second siècles, on relève cette annotation :
"à la veille de Pâques, on pendit Jésus… "; pour de curieux motifs d'ailleurs : il aurait pratiqué la magie et séduit Israël.

Flavius Josèphe,  juif devenu collaborateur des romains aux côtés desquels il participa à la prise de Jérusalem en 70, dans ses « Antiquités hébraïques », parues en 93, mentionne la prédication et le supplice de Jean Baptiste, le martyre de Jacques, le premier évêque de Jérusalem, qu'il désigne comme « le frère de Jésus, surnommé le Christ ».

Tacite, grand historien de l'empire romain, en l'an 115, décrit dans ses Annales l'incendie de Rome sous Néron en 64, dont on rendit responsables, dit-il, les chrétiens. « Ce nom leur vient de Christus qui avait été, sous le règne de Tibère, livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate. Réprimée sur le moment, cette exécrable superstition perçait de nouveau, non pas seulement en Judée où le mal avait pris naissance mais aussi dans Rome où tout ce qu'il y a d’infâme et de honteux afflue et trouve des sectateurs ».

Suétone, autre historien romain, écrit en l'an 120, que l'empereur Claude, vers l'an 50, chassa de Rome les juifs qui « sous l'instigation de Chrestus ne cessaient de s'agiter ».
Pline  le Jeune, homme de lettres et légat impérial des provinces de Bithynie et du Pont, demande en l'an 112 à l'empereur Trajan la procédure à suivre pour le procès des chrétiens. Sa lettre nous renseigne sur leurs coutumes et leurs croyances, vues par quelqu'un qui est totalement étranger à leur foi. Ces chrétiens sont accusés d'athéisme parce qu'ils ne veulent pas sacrifier à l'empereur dont ils ne reconnaissent pas la divinité. « Ils se réunissent à jour fixe, avant le lever du soleil, pour chanter entre eux un hymne à Chrestus comme à un dieu ».

Vers l'an 178, Celse, un philosophe romain s'attaque violemment au christianisme non pas pour nier l'existence de son fondateur mais pour dire « vous vous donnez pour Dieu un personnage qui termina par une mort misérable, une vie infâme ».

2) La littérature chrétienne : que nous dit la Bible du Christ ?

 Saint Jean, dans son évangile, disait que l’univers entier ne suffirait pas à contenir les livres que l’on pourrait écrire au sujet du Christ et de ce qu’il a fait. Nous étudierons à la fin de cette étude, dans le chapitre bibliographie, quelques uns des livres écrits sur le Christ par des croyants.  
Nous nous intéresserons ici à ce que dit la Bible qui est le livre le plus lu et le plus traduit dans les différentes langues. Les non croyants ont trouvé dans la Bible une sagesse humaine ; les croyants savent que son contenu est vrai puisque depuis plus de deux milles ans maintenant l’Eglise Catholique affirme que nous pouvons nous fier à ce qui est écrit dans la Bible.

Que nous dit la Bible du Christ ?

a) Saint Paul

Nous allons donner un coup d'oeil maintenant dans la littérature en provenance des disciples de Jésus, Et nous commencerons par l’apôtre Paul, car les textes les plus anciens, ceux qui se rapprochent le plus des années où a vécu le Christ, nous viennent de lui. Paul est un juif, farouche opposant des premiers chrétiens qu'il cherche à anéantir en les mettant en prison. il nous dit comment il a « rencontré » ce Jésus qui lui est apparu sur le chemin de Damas. Et dès lors, cet homme passionné n'aura de cesse de mettre toute son énergie à diffuser la foi en celui qu'il avait persécuté. Voyageur infatigable, fondant des  communautés chrétiennes en Asie mineure et en Grèce notamment, il leur enverra de longues lettres qui sont autant de témoignages précieux (dans les années 50-­60 ap. J.C.).
Il n'écrit pas une vie de Jésus, il ne fait pas un recueil de ses faits et gestes, mais il veut tout simplement apporter des précisions à son enseignement, ou arbitrer les controverses qui affaiblissent cette Eglise naissante, ou résoudre des problèmes de morale, ou donner des éléments d'organisation de la communauté. Et c'est à l·occasion de ces questions qu'il se référera à telle ou telle parole de Jésus, rapportera tel ou tel évènement. Ces apports sont d’autant plus utiles qu'ils ne constituent pas un texte "construit" ou préparé à l'avance, mais spontané et direct. Sait-on par exemple que le premier récit de la Cène du Jeudi Saint nous vient de lui, en son chapitre 11 de sa première lettre aux  Corinthiens... et qu'il concorde en tout point avec celui des Evangiles.

Dans la même ligne que les lettres de St Paul, nous pouvons ranger celles de Pierre, Jacques, Jude et Jean. Nous ne rentrerons pas dans toutes les discussions qui ont eu lieu autour de l'authenticité de ces lettres. Disons que généralement on admet que Pierre est bien l'auteur de la première lettre et sans doute aussi de la deuxième, que St Jean (ou un de ses disciples immédiats) est bien celui des trois lettres qui portent son nom. L'épître de St Jacques serait dûe non à l'apôtre martyrisé en 44, mais à « Jacques dit le mineur », premier évêque de Jérusalem et de la parenté de Jésus (« frère de Jésus »). Il en serait de même pour l'épître de St Jude, dûe à la plume de Jude, un des « frères de Jésus » également. La lettre aux Hébreux serait originale, attribuée à Paul, mais provenant plutôt de milieux chrétiens proches du judaïsme.

b) Les Actes des Apôtres.

La deuxième groupe de textes chrétiens primitifs concerne la mission des premiers apôtres et la naissance de l'Eglise. Ce sont les Actes des Apôtres, écrits par St Luc, aux environs de l'an 80, soit 25 à 50 ans après les évènements qu'il relate. Là aussi, comme dans les lettres de St Paul, nous trouvons des éléments d'autant plus intéressants qu'ils ne prétendent pas retracer une biographie de Jésus.

c) Les Evangiles.

Enfin viennent les Evangiles, dont le nom signifie "Bonne Nouvelle", qui rapportent les faits et gestes de Jésus. Il y a quatre livres, écrits par Matthieu, Marc, Luc et Jean. Cette attribution aux quatre évangélistes remonte à  la plus lointaine tradition et nous est confirmée par St Irénée de Lyon notamment (milieu du II ème siècle ap. J .C.). Une première lecture nous permet de constater que trois se ressemblent beaucoup, tout en ayant des différences parfois assez notables entre eux. On les appelle les Synoptiques. Le quatrième, celui de St Jean, est d'une composition plus originale et plus personnelle, recoupant assez rarement les trois autres, mais apportant souvent un complément à ces derniers puisqu’il s’agit d’un évangile contemplatif. Ce sont comme des témoignages de ce que pensaient et disaient les premiers chrétiens sur Celui à qui ils se référaient constamment (le Christ).

Ajoutons que dans un monde où n'existaient ni imprimerie ni offset, où les personnes sachant écrire étaient assez rares, où les supports (parchemins et papyrus) étaient coûteux, nous avons cependant une littérature abondante : 4000 manuscrits grecs pour les seuls évangiles. Les plus anciens manuscrits complets  datent du IV ème siècle, c'est-à-dire 300 ans seulement après la rédaction des originaux: Codex Vaticanus conservé au Vatican - Codex Sinaiticus découvert au Sinaï. Alors que nous avons un intervalle de 2300 ans entre Homère et les premiers manuscrits, 1200 ans pour Platon et Socrate, 400 ans pour Virgile, etc ... C'est dire le soin jaloux qu'on a mis à garder et transmettre ces textes. Des fragments de l"Evangile de St Jean ont été découverts en 1925 qui datent, d'après les spécialistes, des années 120-130 (peut-être même plus tôt), c'est-à­-dire 20 à 30 ans après sa rédaction. Nous sommes en terrain sûr.

3) L’archéologie
 
Une autre source d'information est l'archéologie. Ayant fait un pèlerinage en Terre Sainte, j'ai pu saisir le climat et le pays dans lequel se sont déroulés les évènements rapportés par les quatre Evangiles. Mais surtout les fouilles effectuées en de multiples endroits permettent de trouver la trace de personnages ou de lieux cités dans les Evangiles, et apportent aux récits comme une preuve tangible. Ainsi à Césarée Maritime, on trouve une stèle portant le nom de Ponce Pilate. On a découvert également la piscine aux cinq portiques dont parle saint Jean au début de son chapitre 5.
Ainsi on peut localiser, avec une quasi-certitude, le lieu de l’Annonciation à Nazareth, le lieu de la naissance à Bethléem, la maison de Pierre à Capharnaüm, le puits de Jacob, le Calvaire ou Golgotha à Jérusalem, le tombeau. D'autres lieux sont moins précis ou plus controversés (par ex. le prétoire de Pilate, la maison de Caïphe, Cana, le mont Thabor). La piété des premières générations chrétiennes, malgré les persécutions violentes, avait conservé le souvenir de ces endroits qui étaient sacrés pour eux, et les signes de vénération qui les entourent sont comme autant d'indices de l'authenticité de ces lieux. On peut souhaiter que de nouvelles fouilles (il y a tellement à chercher) nous permettent d’affiner encore nos connaissances.

Quelle conclusion pouvons-nous tirer de cette rapide étude de ces quelques textes ?

Le bilan n'est pas nul. Même s'il ne nous permet pas de savoir beaucoup de choses sur Jésus, il nous permet cependant de tirer quelques conclusions très importantes :

1) Ainsi donc IL A EXISTE... Jésus est bien un personnage de l'histoire des hommes et non le héros d'une légende créée de toutes pièces par des imaginations fertiles. Cela semble une évidence.
Ceux qui disent que le Christ n’a pas existé ou a été inventé ont tort. L'existence de Jésus est bien réelle. La mettre en doute est une position proprement intenable pour tout historien un tant soit peu sérieux.

2) Jésus n'est pas un personnage de la politique d'alors (les Annales Romaines en auraient parlé), ni un scientifique comme Archimède, ni un poète ou un dramaturge, ni un philosophe comme Socrate ou Platon dont on a conservé les écrits... Jésus s'est situé uniquement sur le plan religieux, celui des rapports de l'homme à Dieu.

 Si Jésus est donc un personnage réel de l’histoire, cela vaut la peine de chercher à mieux connaître sa vie, son œuvre et qui il est. Nous allons donc continuer à savoir un peu plus qui est le Christ.

II. L'ENFANCE DU CHRIST

Puisque Jésus est semblable à nous en tout comme le dit l’épître aux hébreux, il a donc commencé sa vie terrestre comme un petit enfant. Seul les évangiles de Matthieu et de Luc nous renseignent sur l’enfance de Jésus.

Matthieu et Luc ont chacun deux chapitres sur l’enfance de Jésus. Ce sont des théologiens plus que des biographes ce qui ne veut absolument pas dire qu’ils n’ont aucun souci historique.
 Luc prend  soin de vérifier ses sources ; Quant à Matthieu, il ne veut transmettre lui aussi que des éléments dignes de foi. Il est étonnant de constater qu’ils rapportent des évènements différents mais leur concordance sur l’essentiel n’en est que plus frappante.

Luc semble rapporter davantage les faits concernant la Vierge Marie, et Matthieu ceux concernant plutôt saint Joseph. Matthieu a le souci de montrer que Jésus vient réaliser les prophéties, c’est-à-dire la promesse que Dieu a faite à son peuple de lui envoyer un messie. Luc construira ses récits en s’inspirant de récits semblables de l’Ancien Testament (annonce à Marie et annonce à Anne ; naissance de Jean-Baptiste et naissance de Samuel etc…)
 Mais ce souci littéraire ne fait pas que ce soit simplement « de la littérature » comme le disent certains, c’est-à-dire sans contenu historique réel.

Ces textes nous apprennent beaucoup de choses sur la vie de Jésus.

Dans une ville de Nazareth, une jeune fille, Marie, est fiancée à un homme, Joseph, qui est charpentier. Sans qu’ils aient eu de relations charnelles, Marie se trouve enceinte mystérieusement par l’action du Saint-Esprit, selon la parole du messager de Dieu. Joseph, qui n’est pas au courant du secret, pense renvoyer sa fiancée sans bruit pour ne pas lui porter tort. C’est par un songe qu’il apprend la véritable nature de cette conception. Il prend alors Marie avec lui.
 Il doit partir à Bethléem, en raison d’un recensement qui l’oblige à aller se faire inscrire à Bethléem, parce qu’il est de la descendance de David. C’est alors que Jésus vient au monde. Cela se passe dans la pauvreté d’une étable dans laquelle logeaient des animaux, parce que l’affluence de la foule les avaient empêchés de trouver une place dans la salle commune. Les pauvres, les bergers, sont avertis de cette naissance et viennent entourer et visiter Jésus.
 Huit jours après l’enfant est circoncis selon les prescriptions de la loi. Quarante jours plus tard l’enfant est présenté au temple et Marie vient pour la purification prescrite après tout accouchement. Un détail nous est rapporté : l’accueil réservé à l’enfant et à sa mère par un vieillard habitué du temple ainsi que par une veuve, également assidue à fréquenter ce lieu.
Marie, Joseph et l’enfant restent quelque temps à Bethléem et reçoivent la visite de mages, à la fois astrologue et devins, sans doute venant des régions de la perse. Leur passage à Jérusalem pour demander leur chemin jette le trouble chez le soupçonneux Hérode. Habitué des méthodes sanguinaires, celui-ci ordonne un massacre préventif pour éviter tout concours pour le pouvoir (puisqu’il est jaloux) et fait exécuter les enfants de moins de deux ans dans Bethléem et tout son territoire. Aussi averti en songe, Joseph parti en Egypte avec Marie et l’Enfant Jésus.
Après la mort d’Hérode, Joseph averti en songe revient avec Marie et l’Enfant Jésus à Nazareth. Pendant trente ans, Jésus vécu avec Marie et Joseph une vie normale dans l’atelier et la maison du charpentier. Seul un événement est mentionné : le pèlerinage que la sainte famille fait à Jérusalem à douze ans et au cours duquel il fait une fugue où il se montre un passionné des Ecritures Saintes en parlant aux docteurs de la loi. Lorsque ses parents quittent Jérusalem, il reste à Jérusalem en grande discussion avec ces docteurs de la loi. Quand ils le retrouvent au Temple au bout de trois jours, Jésus leur dit : « … ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père » (Evangile de saint Luc 2, 49). Cet épisode est pour saint Joseph la croix qu’il doit porter ; Celui-ci mourra, d’après ce qu’on nous dit, entre cet épisode et l’âge de trente ans du Christ (âge du début de la vie apostolique du Christ).
 Puisque depuis plus de deux milles ans, l’Eglise nous dit que la Bible est un livre vrai, il n’y a aucune raison sérieuse de douter de ces événements. Cependant, il reste à examiner deux questions très discutées de nos jours: la première concerne la virginité de Marie que certains mettent en doute et la seconde question concerne les frères et sœurs de Jésus.

Que penser de la naissance virginale de Jésus ? Elle est attestée de façon tout à fait explicite par St Matthieu et par St Luc. Alors qu'ils ne rapportent pas l'enfance de Jésus de la même façon, sur ce point ils concordent parfaitement. Ils savent pourtant ce que cela a d'invraisemblable. Ils connaissent les attaques grossières et les ragots qui commencent à circuler. Ils n'en maintiennent pas moins leur affirmation. St Luc la renouvellera lorsqu'il rapportera la généalogie de Jésus au chapitre 3 en disant: "Jésus, lors de ses débuts, avait environ trente ans. Et il était, à ce qu'on croyait, fils de Joseph, fils d'Héli, fils ... ". St Matthieu dans sa généalogie dira de même : « Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie de laquelle naquit Jésus qu'on appelle Christ ».

Saint Paul dit que Jésus est « né d'une femme ». Il eût été plus conforme aux usages de l'époque de dire "engendré par un homme". Cela n’est-il pas un indice que Paul avait connaissance de cette conception virginale de Jésus, ses interlocuteurs également, mais que ce n'était pas là un problème fondamental et c'est pourquoi il ne s’y étend pas davantage. On peut le penser, sans toutefois vouloir tirer de cela un argument décisif.  
Nous pouvons également faire un raisonnement analogue, plus solide, à propos du titre donné à Jésus en St Marc : « le fils de Marie ». Il ne s'agit pas là d'un qualificatif  banal, comme chacun d'entre nous sommes évidemment fils de notre mère, mais d'un titre solennel. Et l'insistance de l'article en grec permet de penser à la fois que ce fils est le seul et que ce titre établit entre lui et sa mère une relation unique, différente de celle qu'il a avec Joseph son père. Disons, en effet, encore une fois, qu'il n'est pas coutumier de désigner quelqu'un par sa filiation maternelle mais par sa filiation paternelle.
Ceci nous permet de ne pas nous laisser impressionner par l’objection classique : Jésus est appelé « le fils du charpentier » ou « le fils de Joseph ». Cette  appellation était normale, tout d'abord parce qu'elle correspondait aux apparences (la Vierge Marie et Joseph avaient dû garder ce secret pour eux et ne l'avaient pas divulgué à la cantonade comme il est bien naturel). Cette objection était normale aussi parce que c'est par Joseph que Jésus se rattache à la lignée de David, ce qui était très important pour les contemporains de Jésus. N’était-elle pas normale aussi pour une autre raison, à savoir que la véritable paternité ne se résume pas à la transmission biologique de la vie mais qu'être « parent » (c'est le même mot qu'engendrer) c'est bien plus encore aider à se tenir debout, éduquer, donner le meilleur de soi-même pour faire grandir. St Joseph n’a-t-il pas été tout cela, excellemment, père nourricier et donc vraiment père ?

Dire que cette conception virginale de Jésus est un « théologoumène » c’est habiller d'un mot savant une grave accusation contre les évangélistes. En effet le théologoumène est une histoire inventée pour faire passer un message plus spirituel sur la véritable personnalité de Jésus. Le théologoumène est étranger à la mentalité des évangélistes qui ne veulent s'appuyer que sur des faits, des évènements, des paroles et non sur des fables.
Le véritable obstacle pour qu'on accepte cette conception virginale de Jésus est en réalité la mentalité d'un monde moderne hyper-sexualisé qui majore les réalités du corps au détriment parfois de celles du coeur. La conception virginale de Jésus, c'est-à-dire sans l'intervention physique d'un homme, est le signe que Dieu a voulu donner de la filiation divine de Jésus : Jésus n'a pas de ­père humain parce que c'est Dieu qui est son Père. C'est pourquoi l'Eglise a fait de cette conception virginale un élément essentiel de son Credo qu'on ne peut nier sans se mettre en dehors de la foi catholique. Et tout compte fait le rôle de Joseph qui donne à Jésus son insertion dans l'histoire des hommes et sa stature humaine est aussi important que celui de Marie qui lui donne son corps. Leur mission est différente mais l'une et l'autre sont nécessaires.
On fera une réflexion analogue au sujet de la virginité perpétuelle de Marie que nous allons examiner maintenant. Comme le dit le P. Laurentin, la virginité perpétuelle de Marie nous enseigne qu'il vaut mieux un amour Véritable (comme celui de Marie et Joseph) sans sexualité qu'une sexualité vécue sans amour. Le message a du mal à passer aujourd'hui. Il n'en est que plus essentiel. Mais nous sommes sortis là quelque peu du cadre que nous nous étions tracé d'une simple recherche historique sur ce que nous savons de Jésus puisque c’est quelque chose d’important.

Venons en maintenant à la question des « frères et sœurs de Jésus ». A vrai dire le problème de la virginité perpétuelle de Marie se pose en termes différents du précédent. Alors que la conception virginale de Jésus est une affirmation claire et explicite des évangiles, l'article de foi en la virginité perpétuelle de Marie (le fait que Marie et Joseph n'ont pas eu de relations sexuelles et donc pas d'enfants) est le résultat de la méditation de l'Eglise. Comme le dit le Catéchisme de l'Eglise Catholique : « L'approfon­dissement de sa foi en la maternité virginale a conduit l'Eglise à confesser la virginité réelle et perpétuelle de Marie ... » Un peu à la manière dont le dogme de l'Assomption a été progressivement formulé et explicité dans l'Eglise. Ce n'est donc pas à l'historien de prouver que Jésus est le Fils unique de Marie. Mais encore faut-il que l'histoire ne prouve pas le contraire.

Or, objecte-t-on, les évangiles nous parlent à plusieurs reprises des « frères et sœurs » de Jésus. L'objection a été débattue depuis fort longtemps et il ne faudrait pas la présenter comme une trouvaille de l'exégèse moderne. Et depuis fort longtemps on sait que le terme de « frères » dans la Bible désigne souvent tout un clan familial de frères, oncles et cousins.
Mais objecte-t-on encore, les évangiles on été écrits en grec et le grec littéraire connaît un terme particulier « anepsoi » pour désigner les cousins. On répondra que le grec des évangiles n'est pas le grec littéraire mais un grec très imprégné de tournures et d'expressions hébraïques. Et de fait, quand la Septante (c'est-à-dire la traduction grecque de l'Ancien Testament : 2 siècles avant Jésus) traduit le mot frères au sens de clan familial, elle le traduit par « adelphoi » (= frères) et non par anepsoi (=cousins).  De plus, et cela est capital, parmi ceux qui sont cités comme frères et soeurs de Jésus, deux ­Jacques et José sont désignés ailleurs comme les fils de l'autre Marie, donc au mieux comme des cousins de Jésus.
On ne peut donc pas conclure que Jésus avait des frères et soeurs au sens actuel du terme. De l'expression « il (Joseph) ne la connut point (avoir des relations sexuelles) jusqu'au jour où elle enfanta un fils », on ne peut pas conclure non plus qu'il la connut après. « Jusqu'au jour », dans le langage biblique, signifie qu'on envisage seulement la période considérée nais qu'on ne préjuge pas de ce qui se passera ensuite. On trouve ailleurs, à propos d'un autre personnage biblique, Michal : « elle n'eut pas d'enfant jusqu'au jour de sa mort »... ce qui ne saurait laisser entendre qu'elle en eut après.
De même l'appellation « fils premier-né » (« elle mit au monde son fils premier-né ») n'indique pas qu'il y en eut d'autres après lui. Premier-né signifie simplement « celui qui a ouvert le sein maternel », celui qui est l’héritier de la promesse... même s'il est tout seul.

Il ne faudrait pas passer sous silence les indices positifs que nous trouvons dans les évangiles en faveur de cette virginité perpétuelle de Marie. Nous avons parlé plus haut du titre exceptionnel donné à Jésus : « le Fils de Marie ». En revanche, on ne trouve jamais l'expression « Marie et ses enfants », ou « Marie, la mère de Jésus et de Simon et Jude »... comme il eût été normal si tel avait été le cas. De plus si Jésus avait eu frères et soeurs, pourquoi ne sont­-ils pas mentionnés lors du pèlerinage à Jérusalem à l'age de 12 ans ou lors des noces de Cana, qui sont des évènements qui concernent, le premier surtout, la famille dans son intégralité ? Enfin, si Jésus avait eu des frères, aurait-il,du haut de la croix, confié sa mère Marie à un étranger à la famille, l’apôtre St Jean ? Celui-ci aurait-il osé la prendre chez lui, à la place d’un des frères de Jésus à qui cette mission incombait de droit... si Jésus avait des frères ?

De tout ce long débat qui resurgit périodiquement sans apporter d'éléments nouveaux, il ressort que l'histoire ne peut rien prouver contre la virginité perpétuelle de Marie. C'est là une question de foi qui s'est progressivement dégagée au cours de l'histoire. La liturgie parle de Marie comme « aeiparthénos = toujours vierge ». Que cela n’ait pas fait l'unanimité dès le début ne peut guère nous étonner. Comme pour bien d'autres formulations de la foi, il faut un certain temps pour que l'Eglise y engage explicitement son autorité.
Si cette question resurgit aujourd’hui avec une certaine force, chez nos frères protestants en particulier nais aussi chez beaucoup de catholiques impressionnés par les idées de ce monde, ce n'est pas pour des raisons historiques maos pour des raisons idéologiques : un homme et une femme, affirme-t-on volontiers, ne sauraient être pleinement humains s’ils ne font pas usage de leur sexualité. Ce qui contredit l’enseignement du Christ sur ceux qui sont « eunuques » à cause du royaume de Dieu.
Marie et Joseph ont compris que « pour le royaume » ils se devaient de consacrer toute leur vie à celui que Dieu avait remis entre leurs mains pour un grand destin. Marie et Joseph n’ont fait qu’anticiper la Parole du christ. Cela reste, bien sûr, invraisemblable à nos regards purement humains.
Mais nous sommes avertis depuis longtemps que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées d’hommes et que ses chemins ne sont pas nos chemins. Marie et Joseph eux n’étaient-ils pas pleinement sur les chemins de Dieu ?

Pour en finir avec les récits des évangiles de l’enfance, il faut se demander ce que nous devons en penser.

*        Que penser de l'Annonciation ? Est-ce simplement " de la littérature" comme le disent certains ? Nous admirons les tableaux de Fra Angélico. Ils peuvent nous aider à pénétrer le mystère. L'historien gardera cependant la sobriété de  l’évangile. Un messager de Dieu vient rencontrer Marie. Avait-il des ailes ? Cela n’est pas dit dans l’Evangile ? Avait-il une forme corporelle ? Ce n'est pas dit non plus. Par contre l'important est de garder que ce jour-là Marie reçut la mission d'engendrer Jésus selon l'humanité. A-t-elle tout compris du mystère de son fils ? Peut-être pas. Mais elle a dit : « je suis la servante du Seigneur ». Et comme le dit l'émouvante inscription dans la grotte à Nazareth où très probablement cette rencontre eut lieu : « c'est ICI que le Verbe s'est fait chair ».

*        Que penser de l'adoration des bergers, de l'adoration des mages ? Est-ce là de la littérature ? Ou pour employer un langage plus savant : est-ce seulement un midrash, c’est-à-dire une histoire symbolique, un conte en quelque sorte. A l'encontre de certains exégètes, même catholiques, nous pensons que là n’est pas la vérité. Car le midrash n'est pas le genre littéraire des évangiles.
L’Evangile est tout centré sur le mystère de Jésus à annoncer à travers les événements réels dont les évangélistes ont été les témoins. Adoration des bergers, adoration des mages, sont des évènements réels, où les évangélistes s’efforcent de lire les signes de l'intervention de Dieu dans l'histoire.
Au demeurant, si on s'en tient à la sobriété de ces récits (il n’y a ni rois ni chameaux en St Matthieu) ces évènements ne semblent pas impossibles. Les mages sont des personnages connus dans l’histoire. Une délégation était allée jusqu'à Rome en 64 sous Néron. Qu'y a-t-il d'extraordinaire à penser que certains, à la suite de leurs calculs astrologiques, et poussés par la main de Dieu, soient venus jusqu'en Judée pour se rendre compte si le Messie attendu était enfin arrivé. Peut-être aussi, mais ce n'est là qu'une hypothèse, que nous formulons  la naissance de Jésus n'est-elle pas passée aussi inaperçue qu’on veut bien le dire dans certains sermons. Peut-être Joseph, de la lignée de David, n'était-il pas un personnage totalement inconnu à Bethléem ? Peut-être Marie, parente d'un des prêtres du temple de Jérusalem, était-elle connue aussi…
Les évangélistes le savent bien : si les évènements qu'ils rapportent ne sont pas réels, sur quelles bases solides pourra reposer notre foi ? Elle est du vent. St Paul le disait à propos de la résurrection : « Si Jésus n'est pas ressuscité, vaine est notre foi ». Pourquoi faudrait-il admettre que soudain, dans leurs deux chapitres d'introduction qui traitent de l’enfance de Jésus, les évangélistes auraient oublié ces principes sérieux et de bon sens.
Demythifier à outrance n'est pas forcément s'approcher de la vérité… mais bien plutôt la réduire, sinon la détruire. Sans tomber dans le culte du merveilleux (laissons cela à la poésie de Noël ...) l’historien pourra faire confiance à ces récits et continuer à y voir la véritable histoire de Jésus enfant.

III.  Jésus est-il le « prophète de Nazareth » ou un « gourou doué de pouvoir extraordinaire » ?

D’après les Evangiles, le Christ a vécu 30 ans avec ses parents à Nazareth et a eu seulement 3 ans de vie apostolique. Pendant ces trois annéess, il a fait beaucoup de miracles en tous genres et eut 12 apôtres qui l’ont suivi, des saintes femmes qui l’on également suivi et beaucoup de disciples.

Quelques brefs repères chronologiques :

A l’automne de l’an 27, prédication de Jean Baptiste et débuts de la vie publique de Jésus ;
A Pâques de l’an 28, première montée de Jésus à Jérusalem (Jn 2,13) ;
En l’an 29, Jean Baptiste est exécuté dans la forteresse de Maché­ronte ;
En l’an 30, Jésus est crucifié à la veille de la Pâque (selon toute pro­babilité, le 7 avril 30). Il apparaît ressuscité, à ses disciples, le lendemain du sabbat, le premier jour de la semaine.

Peut-on faire un portrait physique du Christ ?

 Il n’y a que la relique du Saint Suaire qui pourrait nous donner un portrait physique du Christ. Il est probable que cette relique soit authentique. Nous n’entrerons pas ici dans la discussion au sujet de cette relique.  Nous dirons simplement que l’on croyait que la datation au carbone 14 semblait avoir évincé cette discussion… mais des experts ont contesté cette expertise et apporté des arguments nouveaux. La discussion continue et peu importe pour nous. A partir du moment où nous avons la foi, cela ne change rien que le Saint Suaire soit authentique ou faux. Cela peut tout au plus être une preuve de plus que nous avons raison de croire. Donc si le Saint Suaire est authentique, il nous donnerait la taille du Christ (1 m 81) et les traits de son visage.
 La lecture des évangiles nous permet de conclure que le Christ était d’une solide constitution physique. Il n’est pas insensible à la fatigue (Jésus s’était assis au bord du puits de Jacob pour se reposer) mais de constitution robuste pour pouvoir supporter toutes ces marches dans un pays accidenté au climat rude.

Peut-on faire un portrait moral du Christ ?

 Ici ce sont les évangiles qui vont nous renseigner sur le portrait moral du Christ qui est bien plus important que le portrait physique. Nous voyons le Christ comme un homme d’une personnalité extraordinairement attachante.
 C’est un homme sensible et pleinement humain. Il sait admirer la nature, les fleurs des champs, les couchers de soleil… Il observe la vie quotidienne, la femme qui perd une drachme et balaie sa maison pour la retrouver, le berger qui prend soin de son troupeau, le semeur négligent qui laisse tomber du grain un peu partout, la pauvre vieille qui met sa piécette dans le tronc du temple…
 Il connaît les joies et les enthousiasmes des réussites. Il est blessé par les trahisons et les attitudes frileuses de ceux sur qui il comptait. Il pleure sur Jérusalem qui ne veut pas l’accueillir. Il apprécie et cultive l’amitié. Il a une préférence pour Jean, sans doute le plus jeune des apôtres. Il aime se retrouver dans la maison accueillante des deux sœurs Marthe et Marie et de leur frère Lazare. Simon Pierre est son ami. Il en reconnaît la fidélité à toute épreuve (mis à part le reniement qui sera l’unique exception et combien amèrement regrettée), mais c’est une amitié virile qui n’exclut pas les explications franches et des admonestations. L’entourage féminin du Christ nous révèle à la fois son grand respect pour les femmes qu’il admire pour leur attachement sans faille et leur serviabilité, et, en même temps, sa liberté par rapport aux usages machistes de l’époque.

Le Christ est-il un prophète ou un gourou ?

Evangile de saint Jean 1, 35 à 51 : Le lendemain, Jean se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples.  Regardant Jésus qui passait, il dit : « Voici l'agneau de Dieu ».  Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus.  Jésus se retourna et, voyant qu'ils le suivaient, leur dit : « Que cherchez-vous ? ».  Ils lui dirent : « Rabbi, ce qui veut dire Maître, où demeures-tu ? ».  Il leur dit : « Venez et voyez ». Ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. C'était environ la dixième heure.
André, le frère de Simon-Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et suivi Jésus.  Il rencontre en premier lieu son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » ce qui veut dire Christ.  Il l'amena à Jésus. Jésus le regarda et dit : « Tu es Simon, le fils de Jean ; tu t'appelleras Céphas » ce qui veut dire Pierre.
Le lendemain, Jésus résolut de partir pour la Galilée ; il rencontre Philippe et lui dit :
 « Suis-moi ! » Philippe était de Bethsaïde, la ville d'André et de Pierre.
Philippe rencontre Nathanaël et lui dit : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé: Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth ».  Nathanaël lui dit : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois ».  Jésus vit Nathanaël venir vers lui et il dit de lui : « Voici vraiment un Israélite sans détours ».   Nathanaël lui dit : « D'où me connais-tu ? » Jésus lui répondit : « Avant que Philippe t'appelât, quant tu étais sous le figuier, je t'ai vu ».  Nathanaël reprit : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël ».  Jésus lui répondit : « Parce que je t'ai dit : Je t'ai vu sous le figuier, tu crois! Tu verras mieux encore ».  Et il lui dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme ».
Ce passage de l’évangile de saint Jean montre que le Christ n’est pas un gourou. En effet, le Christ recrute ses disciples sur le témoignage d’autres disciples. Et lorsqu’on désire suivre le Christ, il ne fait pas d’abord un lavage de cerveau ou un endoctrinement mais dit simplement : « venez et voyez ». Le Christ laisse donc la liberté a ceux qui veulent le suivre de voir ce qu’est la vie avec Lui et si cette vie leur convient, alors ils pourront rester avec Lui.

Donc Jésus est un prophète mais quel genre de prophète ? Pour essayer de répondre à cette question, nous allons étudier le message religieux du Christ. Le Christ est un juif pieux, solidaire de son peuple. Il va à la synagogue, monte souvent en pèlerinage à Jérusalem, est imprégné de toute la Bible et de toute l’histoire de l’Ancien Testament. C’est un homme de prière, chantant les psaumes qu’il connaît par cœur, non seulement assidu aux offices liturgiques, mais passant des heures voire des nuits entières dans une prière personnelle (on entend souvent dire dans l’Evangile que le Christ se retire seul pour prier) ce qui suscite l’étonnement de ses disciples. Il entretient avec Dieu une relation familière. Il prend Dieu à témoin de ses joies comme de ses peines : « Père, je te rends grâce d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux touts petits… » (Evangile selon saint Luc 10, 21).

C’est précisément à cause de cette relation d’intimité avec Dieu qu’il ne peut pas supporter les caricatures de religion que donnent souvent ceux qu’on appelle les « docteurs de la loi ». Jésus rejette toute hypocrisie et toute attitude qui met l’observance des prescriptions tatillonnes de la loi au dessus des sentiments profonds du cœur. Ce qui lui importe, c’est ce qui provient du dedans, du cœur de l’homme, car l’homme bon tire le bien de son cœur qui est bon, et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais.

a) A propos de son Père

Dieu parle souvent de son Père. Nous ne nous attarderons pas ici sur le Père du Christ (Dieu) puisque ce n’est pas le but de cette étude. Nous nous contenterons simplement de signaler deux choses : tout d’abord que lorsque les apôtres demandent au Christ comment prier, Celui-ci leur dit de prier en disant le Notre Père : prière qui s’adresse a son Père pour le louer, lui demander de faire sa volonté et pour que nous obtenions ce qu’il nous faut pour que nous puissions accomplir sa volonté. On peut lire par exemple l’Evangile selon saint Luc 11, 1 à 4.

La seconde chose est de lire le chapitre 17 de l’Evangile selon saint Jean. Ce chapitre concerne la prière que le Christ adresse à son Père ; Dans cette prière, le Christ dit qu’il est un avec son Père. Cela nous explique la filiation divine du Christ ; que le Christ est Bien Dieu. Cela se comprend. Au catéchisme on apprend aux enfants que le Mystère de la Trinité est le Mystère d’un seul Dieu en trois personnes : Dieu le Père ; Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit. 

b) Au sujet du royaume

Jésus prêche la venue du Royaume de Dieu et il dévoile les conditions qui sont nécessaires pour y entrer. Son programme se trouve rassemblé dans le sermon sur la montagne (voir Evangile selon saint Matthieu 5, 11) ou béatitudes. Le Christ nous dévoile que le Royaume de Dieu est une réalité intérieure : il est au milieu de vous, au-dedans de vous… et en même temps il est aussi une réalité sociale, que nous pouvons comparer à une bergerie qui accueille le troupeau fidèle. Jésus se donne comme mission prioritaire de convertir à ce royaume les brebis égarées d’Israël. Il confie également cette tâche à un groupe de 72 disciples et, à l’intérieur de ce noyau, à une équipe plus restreinte de douze apôtres (le mot signifie envoyé) qu’il formera d’une manière toute spéciale.

Ce Royaume est accessible à tous. Il n’y a pas de discrimination sociale. Riches ou démunis, tous peuvent y accéder, à condition que tous se fassent un cœur de pauvre (pas pauvre matériellement mais pauvre en ce sens que nous savons que nous ne dépendons que de Dieu et de Dieu seul et, selon l’expression de sainte Jeanne d’Arc, Dieu doit être premier servi). Jésus est prêt à accueillir tout le monde : Nicodème le notable, Souza l’intendant d’Hérode, tout comme le centurion ou l’humble pêcheur de Capharnaüm. En plus d’être des pauvres, il faut être spirituellement parlant de tout petits qui aimons Dieu de tout notre cœur et notre prochain comme nous même pour l’Amour de Dieu et que seul Dieu a de l’importance dans notre vie ; tout le reste compte mais c’est second. C’est la doctrine de sainte Thérèse de Lisieux et la prédication du Christ pour les enfants, les petits et ceux que le monde rejette. Le Christ va manger chez les publicains et accueille les prostituées. Mais à chacun il proclame la venue du Royaume qui demande un changement radical de vie. Cela lui vaut beaucoup d’inimitiés de la part de gens qui se scandalisent facilement. Mais cela lui vaut aussi beaucoup de conversions d’hommes et de femmes qui le suivent parce qu’ils ont découvert en lui celui qu’ils attendaient.

Jésus refusera plus d’une fois le titre de Messie parce que ce titre est trop équivoque et donne prise à une interprétation politique très forte. A plusieurs reprises, et de manière très énergique, Jésus repoussera toute proposition d’un pouvoir temporel… alors que, jusqu’à la fin de ces trois années, les disciples s’attendaient à ce qu’il restaure le Royaume d’Israël et mette l’occupant romain hors des frontières… D’ailleurs les foules qui l’avaient suivi avec enthousiasme durant sa prédication en Galilée l’abandonneront de manière brutale lorsqu’elles comprendront que ce n’est pas ce pouvoir temporel qu’il leur promet.
Au titre de Messie, Le Christ préfère celui de « Fils de l’homme » pour se désigner lui-même. Ce titre est emprunté au prophète Daniel et à toute une littérature apocalyptique.
 
Jésus accompagne sa prédication de multiples guérisons de malades et de signes plus extraordinaires encore que rapportent les évangiles et que nous aborderons plus loin. Ces guérisons miraculeuses ont une très grande place dans les récits évangéliques.
La vie publique du Christ, qui a duré trois ans, est remplie de discussions et de controverses très vives avec les responsables religieux. Et on constate une opposition de plus en plus forte contre Jésus qui va culminer avec l’arrestation, le jugement et la mise à mort du prophète de Nazareth qui a eu lieu le vendredi 7 avril de l’an 30.

Voilà, brièvement esquissé, ce que nous pouvons dire sur Jésus le prophète. Nous n’avons retenu que ce qui est admis par tous les exégètes (ceux qui expliquent le contenu de la Bible) et qui ne pose d’ailleurs pas de problème particulier.

IV. Le Christ savait-il qu’il était Dieu ?

Comme nous l’avons déjà dit, le Christ savait qu’il était Dieu puisque dans l’Evangile de saint Jean au chapitre 17 Il dit que le Père et lui sont un. Nous allons approfondir, malgré tout, le lien entre le Christ et Dieu.

a) La foi des premiers chrétiens

Le terme de Fils de Dieu a toujours fait partie de la foi des premiers chrétiens aussi loin que nous pouvons remonter dans l’histoire. Le premier témoignage que nous rencontrons vient de saint Paul dans sa lettre aux Philippiens (écrite vers l’année 56). Il rappelle sa prédication dans cette ville quelques années auparavant (vers l’année 50) et leur cite sans doute une des premières hymnes liturgiques chrétiennes :
« Le Christ, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix !  Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,  pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,  et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père »  Philippiens 2, 6- 11.
Saint Jean ne dira pas autre chose que saint Paul lorsque dans le prologue de son évangile il écrira : «  le Verbe était Dieu… et le Verbe s’est fait chair. Nous avons vu sa gloire (c'est-à-dire sa divinité)… ». Et entre Paul et Jean, nous pourrions trouver de multiples témoignages de cette foi commune : ce Jésus avec qui nous avons vécu est le propre Fils de Dieu.

D’où vient cette conviction dont nous trouvons l’attestation déjà quelque 15 ou 20 ans après la mort et la résurrection du Christ ? Nous trouvons cette foi dans les premières communautés chrétiennes avant même que soit véritablement commencée l’évangélisation du monde païen. 
En ce qui concerne les communautés chrétiennes issues du judaïsme, elles ne concevaient qu’un  monothéisme farouche qui les empêchait d’attribuer du divin à un être humain quel qu’il soit. Quand on constate l’énergie avec laquelle les judéo-chrétiens étaient restés fidèles aux prescriptions de la loi mosaïque qu’ils voulaient imposer aux païens qui se convertissaient, on ne peut que comprendre leur adhésion à la foi en la divinité de Jésus qui semblait si contraire à la révélation de l’Ancien Testament, autrement qu’en reconnaissant que cette foi s’enracine dans les attitudes de Jésus et un enseignement clair de sa part.

  b)  Quelle pédagogie le Christ a-t-il utilisé pour nous expliquer qu’il était le Fils de Dieu ?

Il n’a pas manqué d’hommes pour affirmer que Jésus, le Fils de Dieu, avait fait semblant d’être un homme. 
Le concile de Calcédoine affirme que Jésus est à la fois un homme et Dieu ; ce concile précise que ce n’est pas un mélange comme le lait qui se dissout dans le café. Saint Paul affirme aux Philippiens (cité plus haut) : « Le Christ, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu… S'étant  com-porté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix !... ».

Il y a là un Mystère qui ne peut pas être expliqué par l’histoire mais par la théologie (le discours sur Dieu). Et ce ne sera qu’au ciel que nous pourrons vraiment comprendre le Mystère. Il ne faut pas accepter ceux qui affirment que dans la religion chrétienne, dés que nous ne savons pas expliquer quelque chose, on dit que c’est un Mystère. Dieu est insondable ce qui signifie que sur terre, nous ne pourrons jamais tout comprendre Dieu. Lorsque nous arriverons au ciel et que nous aurons la vision béatifique, nous comprendrons que nous n’avons saisis qu’une goutte d’eau par rapport à l’océan que représente le Mystère de Dieu. Saint Thomas d’Aquin, qui a écrit une somme théologique sur le Mystère de Dieu, a compris à la fin de sa vie que ce qu’il a écrit n’est rien par rapport au Mystère de Dieu ; il a donc mis devant le Saint Sacrement sa somme théologique en demandant à Dieu que si ce travail ne lui convenait pas il n’avait qu’à le brûler. Et Dieu nous a laissé ce travail qui est le fondement de notre théologie. Le pape Jean-Paul II a dit que saint Thomas d’Aquin est un auteur moderne et que les prêtres devaient concevoir leur théologie sur cette somme théologique sans négliger les auteurs modernes et les questions d’actualités.
Comme nous l’avons déjà vu avec le chapitre 17 de l’Evangile de saint Jean, le Christ savait qu’il était Dieu, donc pas un homme comme tout les autres. A cause du monothéisme farouche dont on a parlé, Jésus ne pouvait pas dire directement qu’il était le Fils de Dieu sinon il aurait été lapidé sur le champ. Il sera lapidé mais après nous avoir dit qui il est vraiment.

Dès le début de sa prédication évangélique, toute axée sur le royaume de Dieu et les conditions pour y entrer, Jésus se montre d’une liberté souveraine par rapport à la loi de Moïse : « on vous a dit… moi, je vous dis…»; qui est ce "on vous a dit "? C’est Moïse lui-même à qui on attribuait toutes les prescriptions de la loi jusque dans le détail. Jésus se montre donc l’égal de Moïse et même supérieur a lui. Car Moïse ne dictait pas cette loi comme venant de lui mais comme venant de Dieu. Jésus se montre donc l’égal de Dieu puisqu’il veut réactualiser la loi de Dieu. 
Il faudrait en effet apporter ici une précision. Jésus n’a jamais voulu abolir la loi, il dit même qu’il est venu la porter à sa perfection. Et précisément pour cela, il veut l’amputer de tous les ajouts réducteurs que les commentateurs successifs lui avaient apportés. Il s’agit en quelque sorte de la restaurer dans sa pureté primitive, et ce « Moi, je vous dis » suggère de façon très claire une identification avec le législateur suprême, Dieu.

C’est cette même identification à Dieu que nous retrouvons lorsque Jésus revendique pour lui le pouvoir de pardonner les péchés. Dieu seul peut pardonner les péchés, lui objecte-t-on. « Eh bien, répond Jésus, pour montrer que Le Fils de l’homme peut pardonner les péchés, s’adressant au paralysé, je te l’ordonne, prends ton grabat et marche » (Marc 2, 10 et 11).
La parabole des vignerons homicides (Matthieu 21, 33 à 45) apporte un enseignement plus clair encore. Jésus se servait d’ailleurs de paraboles pour faire passer un enseignement difficile qui aurait été rejeté s’il avait été proclamé ouvertement. En laissant aux interlocuteurs le soin de découvrir eux-mêmes la leçon de l’histoire qu’il raconte, Jésus met une certaine distance entre eux et lui et désamorce un peu leur agressivité. Mais les pharisiens ne s’y sont pas trompés. Ils ont bien compris que dans cette parabole Jésus se dit supérieur aux prophètes et suggère qu’il est le fils propre du propriétaire de la vigne, à savoir Dieu.

La façon qu’a le Christ de parler de Dieu est tout à fait originale et sans précédent dans l’histoire du Judaïsme. Il dit « mon Père et votre Père », pour souligner que la relation qu’il entretien avec Dieu n’est pas la même que celle que les hommes entretiennent avec lui. Il est le premier a dire à dieu « Abba » ce qui signifie Père. Cette façon de prier du Christ avait stupéfié les apôtres. Ce n’est que dans l’Esprit-Saint, et grâce à notre baptême, et à la suite de Jésus, que nous pouvons à notre tour dire a Dieu « Abba ».
Le Christ donnera à ses disciples un enseignement plus explicite encore avec la question du jour du jugement à venir. Il affirme : quant à la date nul ne la connaît, ni les anges dans le ciel, ni le fils, personne sauf le Père » (Marc 13, 32). Ainsi donc Jésus se désigne comme « le Fils » qui est supérieur aux anges et dans une relation unique avec le Père. Ici, le « Fils «  est unique, supérieur aux anges. Et parce que l’ignorance qu’avoue Jésus semble ternir quelque peu son image, tous les exégètes admettent que personne n’a pu inventer cette parole et ils la tiennent donc pour authentique.
 
Nous n’avons pas de raison de douter de l’authenticité de cette parole rapportée par saint Matthieu : « Je te bénis, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux savants… Tout m’a été remis par mon Père. Nul ne connaît le Fils sinon le Père et nul ne connaît le Père sinon le fils et celui à qui le fils l’a révélé » (saint Matthieu 11, 25 à 27). Ainsi donc Jésus dit que Dieu (le Père) est le seul à connaître sa vraie personnalité, et qu’il est, lui, le seul à connaître Dieu. Personne n’avait eu cette prétention. Seul Jésus revendique cette exclusivité parce qu’il s’agit d’une connaissance non pas partielle mais totale. Il y a entre lui et le Père une relation unique de connaissance réciproque. Seul Dieu peut connaître parfaitement. Si Jésus connaît parfaitement le Père c’est parce qu’il est Dieu lui-même.

  c) Les apôtres ont-ils tout compris ce que le Christ leur a dit à propos de sa filiation divine ?

Comme Marie et Joseph, les apôtres n’ont pas tout compris de ce que Jésus leur a dit durant ses trois ans de vie publique. Cependant, de même que Marie méditait toutes les paroles du Christ en son cœur, de même les apôtres étaient surpris et déstabilisées dans leurs vieilles certitudes mais peu à peu leur cœur s’ouvrait.
La profession de foi de Pierre à Césarée en est le signe. Les félicitations que le Christ lui adresse, en rappelant qu’un tel acte de foi n’est possible que s’il vient du Père, sont bien un indice de cette ouverture progressive du cœur, de celui qui deviendra le chef des apôtres, au mystère. Cependant ce n’est qu’après la Résurrection et surtout après l’irruption de Saint-Esprit à la Pentecôte (lire Actes des Apôtres au chapitre 2) que les apôtres se souviendront de toutes ces paroles et reconnaîtront que le Christ est le vrai Fils de Dieu.

V.  JESUS A-T-IL FAIT DES MIRACLES ?

Ce chapitre sera court car notre foi ne repose pas sur les miracles que le Christ a pu faire. Les miracles que le Christ a faits sont des signes qui nous réconfortent dans notre foi et rien de plus.
Nous ne pouvons pas douter que le Christ ait accompli d’innombrables miracles puisque ceux-ci sont affirmés massivement par tous les évangélistes qui n’inventent rien pour mieux faire passer telle ou telle idée. 
Au nom de quoi d’ailleurs pourrions-nous refuser à Dieu le droit de réaliser ces miracles par son fils Bien Aimé en qui il a mis tout son amour ? De quel droit limiter le pouvoir de Dieu en lui interdisant de sortir des lois ordinaires de la nature ? L’historien accordera donc son crédit aux récits évangéliques, qu’il s’agisse de guérisons, de miracles sur la nature même de résurrection des morts. 
Il n’en gardera pas moins son esprit critique et il se rappellera que les évangélistes racontent l’histoire à la manière dont les anciens la racontaient. Il ne s’attachera pas à accorder la même valeur à tous les détails. Il saura reconnaître ce que recouvrent certaines façons de s’exprimer. Ce n’est pas manquer de respect pour les textes que d’affirmer que toutes les guérisons de possédés ne sont pas de véritables exorcismes, mais qu’il s’agit souvent, selon les manières de parler de l’époque, de troubles mentaux, d’hystérie, etc… Il sera légitime de s’interroger pour savoir s’il y a eu une ou deux multiplications des pains. Ce n’est pas être rationaliste que de penser qu’on n’a pas forcément compté tous les poissons ramenés par le filet des apôtres lors de la pêche miraculeuse mais que le chiffre 153 a d’abord une valeur symbolique. Et ainsi de suite.
Mais nous ne garderons comme fait historique que l’essentiel du récit. Et vouloir, comme certains, réduire les miracles, comme celui de Cana par exemple à un récit symbolique sans contenu réel, c’est tout simplement ne tenir aucun compte de l’histoire. 
Les guérisons miraculeuses ne posent pas de problèmes insurmontables aux historiens qui les admettent généralement. D’ailleurs les guérisseurs n’ont pas manqué dans l’Ancien Testament et même chez les contemporains de Jésus. 
Les miracles sur la nature, comme la multiplication des pains, la tempête apaisée ou la marche sur les eaux, semblent poser de sérieuses questions à tout homme doué d’esprit critique. Mais pourquoi refuser à Dieu le droit de déroger aux lois de la nature qu’il a lui-même fixées… ou tout simplement de se servir de façon inhabituelle de ces mêmes lois de la nature ? Il n’est pas extraordinaire qu’un banc de poisson soit pris dans les filets d’un pécheur. Ce qui est un signe miraculeux, c’est que cela se passe non pas par hasard mais sur la parole de Jésus qui donne un tel ordre. Il n’est pas non plus extraordinaire qu’une tempête se calme,  mais ce qui est extraordinaire c’est qu’elle se calme sur la parole d’un homme.
Les différents miracles de résurrections de personnes déjà mortes semblent plus extraordinaires encore. Disons que ces différentes résurrections sont là pour manifester ce que sera la Résurrection du Christ. Et si Lazare ne nous dit rien de ce qu’il a vécu c’est parce qu’il n’a rien vécu durant sa mort. On pourrait penser qu’il s’agit d’une mort clinique (même si Lazare a été mis au tombeau), de corps qui n’on plus de souffle et que le Christ rappelle à la vie.
Pour Le Christ, les miracles ne sont pas réalisés pour se faire bien voir de son auditoire. La preuve en est la sobriété des récits évangéliques en cette matière.  Jésus mettra toujours un lien entre le miracle et la foi de ses auditeurs (on remarquera que de nombreuses fois le Christ dira : " va ta foi t’a sauvé " (Luc 18, 42). Il sait bien que le miracle le plus éclatant est impuissant à ouvrir un cœur qui se ferme volon-tairement. Il dira même : « même si les morts revenaient sur terre, vous ne croiriez pas » (Luc 16, 31).
C’est pourquoi le miracle suppose au moins une foi naissante (c’est ainsi qu’il ne pourra accomplir aucun miracle à Nazareth à cause de leur manque de foi : saint Matthieu 13, 58). Et en même temps, le miracle a pour but de fortifier cette foi naissante. Et de fait les miracles de Jésus ont beaucoup fait pour que les apôtres et les disciples mettent leur foi en lui.

FAUT-IL CROIRE À LA MORT ET À LA RÉSURRECTION DU CHRIST ?

Tous les prophètes, même s’ils entraînaient les foules, sont morts un jour et leur existence s’est terminée. Ce n’est pas le cas avec le Christ ; Celui-ci est mort et ressuscité. En effet, aussi loin que nous puissions remonter dans l’histoire des chrétiens, la mort et la résurrection de Jésus constituent la prédication première et pratiquement unique : « le Christ que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité. Nous en sommes les témoins » (Luc 24, 44 à 48 ; Actes des Apôtres 2, 32).  C’est ce que nous appelons le « kérygme ». Ce mot « kérygme » (du grec « kerygma » qui signifie proclamation du crieur public) a été utilisé pour désigner l’annonce faite aux incroyants par les premiers chrétiens de leur foi dans le Christ. 
Les textes de la prédication des apôtres tels que nous les rapportent les Actes des Apôtres ont en commun quatre affirmations essentielles :
1) Le Christ a été condamné et mis à mort ;
2) Dieu l’a ressuscité ;
3) Nous en sommes témoins ;
4) C’est en lui que se trouve le salut des hommes : convertissez-vous (Actes des Apôtres 2, 22-38 ; 3, 13-19 ; 4, 10-12 ; 10, 37-43 ; 13, 23-38).

Le mot « kérygme » continue à être employé aujourd’hui pour évoquer la proclamation missionnaire de l’essentiel de la foi chrétienne, proclamation qui tient évidemment compte du développement de la réflexion chrétienne depuis les origines.
Le « kérygme » est le premier enseignement de Paul dans ses lettres. C’est la première prédication de Pierre telle que nous la lisons dans les Actes des Apôtres (voir référence plus haut). L’historien doit donc étudier avec la plus grande attention la question de la résurrection du Christ.

Ce que nous disent les textes à propos de la mort et de la résurrection du Christ.

 Les textes nous affirment d’abord que Jésus est mort et a été enseveli dans un tombeau         ( Matthieu 27, 57 ;  Marc 15, 43 à 46 ;  Luc 23, 50 à 54 ;  Jean 19, 38 à 42). 
C’est un fait de l’histoire que nul ne peut contester. L’opposition contre Jésus n’avait fait qu’augmenter au fur et à mesure de sa prédication. Les uns étaient déçus de ne pas trouver en lui le chef d’une rébellion qui aurait redonné l’indépendance à leur pays en mettant les Romains hors des frontières. D’autres (les pharisiens, les sadducéens et les chefs des prêtres) étaient heurtés par sa prédication qui reléguait au second plan les prescriptions de la loi auxquelles ils étaient si attachés, qui démasquait l’hypocrisie et les intentions du cœur et qui mettait au premier plan la relation à Dieu comme à un Père qui aime tous ses enfants. Plus encore, ils ne pouvaient supporter les prétentions du Christ d’être le nouveau Moïse, le vrai fils de Dieu.
Un complot est organisé, avec la complicité d’un des apôtres (Judas Iscariote), contre le Christ. De nuit, sans doute par peur des partisans que le Christ garde tout de même dans le peuple, il est arrêté par la police privée du grand prêtre (voir par exemple saint Matthieu 26, 47 et suivants). Son procès aura lieu en deux temps : 

-  chez le grand prêtre un procès non public, illégal au moins dans ses conclusions au regard de la loi romaine. Ce procès-là sera pourtant décisif. Car c’est là que sera décidé la mort du Christ pour le motif de blasphème ;
-  un procès légal et public auprès de Ponce Pilate le gouverneur romain de la Judée. Seuls les
 romainsen effet, pouvaient faire appliquer la peine de mort. Il faut donc que ce soient eux qui prononcent la sentence. Comme les questions religieuses juives ne les intéressent guère, il faut porter l’accusation sur le plan politique : le Christ s’oppose à César. C’est ce qu’on va s’efforcer de démontrer. Après un débat confus et peu probant, Pilate prononce quand même la sentence de mort, plus pour pouvoir avoir la paix et éviter les troubles que par conviction personnelle.
  Par lâcheté et raison d’état, le Christ sera flagellé, torturé puis crucifié (voir saint Luc 22, 63 à la fin et 23, 1 à 46). Le Christ subira la mort la plus cruelle et infâme qu’avaient pu trouver les romains qui étaient restés des barbares sur le plan de ce que nous appellerions aujourd’hui les droits de l’homme. La mort aura lieu en dehors des remparts, tout prêt de la ville, en un endroit appelé Golgotha, une sorte de carrière désaffectée. Il était trois heures de l’après midi la veille de la Pâque.

*      Qui est responsable de la mort de Jésus ?

On discute à l’infini pour savoir qui est responsable de la mort de Jésus. Le peuple juif ? Les Romains ? Judas ? Le peuple juif dans son ensemble, certainement pas. Et toutes les générations qui suivront, encore moins. Mais un groupe restreint des chefs des prêtres et du grand prêtre, certainement. La décision première vient d’eux, en notant qu’il y eut des oppositions dans le Sanhédrin, notamment celle de Nicodème et de Joseph d’Arimathie. Les Romains ou plus exactement Ponce Pilate, portent aussi une responsabilité écrasante, puisque par cynisme et calcul politique, ils rendront effective la sentence qu’au fond d’eux mêmes ils désapprouvent.
La responsabilité de Judas Iscariote est grande aussi puisqu’il a trahi et permis l’arrestation du Christ. Pour quel motif ? Est-ce qu’il partageait les convictions des ennemis du Christ ? Est-ce par déception d’un Zélote qui avait compté sur le Christ pour la victoire finale ? Est-ce par appât du gain tout simplement ? Le suicide de Judas voyant que le Christ est condamné à mort épaissit encore le mystère dont Dieu seul connaît la réponse. Le débat reste ouvert car l’historien ne pourra jamais pénétrer dans le secret des cœurs.

*      L’ensevelissement du Christ

Après sa mort, Jésus est enseveli en hâte dans un tombeau voisin appartenant à un ami, Joseph d’Arimathie (voir par exemple saint Matthieu 27, 57 à la fin). Une garde de soldats était là pour surveiller le tombeau.
Le Christ était bien mort (saint Jean 19, 31 à 37) : le coup de lance dont parle saint Jean en est la preuve. Et saint Jean précise que de ce coup de lance sortira de l’eau et du sang ; la Tradition en parlera comme d’un fleuve d’eau vive et saint Augustin dira que les sacrements proviennent de la blessure du cœur du Christ à la Croix. Il n’y a donc pas de doute sur la mort véritable du Christ.

*     Trois jours après le tombeau est trouvé vide

C’est ce qu’attestent unanimement les quatre évangiles, dans les circonstances suivantes. L’entourage du Christ avait respecté scrupuleusement le repos du sabbat. Mais la mise au tombeau, faite à la hâte, n’avait pas permis qu’on fasse l’embaumement comme il aurait dû se faire. Dés que cela devient possible, c'est-à-dire au lever du soleil du dimanche, les femmes viennent au tombeau et le trouvent ouvert et vide, la pierre étant roulée du tombeau. On a émis l’hypothèse que Marie-Madeleine se serait trompée de tombeau. Comment cela est-il possible quand on a assisté l’avant-veille à la mort et à l’ensevelissement d’un être cher, que ce tombeau est à quelques dizaines de mètres à peine du lieu de la crucifixion ? L’apôtre Jean, témoin aussi de la mort et de l’ensevelissement, se serait-il trompé à son tour ? Amnésique à ce point, quelle invraisemblance ! 
On a dit aussi, et c’est une très vieille objection, que le corps avait été enlevé. Par qui ? Par les ennemis de Jésus, mais alors dans quel but ? Et comment se ferait-il que devant les premières annonces de la résurrection, ils n’exhibent pas le cadavre pour couper court à toute rumeur ? Le corps aurait-il été enlevé par les amis de Jésus ? Ils étaient bien trop découragés et abattus pour cela. Pour eux, l’évènement du Christ était un beau rêve évanoui. En enlevant le corps qu’auraient-ils voulu prouver ainsi ? Ils n’étaient pas en état de monter tout un scénario pour accréditer une résurrection  si elle n’avait pas eu lieu. Ils n’aspiraient qu’à une chose : se fondre dans la foule, ne pas se faire remarquer… et oublier cette parenthèse de trois ans de leur vie.

*      Jésus s’est montré vivant en apparaissant aux apôtres, aux saintes femmes et aux disciples

Le Christ s’est montré vivant à de multiples reprises, aussi bien à Marie-Madeleine qu’à Pierre, aux apôtres, à Paul, à des disciples, à plus de 500 frères à la fois (I Corinthiens 15, 1 à 8). Ce sont ces apparitions qui donnent leur sens à la découverte du tombeau vide : le tombeau est vide parce que Celui qui y avait été enseveli en est sorti vivant. Dieu l’a ressuscité. Nous l’avons vu et nous en témoignons, diront les apôtres.
Ces récits d’apparitions sont nombreux. Il n’est pas toujours facile de les faire concorder entre eux car certaines scènes se passent à Jérusalem, d’autres en Galilée, et une autre fois ce sera pour saint Paul sur le chemin de Damas. La chronologie sera difficile à établir également. Mais tous ces récits d’apparition ont les points communs suivants.

C'est Jésus qui vient, au moment où l'on s'y attend le moins. Personne n'espère sa venue. C'est lui qui fait irruption. Les réactions des témoins de ces apparitions sont toujours la surprise et même le doute. C'est si incroyable que le premier réflexe est de refuser d’y croire. Il y a là un éclatant démenti à la thèse parfois avancée de la crédulité des apôtres. Quand les femmes rapportent ce qu'elles ont découvert, on dira qu'elles radotent. Thomas mettra longtemps pour se rendre à l’évidence. Sur le bord du lac, les apôtres croient voir un fantôme, etc...
Ce n’est que devant les signes matériels et indubitables de cette nouvelle présence de Jésus que les apôtres rendent les armes. En effet, on peut mettre la main dans les plaies de son côté et à l’endroit des clous, on le voit de ses yeux. Il y a là un réalisme de la résurrection qui nous empêche, si nous voulons être fidèles aux textes, d'en faire un évènement purement intérieur, du style « les apôtres ont senti dans leur coeur que Jésus continuait à leur être présent ». Les apôtres n'ont rien « senti dans leur cœur ». Ils ont vu. Ils ont touché.
Et pourtant il ne s'agit pas là d'un retour à la vie d'avant. Avec les apparitions, nous sommes plongés dans un monde nouveau qui n'est plus soumis aux lois de la nature : Jésus apparaît et disparaît toutes portes étant closes. C'est comme si le monde du ciel venait à la rencontre de celui de la terre. Evènement de l’histoire des hommes et en même temps réalité du monde de Dieu voilà ce qu'est la résurrection de Jésus au regard des textes qui nous en parlent.

La résurrection est aussi appel à la foi. Après ce temps de doute et d’effroi, convaincus qu'ils ne rêvent pas, les témoins des apparitions font alors leur acte de foi joyeux et bouleversant : « Mon Seigneur et mon Dieu », dira Thomas. Rabbouni, mon doux maître à moi", dira Marie-Madeleine avec tout son coeur. Leur vie en sera toute transformée.
Pendant combien de temps ont eu lieu ces apparitions ? Il est difficile de le dire. Pour l'apôtre Paul, c'est sans doute 5 ou 6 ans après la mort de Jésus. Peut-on placer les apparitions en Galilée dans le court laps de temps de 40 jours que semblent indiquer les évangiles ? C'est bien difficile. Rappelons que la chronologie exacte au sens moderne du mot n'était pas le souci premier des auteurs des évangiles, et que les chiffres avaient souvent une portée d'abord symbolique. Laissons la question ouverte. Elle n'est d'ailleurs pas fondamentale.
Parmi ces apparitions, l’une d'entre elles revêt un caractère plus solennel : c’est celle de l’Ascension. Jésus donne un signe que désormais sa présence ne sera plus visible en ce monde, et que ce sera le temps de la mission jusqu’aux extrémités de la terre. Cette apparition est d’ailleurs suivie de cet évènement considérable qu’est l’irruption de l’Esprit Saint dans la vie des apôtres et de la première communauté chrétienne. C’est la Pentecôte. Des évènements mystérieux se produisent ; langues de feu, parler en langues... Mais le plus important est le changement radical opéré chez les apôtres qui à partir de là vont relire tous leurs souvenirs sur Jésus, les comprendre vraiment et lancer la prédication apostolique qui durera jusqu'à la fin des temps (Matthieu 28, 20). C’est là que se situe vraiment la naissance historique de l’Eglise.

*     Deux Objections sur lesquelles il nous faut revenir

On a dit que ce seraient des inventions pures et simples des apôtres, c’est-à-dire une supercherie. Or quand nous avons parlé du tombeau vide, nous avons constaté combien les apôtres étaient découragés et bien incapables d'inventer tout cela. Que pouvaient-ils d'ailleurs 'en attendre ? Un bénéfice humain ? Le seul qu'ils en retireront, et ils le savaient à l'avance, sera la prison, les coups et la mort. Une récompense auprès de Dieu ? Comment être assez sots pour penser que Dieu puisse récompenser une telle affabulation ?
Remarquons aussi que si les apôtres avaient « inventé » cette résurrection, ils n'auraient pas rédigé les récits comme ils l’ont fait, et, entre autres choses, ils n’auraient pas fait annoncer cette résurrection par des femmes... quel crédit, pensait-on, accorder aux racontars de femmes ? Comment penser enfin qu'un mensonge puisse tenir si longtemps sans qu'il n'y ait aucune faille dans cette longue liste de témoins ? Rappelons-nous l’adage : « on peut tromper quelqu’un tout le temps. On peut tromper tout le monde un certain temps. Mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps ». Disons encore combien il est absolument impensable qu’on puisse accepter de mourir pour défendre une foi que l’on saurait être totalement fausse et inventée. Cette objection, d'ailleurs, est de moins en moins formulée de nos jours.

Mais, ne voulant pas tromper, les apôtres ne se seraient-ils pas néanmoins trompés eux-mêmes ? Autrement dit, les apparitions ne seraient-elles pas simplement des hallucinations ? L'objection n'a pas grande valeur. L'hallucination suppose la plupart du temps un terrain propice : esprits faibles, un peu désaxés, attente inconsciente d’un évènement exceptionnel, etc... Rien de tout cela dans les évangiles. Les apôtres sont de bons galiléens, les pieds bien sur terre. Pour eux, après la mort de Jésus, tout était fini et ils n'attendaient rien. Et surtout, comme nous l'avons déjà dit, le réalisme de ces apparitions exclut toute illusion. Les apôtres ont vu, touché, mangé avec lui. Sans doute les apparitions sont des phénomènes mystérieux qui nous font sortir des lois habituelles de la nature, mais elles ont un objet réel. Ce ne sont pas des hallucinations, ou alors ce sont des « hallucinations vraies » s'il est permis d’associer ainsi deux mots qui sont contradictoires.

*      Quel fait historique ? Quelle preuve de la Résurrection ?

Alors, la Résurrection serait-elle un fait historique ? On est amené à répondre : oui, bien sûr. Certes cet évènement nous fait franchir les portes de l’histoire pour plonger dans le monde de Dieu. Mais il est historiquement vrai qu’il a bien eu lieu, que le tombeau a bien été trouvé vide et que les apôtres ont bien vu le Christ vivant.

En a-t-on des « preuves » ? Nous répondrons également « oui », car la preuve en matière d'histoire, c'est l'accumulation de témoignages et d'arguments qui excluent toute explication contraire. Et c'est bien ce que nous trouvons ici. Mais nous savons aussi que la preuve en histoire n'est pas du même type que la preuve mathématique... et que l'acte de foi qui met en jeu la liberté humaine... et la grâce divine... n’est pas simplement le résultat d'une preuve quelle qu'elle soit. Il est mystère.

*       De la véracité des témoignages sur le Christ.

Revenons quelques instants sur un problème que nous avons laissé quelque peu de côté : celui de la véracité des évangiles. Nous comprenons désormais un peu mieux pourquoi ils méritent notre confiance. Nous ne rentrerons pas dans le détail des hypothèses sur leur composition. Disons que l'évangile, la Bonne nouvelle, a d'abord été oral. Puis les nécessités de la prédication ont fait naître des textes écrits, comme une sorte d'aide-mémoire pour les prédicateurs. Le travail des évangélistes consistera à rassembler ces collections et à les intégrer dans une synthèse personnelle et ordonnée. C’est ce qui explique à la fois les ressemblances et les différences entre les évangiles.

Mais nous voudrions souligner surtout comment tous ces textes, qu'il s'agisse des évangiles ou des lettres de saint Paul et des Apôtres, sont remplis du désir de convaincre. « Ceci a été écrit, nous dit saint Jean à la fin de son évangile, pour que vous ayez la foi ». Ou encore saint Luc dédiant son évangile à son « cher Théophile » : « j'ai pris soin de tout vérifier ... pour que tu saches la solidité des enseignements que tu as reçus ». Comment pourrait-on établir la foi de son interlocuteur sinon sur des évènements véritables, vérifiables et solidement attestés. Les auteurs savaient bien que ce n'est pas en inventant des paroles ou des faits et gestes pour les attribuer au Christ qu’on peut convaincre quelqu’un. Ces écrits néo-testamentaires sont d'ailleurs remplis de ces protestations de sincérité : « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons » ;  Saint Pierre disait  que notre foi ne repose pas sur des fables… 

Prenons encore l’exemple de saint Paul. Lui qui a été formé à l’école du prestigieux Gamaliel, un maître en Israël, ne dédaigne pas, après sa conversion, de se faire instruire par un humble catéchiste de Damas, Ananie. Parce qu'il veut recevoir la tradition sur ce qu’on dit du Christ, et cela quelque six ou sept ans seulement après la mort et la Résurrection du Christ. Il montera à Jérusalem pour confronter ce qu’il enseigne à l'enseignement des apôtres. Quand il parlera de l'Eucharistie ou de la Résurrection il dira à chaque fois : « voilà ce que j'ai reçu de la tradition ». Quand il donnera un enseignement sur le mariage par exemple, en particulier dans le cas d'un chrétien uni à une non baptisée, il prendra bien soin de distinguer les paroles du Seigneur de ses propres paroles à lui, Paul, pour ne pas attribuer au Christ ce qu'il n’a pas dit.

Chaque fois que les apôtres auront à résoudre une question pratique, ils prendront leurs responsabilités, sans chercher à inventer des paroles ou un miracle quelconque pour les attribuer à Jésus, afin de donner plus de poids à leurs décisions. Jésus n'a rien dit sur les viandes sacrifiées aux idoles, donc Paul tranchera le débat sans s'en référer à Jésus. Jésus n'a rien dit sur les aliments impurs. Donc Pierre tranchera le débat en prenant ses propres responsabilités, non sans avoir beaucoup hésité.

De même dans l’importante question de la circoncision à imposer ou non aux païens qui se convertissent, la question sera résolue par les apôtres lors du concile de Jérusalem (en 49) par cette étonnante formule : « Nous et l’Esprit Saint avons décidé ceci… » :
« Nous » parce que les apôtres savent, même sans citer le passage de saint Matthieu, qu’ils ont reçu le pouvoir de lier et de délier.
« L’Esprit Saint »... parce que les apôtres savent qu’ils ont reçu, selon la promesse de Jésus, l'assistance du Paraclet. Mais il ne leur viendra pas à l'idée, un seul instant, d’attribuer à Jésus des paroles qu’il n’a pas dites ou des gestes qu’il n'a pas faits, même si cela eût permis de trancher plus facilement ce débat épineux, tout simplement par souci de la vérité.

C'est ce même souci de vérité qui conduit à garder dans la bouche de Jésus le titre de « Fils de l’homme », bien que tous les chrétiens désignent alors Jésus comme « Fils de Dieu », tout simplement parce que Jésus s'est appliqué à lui-même ce titre de « Fils de l'Homme ». C’est ce même souci de vérité qui conduit les évangélistes à garder la parole où Jésus reconnaît qu’il ignore le jour et l’heure du jugement dernier. Et pourtant on explique mal que Jésus ignore cette heure-là. Mais puisqu’il a dit cette parole, on la garde.

On pourrait multiplier encore les exemples. Si nous avons insisté aussi fort sur ce souci de vérité, c'est parce que certains exégètes soupçonnent, quasiment à priori, les paroles qui sortent de la bouche de Jésus pour en faire des inventions de la première communauté chrétienne. Ils font comme si la charge de la preuve de leur authenticité incombait à celui qui les cite, alors que, en vérité, la charge de la preuve de leur non authenticité éventuelle incombe à celui qui suspecte cette parole. Le véritable esprit scientifique n’est pas dans le doute systématique et gratuit, mais dans l’accueil des faits tels qu’ils sont. On ne le redira jamais assez.

VII.  QUEL SENS LE CHRIST A-T-IL DONNÉ À SA MORT ET À SA RÉSURRECTION ?

Le Christ a prédit et accepté sa mort pour la rédemption de l’humanité, voyons nous dans les évangiles ; c’est ce que nous allons essayer de comprendre.

*       Jésus annonce sa mort.

Jésus savait qu'il allait mourir de mort violente. Peut-être Marie, sa mère, lui avait-elle fait la confidence de la mystérieuse prophétie du vieillard Siméon qui lui avait prédit. Qu’un glaive de douleur transpercerait son coeur.  Mais sans aller jusqu'à cette supposition, bien des événements pouvaient laisser présager une fin tragique : l'abandon des foules après la multiplication des pains, l'opposition croissante et violente des chefs des prêtres, etc… Certains croient que Jésus s'attendait à être lapidé. Peut-être l'a-t-il pensé en effet quand il a dit : « Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés... ». Cependant après avoir prédit sa mort  prochaine, Jésus ajoute ­et il n’y a aucune raison de douter de l’authenticité de cette parole : « Nous montons à Jérusalem ... Le Fils de l'homme sera livré aux mains des chefs des prêtres... Celui qui veut venir à ma suite, qu'il prenne sa croix... »

*      Jésus donne sa vie.

Jésus savait qu'il allait mourir, et, bien plus, il a accepté cette mort et c'est lui qui livre sa propre vie pour le salut des hommes. L'évangile de St Jean est très clair sur ce point : il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis". Il le redira à Pilate « si j'avais voulu, j'aurais demandé à mon Père de m'envoyer douze légions d’anges ». Au jardin des oliviers, lors de l’arrestation, il demandera à Pierre de ne pas le défendre par les armes.
Dans l’annonce de sa Passion, il avait employé l’expression qui suscitera tant de commentaires : « il faut ». Sa mort fait donc partie de la volonté de son Père à laquelle il se  soumet, du mystérieux plan de Dieu. Comment le Christ a-t-il compris ce plan de Dieu ? Comme un plan de réconciliation entre Dieu et les hommes qui passe par son sacrifice. Jésus lui-même parle de rançon pour la multitude et cette parole nous renvoie au texte du prophète Isaïe qui annonce le serviteur souffrant : « ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il s’était chargé. Il a été transpercé à cause de nos crimes. Il s’est livré lui-même à la mort, il a porté le péché de la multitude » (Isaïe chapitre 53).
Et dans le dernier repas, lorsque Jésus instituera l'Eucharistie il dira : « ceci est mon Corps livré pour vous... la coupe de l’Alliance en mon sang versé pour la multitude ». Si les quatre récits de la Cène (les trois évangiles plus le chapitre 11 de la première lettre de St Paul aux Corinthiens) comportent quelques variantes dans les paroles de Jésus, tous affirment nettement  le réalisme de la transformation du pain au corps du Christ et du vin en son Sang, et tous affirment que Jésus a donné ce signe du repas eucharistique comme une annonce de sa mort pour le rachat de l’humanité.
Les théologiens nous aideront à comprendre un peu mieux ce mystère de rachat, en évitant, ce  que n’ont pas toujours su faire les prédicateurs, ces images insoutenables d'un Dieu vengeur assoiffé de sang, apaisé seulement par la mort cruelle de son Fils. La rédemption est d'abord mystère d'amour, mystère de réconciliation, de chemin à nouveau ouvert par le don que Jésus fait de sa vie. Mais là nous allons sans doute au delà du travail de « l'historien » dans lequel nous avons voulu nous cantonner. Ce que l'historien peut dire en tout cas, c'est que Jésus avait conscience de sa mort imminente et qu’il lui a donné ce sens de sacrifice rédempteur pour le salut des hommes.
On objecte parfois que Jésus n'a pas parlé du péché originel dont sa mort nous délivrerait. On ne peut pas attendre de trouver dans la bouche de Jésus les mots précis que les théologiens inventeront quelques siècles plus tard pour rendre compte conceptuellement de sa vie et de sa mission. Jésus n'a pas employé non plus les termes de « mystère de l'Incarnation » ou de « mystère de la Trinité ». Mais ceux qui ont utilisé ces expressions n’ont fait que mettre en forme à travers des termes théologiques adéquats tout ce que Jésus a dit et fait.
Jésus n'a pas parlé de « péché originel », mais il a parlé de Satan, « homicide dès le début », c'est-à-dire porteur de mort physique et de mort spirituelle pour l'homme. N’est-ce pas là une allusion très claire au récit de la chute dans le chapitre 3 de la Genèse ? Et surtout toute la vie et la mort du Christ n'auront été que la réparation de la rupture intervenue dès le début de  l’humanité entre Dieu et les hommes, cassure toujours présente dans le coeur de tout l’homme dès sa naissance.

*       Jésus annonce sa Résurrection,

Jésus avait-il aussi conscience de sa Résurrection à venir ? Oui. Il l'avait annoncée à maintes reprises de manière voilée à ses auditeurs. « Détruisez ce Temple, avait-il dit en désignant son corps, et je le rebâtirai en trois jours » (saint Matthieu 27, 40 ; saint Marc 14, 58). Le signe de Jonas est de la même nature : les trois jours passés dans le ventre de la baleine sont l"annonce des trois jours passés dans les entrailles de la terre. A ses disciples il l'avait annoncé de façon tait à fait explicite en même temps qu'il parlait de sa mort, disant « qu'il allait être tué, et le troisième jour ressusciter ». Mais les disciples n'avaient pas compris cette parole et s'étaient empressés de l'oublier. Ce n'est qu'après la Résurrection qu'elle leur  revint en mémoire.
Notons au passage que cette connaissance de sa propre résurrection n'empêchera nullement Jésus de vivre dans toute son horreur l'angoisse de la mort. Loin de lui l’idée de dire : « ce n’est qu’un petit mauvais moment à passer puisque après il y a la Résurrection ». Sa prière sera : « Père, si c'est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ... cependant que ta volonté soit faite » (saint Luc 22, 42), et au jardin des Oliviers des gouttes de sueur et de sang couleront de son front. La aussi les théologiens nous aideront à percer quelque peu le mystère de la conscience de Jésus, mais l'historien constate à la fois la prescience de Jésus en ce qui concerne sa Résurrection et en mème temps son attitude profondément humaine devant la mort.

Quel sens Jésus donnera-t-il à sa Résurrection ? C’est saint Jean qui a le mieux compris la pensée de son maître et qui nous la rapporte avec les mots les plus profonds. Ce sens c’est d’abord celui d'une glorification personnelle, signifiant que par sa Résurrection Jésus retrouve sa vraie place auprès du Père. « Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que le monde fût ».
C’est en même temps une brèche ouverte pour tous les hommes dans le mur de la mort. « Je pars vous préparer une place, dit Jésus. Et quand je serai allé vous la préparer je reviendrai vous prendre avec moi pour que là où je suis vous y soyez aussi » (saint Jean 14, 2 à 4). Et saint Paul ne s’y trompera pas, lui qui dira qu'il est le premier-né d'entre les morts, et que s'il est ressuscité c'est pour que nous ressuscitions nous aussi.
Par sa mort, Il nous obtient le pardon. Par sa résurrection il nous ouvre le ciel. Ces deux phrases ne sont pas inventions de théologiens, mais elles résultent de la pensée du Christ lui-même. Parce qu'il est beaucoup plus qu'un prophète. Il est le prédicateur par excellence car il est l’Homme-Dieu comme nous l’avons déjà dit dans la partie quatre.

VIII.  LE CHRIST A-T-IL FONDÉ L’EGLISE OU UNE SECTE ?

On parle de « l’Eglise de Jésus-Christ », mais cette formule est-elle bien exacte ? Jésus a-t-il voulu fonder une Eglise ? Il n'est pas rare, en effet, de rencontrer chez nos contemporains des formules lapidaires de ce genre : « le Christ... oui ; L’Eglise... non ». Pour justifier leurs dires certains présentent un Jésus­ Homme, ami des pauvres et des exclus, opposé aux autorités civiles et religieuses de son temps. Comment l’Eglise, avec son appareil administratif et parfois répressif, pourrait-elle être issue de lui ?
D’autres soulignent que le Royaume de Dieu annoncé par Jésus est une réalité purement intérieure et qui concerne uniquement ma relation personnelle avec Dieu. Comment l’Eglise pourrait-elle se glisser comme intermédiaire néces­saire, lieu de passage obligé, entre Dieu et moi. D’autres encore pensent que Jésus était persuadé de l"imminence de la fin des temps. A quoi bon une Eglise puisque le temps avant l’instauration du Royaume est si court ?

Ces arguments sont loin d’être décisifs. Nous avons vu, en effet, que l’image que les évangiles nous présentent de Jésus est bien plus complexe et plus riche que celle que certains veulent bien retenir. San projet n'est pas uniquement social et immédiat. Il s'inscrit dans le temps car c'est le projet de la réconciliation obtenue par le sacrifice de sa vie. L’Eglise, peuple des rachetés, n'est plus alors inattendue. Quant à l’imminence du Royaume, Jésus nous dit lui-même : « nul n'en connaît ni le jour ni l'heure, pas même le Fils, mais seulement le Père ». Quant à dire que le Royaume est une réalité purement intérieure, ce serait contredire beaucoup de paraboles qui nous parlent de champ à moissonner, de vigne à vendanger, de troupeau, de bergerie, etc... toutes choses qui en soulignent le caractère éminemment social.

*      L’Eglise chez les premiers chrétiens

Aussi loin que nous puissions remonter dans l’histoire des chrétiens, nous les voyons préoccupés par la construction d’une Eglise. Les Actes des Apôtres sont passionnants sur ce point. Nous y retrouvons bien sûr la première prédication, la constitution de petites communautés chrétiennes (le terme « chrétien » étant le surnom qu’on leur a donné pour la première fois à Antioche parce qu’ils sont « disciples du Christ »). Ces communautés sont organisées sous la responsabilité d’hommes qu’on a désignés pour cela. Ce sont les « presbytres » (ancien) ou « épiscopes » (surveillants), deux termes qui deviendront les « prêtres » (ministère presbytéral) ou évêques (ministère épiscopal). Nous retrouvons les rites du baptême, de la fraction du pain, de l’imposition des mains pour l’envoi en mission. Ces communautés savent gérer leurs conflits (souvent sérieux) dans la fidélité au message de Jésus et sous l’autorité des apôtres, etc...

Saint Jean parle avec enthousiasme des « églises », au pluriel, animées par l’Esprit Saint. Saint Paul parle - au singulier - de l’Eglise du Christ qu’il appelle son Epouse, que l’Epoux chérit tendrement, pour laquelle il a donné sa vie et qu’il veut sans tâche ni ride. Auraient-ils pu parler ainsi sans s’appuyer sur la tradition reçue des apôtres, c’est-à-dire en définitive sur les propres paroles de Jésus ? Les premiers chrétiens auraient-ils été capables d'élaborer en si peu de temps une telle théologie de l’Eglise, s’ils ne pouvaient s'appuyer sur l’attitude et, les paroles de Jésus? Auraient-ils agi comme ils l’ont fait s’ils n’étaient pas intimement persuadés d’accomplir ainsi la volonté de leur maître ?

*      Le Christ a voulu fonder une Eglise.

Jésus, en effet, a voulu fonder une Eglise. Pour réaliser l’accomplissement du Royaume il a compté sur la conversion d’Israël afin qu’il devienne l’Israël nouveau. C’est là le sens fondamental du choix des douze apôtres (pas, onze, pas treize), comme colonnes de l’Eglise, comme une figure des douze tribus de l’Israël nouveau. Car Jésus savait qu’il y aurait un temps intermédiaire entre l’annonce du. Royaume et la fin des temps. C’est là toute la leçon à tirer, avec Jésus lui-même, de la parabole de l’ivraie et du bon grain que deux semeurs différents (Jésus et Satan) ont semé dans le champ. Ce temps c’est celui des semailles, de la croissance, mais aussi de la présence du mal et du péché ? C’est le temps de l’Eglise en attendant le jour du jugement où se fera le grand tri.

Jésus a-t-il employé le mot « Eglise » ? Oui, lorsqu’il dit à Pierre : « tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » ou encore aux apôtres, à propos de la correction fraternelle : « si ton frère a péché... dis le à l’Eglise », D’ailleurs, le mot était connu puisqu’il était la traduction du mot hébreu « qahala » (en araméen Jésus a dû se servir de « qahala ») qui signifie Peuple de Dieu convoqué en assemblée.

*      A cette Eglise le Christ donne une mission

A cette Eglise, qui est le nouveau Peuple de Dieu, Jésus va donner une mission, celle d’annoncer le Royaume et de prêcher la conversion et la réconciliation des hommes avec Dieu. Déjà, durant les trois ans de la vie publique, il y avait eu une expérience missionnaire, mais elle ne sortait pas des limites d’Israël. Elle était comme une répétition générale avant la grande mission jusqu’aux extrémités du monde. C’est seulement après la Résurrection que les apôtres recevront l’ordre d’aller enseigner toutes les nations et de les baptiser. Cette entrée des nations païennes, Jésus l’avait prédite à plusieurs reprises devant des auditeurs furieux de ses paroles, quand il disait : « le Royaume vous sera enlevé pour être confié à une nation qui le fera fructifier ».

*      A cette Eglise, le Christ donne une Loi.

A cette Eglise Jésus donne une loi. C’est celle de l’amour dans ses deux dimensions qui n’en font qu’une : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Jésus parle de commandement nouveau, il ajoute une précision : « comme je vous ai aimés ». Il a souvent à la bouche le mot de service : soyez les serviteurs les uns des autres. Il en donne le signe au lavement des pieds du Jeudi Saint, en ajoutant : « ce que je vous ai fait, faites le à votre tour les uns aux autres ».

Face à ce commandement de l’amour les prescriptions tatillonnes de la loi de Moïse perdent leur importance et deviennent caduques. Ce qui prend par contre de l'importance aux yeux du Christ, c'est la pureté du coeur et le souci d’aller jusqu’au bout de l’impossible. « Soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait »... « Va, vend ce que tu as, donne le aux pauvres... » Si on te frappe sur la joue droite, tends aussi la gauche », etc... Il y a un radicalisme évangélique... que les disciples du Christ ne sauront pas toujours mettre en pratique.

*      A cette Eglise le Christ donne des pasteurs.

A cette Eglise Jésus va donner une autorité, des chefs et des pasteurs. C’est le sens du choix libre des douze apôtres : « il appela à lui qui il voulut ». Fondements de l'Eglise, les apôtres bénéficient d'une formation spéciale et de pouvoirs particuliers. Ils reçoivent une parcelle de l’autorité du Christ : « Qui vous écoute m’écoute, et qui m'écoute écoute celui qui m’a envoyé ». Ils reçoivent le pouvoir de « lier et délier », et la garantie que ce qu’ils lieront et délieront (c'est-à-dire ce qu’ils décideront en conscience et après mûre réflexion) sera ce qui est déjà lié et délié dans le ciel, c’est-à-dire ce qui est conforme à la pensée et à la volonté de Dieu. Cela dépasse infiniment les pouvoirs d’un préfet ou d’un administrateur de société quelconque, mais donne une dimension mystique à l’exercice de ce pouvoir. Ces pouvoirs vont jusqu’à la possibilité d'exclure les récalcitrants... ce qui dément une vision anarchique et libertaire de l’Eglise que certains sont parfois tentés d’adopter.
 
*      La place de Pierre

Ce pouvoir donné aux apôtres est aussi donné à Pierre, et cela d’une manière toute particulière. C'est d’ailleurs tout au long de l’évangile que se manifeste cette place privilégiée. Mais trois textes sont ici fondamentaux.
-  Le premier est le passage bien connu de saint Matthieu : « Pierre, tu es pierre (kepha c’est-à-dire rocher) et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Et les  puissances de l’enfer ne l’emporteront pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume. Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel » (Matthieu 16, 13 à 20). Nous avons vu le sens de cette dernière expression. Le même pouvoir donné collégialement aux apôtres est donc donné à leur chef.
 -  Le deuxième texte est en saint Luc, quand, après avoir prédit le reniement de Pierre, Jésus lui dit : « quand tu seras revenu de ton égarement, c'est à toi qu’il revient de fortifier la foi de tes frères » (Luc 22, 31 et 32). Le rôle de Pierre est bien celui de l’unité dans la fidélité de la foi.
  -  Le troisième passage évangélique se situe après la résurrection sur le bord du lac de Galilée. Par trois fois Jésus demande : Pierre m’aimes-tu ? Par trois fois Pierre répond : « mais oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime ». Et par trois fois Jésus confirme sa mission : « Sois le berger de mon troupeau ». (Jean 21, 17).
 
*      La permanence de ces pouvoirs dans l’histoire.

Oui, mais dira-t-on, ces pouvoirs donnés aux apôtres n’étaient-ils pas personnels et intransmissibles, limités à leur existence terrestre ? Comment Jésus sachant que ce temps de l’Eglise serait long aurait-il pu limiter les pouvoirs et les fonctions nécessaires à la cohésion de son Eglise à la seule période de la vie terrestre des apôtres ? En disant « je suis avec vous jusqu’à la fin des temps », le Christ donne à ce « vous » le sens d’une suite, ininterrompue de successeurs.
C’est bien d’ailleurs, nous l’avons vu, ainsi que le comprendront les apôtres dès la mort du Christ, se désignant des successeurs en leur imposant les mains. Et ceux-ci auront bien conscience de continuer la mission et de posséder les pouvoirs des apôtres. Pour s’en convaincre 11 n’y a qu’à lire les lettres de St Ignace d'Antioche, vers l'an 100-110, ou la lettre de St Clément quatrième pape sur le siège de Rome, intervenant pour régler avec l’autorité de Pierre un conflit survenu dans l’église de Corinthe (encore elle !). C’était vers l’an 90.

*      A cette Eglise Jésus donne une prière.

A cette Eglise, Jésus donne une prière. C’est le Notre Père. Cette prière deviendra le bien commun de tout baptisé et survivra comme signe d’unité même dans le naufrage de la division des chrétiens... à tel point que catholiques, orthodoxes et protestants réussiront à adopter une traduction commune pour pouvoir dire cette prière ensemble et d’un seul coeur. Jésus ne donne pas seulement un texte de prière. Il en donne le mode d'emploi. Il faudrait ici relire tous les conseils qu’il prodigue : « Quand tu veux prier, rentre dans ta chambre, prie en secret ». etc...

*      A cette Eglise le Christ donne des sacrements.

A cette Eglise, Jésus donne des rites : le baptême, l’Eucharistie, et la rémission des péchés...
 Le baptême est déjà préfiguré par celui qu’il reçoit des mains de Jean-Baptiste. Et le précurseur lui-même annonce, en termes voilés, ce baptême chrétien qui surpassera et remplacera le sien. « Lui vous baptisera dans l’eau et l’Esprit Saint » (Jean 1, 33 et 34). Ce baptême est expliqué, dans le discours à Nicodème (Jean 3, 1 à 8) comme nouvelle naissance, ou comme source de vie éternelle dans le dialogue avec la Samaritaine.
Saint Jean a regroupé dans ces deux discours (à la manière dont les anciens, souvenons-nous, composaient les discours qu’ils mettaient dans la bouche de leur héros) sinon les paroles exactes que Jésus a prononcées ces jours-là du moins l'enseignement fidèle que lui, Jean, témoin « oculaire » et « auriculaire » a entendu de la bouche de Jésus. Et enfin viendra le commandement lors de la dernière apparition du ressuscité : « allez enseignez ?... baptisez ... » (Marc 16, 16).

Quant à l’Eucharistie, Jésus en fait volontairement et sciemment le mémorial de sa mort et de sa résurrection. « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22, 19). La fraction du pain deviendra le centre du culte chrétien auquel participeront assidûment, nous disent les Actes des Apôtres, les premières communautés chrétiennes, saint Paul en défendra la pureté et l’intégrité contre toutes les déviations 
Le Christ avait recommandé le pardon mutuel des fautes jusqu'à 77 fois 7 fois. Il avait pardonné  au nom de Dieu. Il avait donné le pouvoir aux apôtres de réintégrer dans la communauté (donc de réconcilier avec Dieu) celui qui avait péché. Après sa résurrection, il avait dit à ses apôtres : « celui à qui vous pardonnerez ses péchés, ils lui seront pardonnés ». L’histoire nous surprend un peu en nous apprenant que les chrétiens mettront du temps à trouver le rite satisfaisant qui traduira ce pouvoir de réconciliation qui leur a été confié. Pourtant la parole de Jésus avait été précise.

Le Christ a-t-il institué de façon directe les autres sacrements ? Autant cela est clair pour le baptême, l’Eucharistie et la rémission des péchés, autant ce serait un faux problème que de vouloir chercher quand et comment Jésus a fixé les lois des autres sacrements. Par contre il est juste de dire que Jésus est le fondement de tous les sacrements et que tous trouvent leur source en lui. La confirmation prend sa source dans la promesse de l'Esprit Saint. Le mariage dans la remise en honneur de la loi primitive de l'indissolubilité, et plus encore peut-être dans les passages où Jésus se décrit comme l'Epoux : s’il est l’Epoux, l’homme et la femme, époux et épouse, devront vivre leur amour à l'image de celui de Jésus, leur modèle. Le sacrement des malades trouve son fondement dans l’attitude de Jésus vis à vis des malades... et dans la lettre de saint Jacques (‘quelqu'un d’entre vous est-il malade ? Qu'on appelle les prêtres et ils feront sur lui une onction d’huile » (voir Marc 6, 13 et Jacques 5, 13 à 16). Le sacrement de l’ordre trouve son fondement évidemment dans l’appel des douze apôtres et dans le commandement de Jésus à propos de l’Eucharistie : « faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22, 19).

*      A son Eglise le Christ donne l’Esprit Saint

A son Eglise Jésus donnera enfin et surtout une promesse : celle de sa  présence et celle de l’assistance de l'Esprit Saint. Jésus n'abandonne pas les siens. « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps », leur dit-il. Il avait déjà fait entrevoir cette permanence de sa présence : « lorsque deux ou trois sont réunis en mon non, je suis au milieu d'eux ». Il faudrait ajouter la présence eucharistique : « celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi ... » (Jean 6, 56).
Il faudrait un chapitre entier pour parler de la promesse de la venue de l’Esprit Saint. Aussi bien les évangiles synoptiques que celui de saint Jean nous en parlent. Prenons encore saint Luc dans les Actes des Apôtres : Il leur demanda de retourner dans la ville de Jérusalem (c'était après l'Ascension)  dans l’attente de la venue de l'Esprit Saint » (Luc 24, 49). Saint Jean nous rapporte abondamment la promesse de l'envoi du Consolateur, du Défenseur, du Paraclet (autant de noms qui lui sont donnés par le Christ). Il faudrait lire tout le discours après la Cène. Il faudrait bien évidemment lire les Actes des Apôtres pour voir la réalisation de la promesse, à commencer par l’évènement de la  Pentecôte. Et nous voici revenus dans le domaine, pas simplement de la pensée du Christ, mais de l’histoire et des évènements réellement survenus, quelle que soit l’interprétation que l’on doive donner de chacun des détails de la scène.

*      Une Eglise fidèle au cours de l’histoire ?

Nous arrêterons là notre enquête. Une lecture attentive et respectueuse des documents nous a permis de conclure : oui, le Christ a bien voulu fonder son Eglise. Loin d’être la mauvaise surprise après sa mort, l’Eglise est sortie tout droit de son coeur. C'est pour elle qu’il a lutté, souffert et donné sa vie. Saint Paul a bien raison de la présenter comme la fiancée, l’Epouse bien aimée, sans tâche ni ride. Ces paroles ne font que rejoindre celles du Christ lorsqu’il parle de lui-même comme étant l’Epoux.
  Au cours des siècles les chrétiens sauront-ils respecter la volonté de Jésus ? Sauront-ils éviter tâches et rides? Bien des fois l’histoire nous apprend que non, hélas ! Mais ceci est un autre débat. Toujours est-il que la volonté du Christ est claire et que, finalement, malgré tous les soubresauts, la promesse s’est réalisée Jusque là : les puissances de l’enfer n'ont pas prévalu contre elle. Cabossée, sans doute, mais toujours vivante, toujours là... pour nous parler de Lui. Comme le dit saint Catherine de Sienne, un pape donne un coup de gaffe à gauche et un autre pape donne un coup de gaffe à droite et malgré cela la barque de l’Eglise va droit car elle est ancrée dans le Saint-Esprit.

En guise de conclusion, nous pouvons dire que le Christ à fondé une Eglise, et pas une secte, car Il laisse libre de choisir de croire, d’appartenir à l’Eglise Catholique, et cela sans astreindre.

IX.  QUELQUES TEXTES DES PAPES JEAN-PAUL II ET BENOÎT XVI.


Ce que nous dit le pape Jean Paul II sur le Christ


Jeunes allez à la rencontre du Christ                 mai 2003

Chers jeunes, chers amis, je suis à nouveau avec vous. Nous avons déjà fait connaissance lors d'autres rencontres, comme celle du Canada, à Toronto. J'embrasse chacun de vous.
Chers jeunes, dans votre existence doit briller la grâce de Dieu, la même qui res­plendit en Marie, pleine de grâce.

« Reine des cieux, réjouis-toi ! Le Christ, que tu as porté dans ton sein, est ressuscité ! Alléluia! »

Marie est non seulement la Mère proche, discrète et compréhensive, mais elle est aussi la meilleure Maîtresse pour parvenir à la connaissance de la vérité, à travers la contemplation. Le drame de la culture actuelle est le manque d’intériori­té, l'absence de contemplation. Sans inté­riorité la culture est privée de contenu, elle est comme un corps qui n’a pas enco­re trouvé son âme. De quoi l'humanité est-elle capable sans intériorité? Malheureusement nous connaissons bien la réponse.
Lorsque l'esprit contemplatif fait défaut, on ne défend pas la vie et tout ce qui est humain dégénère. Sans intério­rité, l’homme moderne met en danger son intégrité elle-même.

Chers jeunes, je vous invite à vous mettre à « l’école de la Vierge Marie ».

Elle est le modèle inégalable de contem­plation et un exemple admirable d'inté­riorité féconde, joyeuse, enrichissante. Elle vous enseignera à ne jamais séparer l’action de la contemplation, vous contri­buerez ainsi à mieux transformer un grand rêve en réalité : la naissance de la nouvelle Europe de l'Esprit. Une Europe fidèle à ses racines chrétiennes, qui n'est pas refermée sur elle-même, mais ouverte au dialogue et à la collaboration avec les autres peuples de la terre ; une Europe consciente d'être appelée à devenir un phare de civilisation et un stimulant pour le progrès du monde, décidée à unir ses efforts et sa créativité au service de la paix et de la solidarité entre les peuples.

 

Remportez la victoire sur la haine, par le pardon

Bien-aimés jeunes, vous savez bien à quel point je suis préoccupé par la paix dans le monde. La spirale de la violence, du terrorisme et de la guerre provoque, également à notre époque, la haine et la mort. La paix, nous le savons, est tout d'abord un don d’en-Haut que nous devons demander avec insistance et que nous devons, en outre, construire tous ensemble à travers une profonde conver­sion intérieure. C'est pourquoi, je désire aujourd’hui vous exhorter à être des agents et des artisans de paix. Répondez à la violence aveugle et à la haine inhumaine par le pouvoir fascinant de l’amour. Remportez la victoire sur la haine par la force du pardon. Tenez-vous loin de toute forme de nationalisme exacerbé, de racisme et d’intolérance. Témoignez par votre vie que les idées ne s’imposent pas, mais se proposent. Ne vous laissez jamais découragez par le mal ! C’est pourquoi vous avez besoin de l’aide de la prière et du réconfort qui naît d’une amitié intime avec le Christ. Ce n’est qu’ainsi, en vivant l’expérience de l’amour de Dieu et en faisant rayonner la fraternité évangélique, que vous pourrez être les constructeurs d’un monde meilleur, des hommes et femmes authentiquement pacifiques et pacificateurs.

 

Jésus est la réponse à toutes les questions sur l’homme et sur son destin

Chers jeunes, allez avec confiance à la rencontre de Jésus ! Et, comme les nouveaux saints, n’ayez pas peur de parler de Lui ! Car le Christ est la véritable réponse à toutes les questions sur l’homme et sur son destin. Il est nécessaire que vous, les jeunes, deveniez des apôtres des jeunes de votre âge. Je sais bien que cela n’est pas facile. De nombreuses fois vous éprouvez la tentation de dire comme le prophète Jérémie : « Ah ! Seigneur Yahvé, vraiment, je ne sais pas parler, car je suis un enfant ! »  (Jr 1, 6). Ne perdez pas courage, car vous n'êtes pas seuls : le Seigneur ne cessera jamais de vous accompagner, par sa grâce et par le don de son Esprit.


Annoncer l'Evangile, l'affaire de tous

Cette présence fidèle du Seigneur vous permet d'assumer l’engagement de la nouvelle évangélisation, à laquelle tous les fils de l’Eglise sont appelés. Il s’agit d'un devoir qui revient à tous. Les laïcs ont un rôle très important à jouer, en particulier les époux et les familles chrétiennes ; toutefois, l’évangélisation demande aujourd'hui de façon pressante des prêtres et des personnes consacrées. Telle est la raison pour laquelle je désire dire à chacun de vous, qui êtes jeunes : si tu entends l'appel de Dieu qui te dit « suis-moi », ne le réduit pas au silence. Sois généreux, répond comme Marie en offrant à Dieu le « oui » joyeux de ta per­sonne et de ta vie.
Je vous fais part de mon témoignage: j'ai été ordonné prêtre quand j'avais 26 ans. Depuis cette date, 56 ans se sont le écoulés. Alors, quel âge a le Pape ? 83 ans ! Un jeune de 83 ans ! En me retournant sur mon passé et en me rappelant es ces années de ma vie, je peux vous assu­rer que cela vaut la peine de se consacrer à la cause du Christ et, par amour pour Lui, de se consacrer au service de l’homme. Cela vaut la peine de donner  sa vie pour l’Evangile et pour ses frères.


Avec Marie, être les apôtres humbles et courageux du troisième millénaire

Pour conclure, je désire invoquer Marie, l’étoile lumineuse qui annonce le lever du Soleil qui naît d’en-Haut, Jésus-Christ : Ave, Marie, pleine de grâce ! Ce soir je te prie pour les jeunes, des jeunes pleins de rêves et d’espérance. Ils sont les sentinelles du matin, le peuple des béatitudes ; ils sont l’espérance vivante de l’Eglise et du pape.
Sainte Marie, Mère des jeunes, intercède afin qu’ils soient des témoins du Christ Ressuscité, les apôtres humbles et courageux du troisième millénaire, des hérauts généreux de l’Evangile. Sainte Marie, Vierge Immaculée, prie avec nous, prie pour nous.

 

 

Jésus-Christ source d’espérance pour l’Europe 13 juillet 2003
Très chers frères et sœurs.

L’Europe. L’Eglise observe ce continent avec un regard empli d'amour. Mais à côté des nombreuses lumières, ne manquent pas plu­sieurs zones d'ombre. Un certain égarement de la mémoire chrétienne s'accompagne d’une sorte de peur à affronter l'avenir; à une fréquente fragmentation de l'existence s'unissent souvent la diffusion de l'individualisme et un affaiblissement croissant de la solidarité entre les per­sonnes. On assiste comme à une perte de l'espérance, qui a pour origine la tentative de faire prévaloir une anthropologie sans Dieu et sans Christ. Paradoxalement, le berceau des droits de l'homme risque ainsi de perdre son fondement, érodé par le relativisme et l'utilitarisme.
Dans l'Exhortation apostolique post-synodale "Ecc1esia in Europa", que j'ai promulguée le 28 juin dernier, j'ai voulu reprendre certains thèmes d'une actualité pressante, amplement débattus au cours de l'Assemblée synodale d'octobre 1999.
« Jésus Christ, vivant dans son Eglise, source d'espérance pour l'Europe » : telle est l'annonce que les croyants ne cessent de renouve­ler, conscients des immenses possi­bilités qu'offre l'heure actuelle, mais connaissant, dans le même temps, ses « graves incertitudes au niveau culturel, anthropologique, éthique et spirituel » (n. 3).
La culture européenne donne l’impression "d’une apostasie silencieuse de la part de l’homme comblé qui vit comme si Dieu n’existait pas" (n. 9). La plus grande urgence qui traverse alors l'Europe « à l'Est comme à l’Ouest, est un besoin accru d'espérance, capable de donner un sens à la vie et à l’histoire et de marcher ensemble » Mais comment satisfaire un besoin si profond d’espérance?
Il faut retourner au Christ et repartir de Lui. L'Eglise doit offrir l. l'Europe le bien le plus précieux, lue personne d'autre ne peut lui donner : c’est-à-dire la foi en Jésus Christ, « source de l’espérance qui le déçoit pas » (n. 18).
Que Marie, aube d’un monde nou­veau, veille sur l’Eglise qui est en Europe et la prépare à annoncer, célébrer et servir l’Evangile de l’es­pérance.

 


L’Evangile du Christ, élément unificateur des peuples européens  24 août 2003

J'accompagne dans la prière le chemin difficile du Traité constitu­tionnel de. l'Union européenne, à présent soumis à l'étude des gou­vernements de divers pays. J'espère que ceux qui y consacrent leurs énergies seront toujours inspirés par la conviction qu'un bon ordonnan­cement de la société doit s'enraci­ner dans d'authentiques valeurs éthiques et civiques, partagées le plus possible par les citoyens.
Pour sa part, l'Église catho­lique est convaincue que l'Évangile du Christ, qui a constitué un élé­ment unificateur des peuples euro­péens au cours de nombreux siècles, continue à demeurer aujourd'hui encore une source inépuisable de spiritualité et de fraternité. En prendre acte est bénéfique pour tous, et la reconnaissance explicite dans le Traité des racines chré­tiennes de l'Europe devient pour le continent la principale garantie pour son avenir.
Nous invoquons la Très Sainte Vierge Marie, afin qu'elle fasse en sorte que ne manque jamais, dans la construction de l'Europe d'aujour­d'hui et de demain, l'inspiration spirituelle qui est indispensable pour oeuvrer de façon authentique au service de l'homme. Cette inspi­ration trouve dans l'Évangile une garantie certaine au profit de la liberté, de la justice et de la paix de tous, croyants et non-croyants. ( ... )
Je suis heureux de saluer les pèlerins de langue française. A l'exemple de Pierre, soyez détermi­nés à choisir le Christ, Lui qui a les paroles de la vie éternelle, et atta­chez-vous à le suivre !
 

 

Le Christ, Source de paix janvier 2004

« Qu'ils soient un » (Jean 17,21). L