Mon Dieu, Vous m'avez mis en ce terrestre monde 
où 
je puis contempler le ciel bleu, l'univers. 
Et j'ai choisi le gouffre et la grotte profonde 
où les anciens voyaient les bouches des Enfers. 
Car l'abîme est rempli de splendeurs méconnues 
qui, dans l'obscurité, célèbre Votre Nom. 

Et celui qui s'exalte en s'élevant aux nues
se retrouve, sous terre, à son rang d'avorton. 

Mon Dieu, Vous avez dit que les hommes sont frères ; 
Vous leur avez donné le secret du bonheur. 

Et la haine, l'orgueil et l'esprit de frontières 
ont remplacé la joie et desséché leur cœur. 
Alors, dans le silence où je me réalise 
et tente d'oublier ce spectacle attristant 
je prie afin qu'un jour, pénitente et soumise, 
l'humanité revienne au Père qui l'attend. 

Mon Dieu, vous avez fait des beautés souterraines, 
La sanction du risque et le prix de l'effort ... 
Gardez-moi, si fragile en l'écrasant domaine 

où derrière la Paix se tient parfois la mort. 
Protégez-moi de l'onde à la brusque colère, 

de la corde qui casse et du feu qui s'éteint, 
de la crampe, du puits et de la fondrière, 
des traquenards de l'ombre et du roc incertain. 

Et lorsqu'enfin, pour moi, l'heure sera venue 
De m'en aller aussi vers le pays d'en haut, 
Faites merci, Seigneur, à mon âme ingénue 
Et recevez chez vous le pauvre spéléo.

 

 

Auteur : Ralph Parrot

(Diplôme d'honneur 1958 de la société poétique de France)

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