Père Michel Gitton : initiation à la liturgie romaine
Le Père Michel GITTON, Recteur de la Basilique Saint-Quiriace de Provins (Seine-et-Marne) nous livre une étude de 140 pages préfacée par le Cardinal Ratzinger: "Initiation à la liturgie romaine" (éditions Ad Solem, Genève, Ch.)
Cet ouvrage mérite d'être connu et diffusé le plus largement possible, non seulement auprès des "simples fidèles", mais aussi - surtout, devrions-nous dire - auprès des prêtres, des séminaristes et des membres d'équipes liturgiques dont la formation, on le reconnaît aujourd'hui, a souvent été incomplète ou défaillante.
Dans une brève introduction, l'Auteur précise ce qu'on entend par "liturgie romaine". Puis il explique pourquoi la liturgie doit être "codifiée": "Pour nous, cette codification n'est pas seulement indicative, elle est normative, dans certaines limites (que les textes précisent eux-mêmes). Essayer de les comprendre et de s'y plier n'est pas un esclavage mais le commencement de la liberté, puisqu'en sortant de nous-mêmes, de nos goûts et de nos habitudes, pour rejoindre un donné (d'ailleurs plein de nuances et de possibilités), nous retrouvons notre dignité filiale faite d'obéissance et de responsabilité." (p. 12).
Le premier chapitre énonce "quatre principes pour vivre la liturgie romaine": le principe d'objectivité ("la liturgie n'est pas l'expression gestuelle et chantante d'un groupe ou d'une communauté (...). C'est pourquoi elle ne vaut pas d'abord par l'intensité subjective du lien qu'elle crée entre les participant, ni par le sentiment de ferveur qu'elle provoque, mais par le don qu'elle établit à notre profit, avant toute sensibilité: le Christ au milieu de nous, l'espérance de la gloire" (p.15).) Le principe de distinction qui justifie l'utilisation de choses sacrées pour servir le Seigneur: autel, calice, vêtements liturgiques spécifiques... etc. Le principe de nécessité: "la liturgie ne vit pas d'arbitraire. Si chaque dimanche, à chaque fête, les symboles liturgiques doivent être improvisés au gré du célébrant ou de l'équipe liturgique, si les objets, le cadre sont remaniés sans cesse au nom de principes abstraits, la piété liturgique disparaîtra. Celle-ci a besoin de s'appuyer sur un donné cohérent (...). La nouveauté viendra non d'un prurit d'innovation, mais du souhait de faire de mieux en mieux ce qui nous est proposé... "(p. 19). Le principe de discrétion qui doit conduire à renoncer à tout exposer, à tout expliquer... Mettre certaines choses à distance, c'est appeler à une communion à distance avec ce qui se célèbre pour éviter que l'association de tous à tout ne finisse par engendrer l'ennui. (p. 20). "derrière tous les signes liturgiques, qui sont la face visible du mystère du Christ, s'impose donc la nécessité de la discrétion, de la retenue, là où le monde moderne exhibe les choses et les êtres comme immédiatement consommables." (p. 23).
Le deuxième chapitre aborde les moyens mis en oeuvres par la liturgie. D'abord l'usage du corps avec ses cinq sens: l'ouïe, avec le rappel qu'en liturgie, la musique n'est jamais là pour elle-même mais pour être l'écrin - parfois somptueux - d'une parole proférée (p. 25), et que le silence doit retrouver toute sa place dans les célébrations actuelles; la vue, qui implique que soient soignés les espaces liturgiques ainsi que les vêtements et les évolutions du clergé (p. 27); l'odorat, qui permet, en sentant l'odeur d'encens qui imprègne les murs d'une église, de faire comprendre que le lieu sacré est un parvis du ciel; le goût, qui est appelé à jouer son rôle - mais si c'est avec discrétion - au moment de la communion; le toucher qui est utilisé au moment où nous faisons certains gestes prévus par les rites (p. 28). L'Auteur détaille ensuite les positions que nous prenons au cours de la liturgie, et il en explique le sens et l'utilité (pp. 29-36).
Un nouveau passage est consacré à l'usage du temps, rappelant que notre liturgie joue avec le temps qui passe. Le P. Gitton détaille alors le "temps chrétien": la journée, ponctuée par les offices (Laudes, Tierces, Sextes, Nones, Vêpres, Complies) et par l'Angelus appelant à la prière trois fois par jour; la semaine, ponctuée de fêtes (mémoires, fêtes, solennités...) et dont les jours dits "ordinaires" sont comme réservés à rappeler un aspect particulier de la vie du Seigneur (pp.42-50); et enfin les cycles: Avent, Noël, Carême, Pâques, Temps ordinaire... etc. (pp. 50-59).
Le chapitre trois aborde la question de l'usage des textes: ceux tirés de l'Ecriture, et ceux qui sont des compositions non bibliques. L'Auteur nous introduit tour à tour dans les chants de l'Ordinaire de la messe (Kyriale), dans les Hymnes, les Processionnaux, les Chorals, les Motets, les Antiennes mariales... Le texte des prières eucharistiques est étudié plus en détail, de même que la place des textes bibliques au cours de la Messe (textes et pièces du "propre" y compris).
Le quatrième chapitre nous donne de découvrir le calendrier latin: les cycles et les fêtes sont expliqués (pp. 91-120) pour que soit redécouvert le sens essentiel de ce que l'Eglise entend célébrer tout au long de l'année.
Le chapitre cinq rappelle les accents mis sur la liturgie par Vatican II. Le P. Gitton montre que, contrairement à ce qu'on a pu croire ou voulu faire croire, le Concile n'a supprimé ni l'obligation de suivre les rites donnés par l'Eglise, ni la dignité, ni l'obligation de recevoir la communion avec respect, ni l'usage du latin... (pp. 121-122). Mais qu'a voulu Vatican II? L'Auteur distingue l'ancienne liturgie romaine faite de juxtapositions et d'accumulations (autrefois, on ajoutait des rites sans supprimer d'autres rites tombés en désuétude, et l'on "comprimait" la liturgie pour que tout puisse être fait - le célébrant devant même changer de tenue au cours d'une seule et même célébration -) de la nouvelle liturgie faite plutôt d'intégration de chaque élément à la juste place. "La prière publique de l'Eglise (...) n'est pas d'abord une affaire quantitative, mais suppose la rigueur d'un certain contenu, fidèlement et régulièrement offert au Père des cieux", nous rappelle fort justement le P. Gitton en se référant à la Constitution Sacrosanctum Concilium (pp. 126-127).
Le chapitre sixième, en quelques page, rappelle quelles ont été les principales sources de la liturgie romaine, une façon de célébrer qui s'est précisée et organisée de façon harmonieuse tout au long des siècles.
Dans sa conclusion, le P. Gitton évoque les problèmes auxquels ont été confrontés la liturgie, spécialement en France et depuis le Concile. Pour rétablir l'équilibre, il lance aux évêques: "On peut souhaiter que les conférences épiscopales retrouvent la fonction principale qui est la leur et qui est la régulation de la liturgie dans les limites fixées par le Saint-Siège, si bien que peu à peu les abus soient réformés et les formules les plus valables promues. (...) Puisque les données du missel de Paul VI et d'autres livres liturgiques sont souvent méconnues, en vertu d'habitudes prises, allant le plus souvent dans le sens d'une simplification ou d'un choix unilatéral au milieu des multiples possibilités, il faudra, pour pouvoir avancer, élucider les options implicites sur lesquelles reposent certaines exclusives (effacement des ministres intermédiaires, disparition des marques de solennisation, refus des formules établies...) et y répondre." ((pp.139-140).
"Celui qui lit et étudie l' "initiation" [du Père Gitton] se retrouve facilement dans la réalisation de la liturgie romaine", écrit le Cardinal Ratzinger dans la préface. Suivons le conseil de celui qui est devenu le Pasteur suprême de l'Eglise et penchons-nous sur cette étude: nous ne perdrons pas notre temps!
(Père Michel GITTON, Introduction à la liturgie romaine, éd. Ad Solem, Genève).
Pris sur le site de l'association pro liturgia le 11 janvier 2006
Par François
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| 11/01/2006 14:28
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