Serais-tu, cher Augustin, aussi théologien que ton auguste patron? Autant te le dire tout de suite :je ne peux pas te donner de réponse tranchée.

L'Évangile rapporte précisément les paroles de Jésus: « Prenez et mangez ». Non pas: « Prenons et mangeons ». Il se donne aux hommes, sous la forme du pain et du vin. Pourrait-il se donner à lui-même ? Les événements du Jeudi et du Vendredi saints expriment au plus profond la vie donnée de Jésus pour les autres. Le lave­ment des pieds a le même sens: Jésus lave les pieds de ses disciples, et il ne semble pas qu'il se les soit lui-même lavés, ni que quelqu'un les lui ait lavés: toujours ce geste de Jésus vers les hommes.

Ainsi, lors de la liturgie, le prêtre fait l'offrande in persona Christi, et y com­munie in nomine Ecclesiae : il « est le Christ » lorsqu'il consacre le pain et le vin, mais il représente le peuple de Dieu lors­qu'il y communie. Ce n'est pas le Christ qui communie à lui-même.

Cependant, la Sainte Cène a eu lieu dans le cadre d'un repas pascal rituel, Jésus a fait tous les gestes du maître de maison, en y ajoutant ces paroles qui transforment tout. Pourquoi ne se serait-il pas parfai­tement acquitté de sa tâche liturgique rituelle, en partageant le repas et en y participant ?

Jésus accomplit souvent des actions qui ne sont pas nécessaires pour lui (enfant, il est présenté au Temple pour rencontrer le Dieu d'Israël, lui qui est le nouveau Temple; il reçoit le baptême de Jean Baptiste, lui qui est sans péché)... En cela, il ne serait pas impossible qu'il ait lui­-même communié à son propre corps et à son propre sang, pour partager pleinement notre condition.



Auteur : Juliette Levivier paru dans la revue famille chrétienne numéro 1510 du 23 au 29 décembre 2006

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