La liberté religieuse : un « piège à naïfs ? »
Père Volle, des amis d'occasion, plus soucieux encore que nous de bonne doctrine, nous ont mis en difficulté ces jours-ci. Ils affirment que nous faisons faute route depuis le Vatican II, plus exactement depuis l'adoption qu'a fait ce concile d'un document sur la liberté religieuse. Ils ont essayé de nous prouver, textes à l'appui, que plusieurs Papes du passé ont condamné comme -je cite- «une folie pernicieuse» ce qui maintenant est enseigné par l'Eglise officielle. Toute une dérive découle, affirment-ils, de cette boîte de Pandore, un vrai «piège à naïfs». Sans le leur dire, car ils n'auraient peut-être pas apprécié, nous sommes venus vous en parler.
Père Volle: Le sujet est de grande importance. Vous aurez pu vous-mêmes constater qu'il n'est qu'un point du clivage qui sépare de la Grande Eglise vos interlocuteurs d'occasion. Espérons que mes réponses éclaireront suffisamment votre lanterne pour votre gouverne.
C'est l'enseignement général du Magistère catholique qui serait à revoir, paraît-il, et notamment le crédit doctrinal accordé aux derniers Papes, de Paul VI à Benoît XVI.
Père Volle : Il faut en effet reconnaître des contradictions de langage entre les documents sur le sujet, entre ceux d'une certaine tradition et ceux du temps présent.
Pas que de langage ! De doctrine, de doctrine prétendument infaillible !
Père VoIle: Tout est là. Doctrine ? Doctrine infaillible ? Et si on parlait tout simplement d'enseignement ponctuel, enseignement dicté par les besoins du moment et d'ailleurs plus ou moins heureux ? Si on était surtout attentif à ces déplacements d'accent qui font passer d'une optique à une autre sans nier pourtant ce qui n'est plus souligné ?
Vous savez que nous sommes de bonne volonté. Nous ne demandons qu'à être instruits, sans nous laisser mener en bateau. Quels sont donc ces déplacements d'accent qui accorderaient aisément l'ancien et le nouveau ?
Père Volle: Je vais prendre quelques détours pour vous répondre. Dites-moi, est-ce qu'un homme distingué - appelons-le Monsieur Lustucru- à le droit d'insulter sa femme ?
Evidemment non !
Père Volle: A supposer qu'il le fasse malgré tout, est-ce que la voisine d'en face, «Mère la Pudeur» et moralisatrice du quartier, - appelons-la Madame Michel peut ouvrir sa fenêtre pour lui en faire reproche ?
II ne semble pas, à moins qu'elle ne soit gênée elle-même par le bruit. Ce serait introduire des difficultés nouvelles, sans résoudre le différend entre les époux.
Père Volle : Donc la Mère Michel n'a qu'à se taire tant qu'il ne s'agit que de paroles désagréables et le Père Lustucru a le droit de la renvoyer à son chat ou à ses salades. Mais supposons que l'affaire se corse, avec des coups cette fois. La Mère Michel a-t-elle le droit d'intervenir pour empêcher la dérive en se portant au secours de la victime? Et si elle le fait, personnellement ou du moins en avertissant l'autorité compétente, le Père Lustucru conserve-t-il à son égard le même droit que tout à l'heure «Occupez-vous de ce qui vous regarde ! » ?
C'est plus compliqué. Aussi longtemps que ça reste léger et anecdotique, il nous semble que l'on peut maintenir à l'époux coléreux le droit du « huis-clos ».
Père Voile: Donc en ce cas, sans avoir pourtant le droit d'insulter et a fortiori de battre sa femme, le Père Lustucru aurait celui de ne pas en être empêché, sauf abus manifeste?
II nous semble que oui.
Père Volle : Et toutes les maréchaussées du monde ? Et les pouvoirs publics en général, empêchés aussi ?
Où voulez-vous en venir ?
Père Volle : A vous faire admettre un devoir de réserve face au mal, de la part même de ceux qui ont pour mission de veiller au bon ordre de la cité. Pas simplement un devoir de tolérance du fait de leur impuissance à le contrer mais à partir d'un vrai droit à une liberté d'action dévoyée tant que le bien commun n'en est pas gravement affecté.
Ça alors! Exactement le « piège à naïfs » dont on nous a parlé ! Si les pouvoirs publics n'ont qu'à fermer les yeux, tourner les talons et laisser le champ libre aux truands, c'est le suicide d'un pays ! Vous n'allez pas nous faire croire que c'est ce qu'on enseigne maintenant dans nos chaires de Droit !
Père Volle : Aussi bien êtes-vous partis un peu vite dans votre conclusion! Vous avez oublié que j'ai évoqué le souci du bien commun lequel fonde le droit et le devoir d'une répression raisonnable de la part des autorités en place. Leur hiérarchie étant sauve: pour ne pas mobiliser l'armée quand y suffit le garde-champêtre, ni faire tonner la Grosse-Bertha contre l'insignifiance.
Et quel rapport avec notre sujet? Il s'agissait du Vatican avec son dernier Concile et ses Papes modernisants, qu'on dit! Il s'agissait des avatars de la liberté religieuse!
Père Volle: Nous y arrivons! L'enseignement traditionnel de notre Eglise en ces matières regardait quasi exclusivement le droit, ou plutôt le non droit, à l'errance ou au péché. C'est intangible, évidemment. Mais le droit ou le devoir d'intervenir du dehors face au mal n'était guère étudié et c'est celui que le Concile Vatican II a voulu regarder de plus près. Au niveau de la liberté religieuse, il s'agissait de l'expression de la foi considérée à partir de la liberté inhérente à la dignité de l'homme dont le respect s'impose, même si elle est mal utilisée... mais jusqu'à un certain point que mesure le bien commun, à savoir la moralité publique et la paix.
C'est à ce niveau que se situent les contradictions entre textes et textes ?
Père Volle: Exactement! Par le fait du déplacement d'accent ou plutôt de regard, on se trouve efffectivement devant des développements doctrinaux qui peuvent surprendre. Je rentrerai dans les détails si vous voulez...
Non, pas aujourd'hui. Vous nous avez fourni un bon éclairage général. On va ruminer tout ça. Mais on reviendra vous voir si on arrive à quelque chose de positif avec nos amis d'occasion.
Père Volle : Et même dans le cas contraire. J'aurai plaisir à reprendre le sujet avec vous. Plus encore avec eux, s'ils veulent bien vous accompagner. A bientôt, j'espère !
Auteur : Père Francis Volle, C.P.C.R
Par François
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| 30/11/2006 13:29
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