L'Espicopat français : un monde à part ? La question des problèmes de l'Eglise de France.
Denis Crouan, docteur en théologie et fondateur de l'association Pro Liturgia, me demande de mettre sur mon site le texte qu'il a composé et qui explique bien les problèmes de l'Eglise Catholique en France. Si j'accepte de mettre ce texte sur mon site, c'est parce que je suis tout à fait d'accord avec tout ce qu'il dit dans ce texte.
Les fidèles catholiques de France ont remarqué que, depuis plusieurs années, on leur promet une Eglise "présente", des paroisses "dynamiques", des communautés "engagées", des célébrations "vivantes"... Mais dans le même temps, lorsqu'ils regardent autour d'eux, ils voient une Eglise devenue quasi insignifiante dans le paysage socio-religieux, des paroisses abandonnées (sauf quelques rares exceptions locales), des communautés réduites à des groupuscules de fidèles qui ne représentent bien souvent qu'eux-mêmes, des célébrations indigentes et inexpressives, une catéchèse qui se délite... A cette situation passablement alarmante, il faut ajouter la fatigue des prêtres qui, désormais, se divisent en deux groupes: celui des "bureaucrates" déconnectés des réalités tant ils fonctionnent en cercles fermés, et celui des "curés de paroisses" qui s'épuisent à appliquer tant bien que mal les décisions prises par les responsables diocésains appartenant au premier groupe.
Mais, dira-t-on, peut-être les fidèles catholiques ne voient-ils pas ce qu'ils devraient voir? Peut-être ne regardent-ils pas vers là où ils devraient regarder? Peut-être les choses vont-elles mieux qu'il n'y paraît? Nous voudrions bien le croire, mais nous avons du mal.
Dès lors, une question surgit: quelle est l'origine de cette situation pour le moins navrante, dans laquelle se trouve aujourd'hui plongée l'Eglise en France?
En analysant les choses avec un certain recul, tout porte à croire que la situation actuelle est le résultat de décisions souvent maladroites et extravagantes, prises par un épiscopat qui, depuis des années, semble ne pas vouloir appliquer honnêtement et fidèlement les décisions et les orientations magistérielles. En ce sens, on peut dire que certains évêques de France sont représentatifs d'un véritable mouvement néo-gallican: ils veulent une Eglise "particulière", ils souhaitent une Eglise qui pourrait, jusqu'à un certain point, affirmer son indépendance vis-à-vis de Rome. Ce n'est pas nouveau: Dom Guéranger connaissait déjà, au XIXème siècle, cette marque d'un particularisme bien français.
Evoquons quelques faits - certains parlent de "bourdes épiscopales" - qui témoignent bien de cette volonté d'une partie peut-être non négligeable de notre épiscopat de se démarquer du Saint-Siège, et voyons par la même occasion quels en ont été les conséquences.
1. LE CONCILE
Alors qu'aucun document conciliaire n'est à proprement parler "révolutionnaire", en France, de nombreux clercs et théologiens (souvent relayés par les médias) vont présenter Vatican II comme une occasion de transformer de fond en combles les traditions et les usages catholiques, pour aller très au-delà des orientations des décrets et des constitutions conciliaires.
Ainsi s'organise, entre 1965 et 1985, une Eglise de France bien différente de celle qui avait existé jusqu'alors. Elle s'appuie sur la publication d'une quantité d'articles mettant en avant tout ce qui, au nom de l' "esprit du Concile", devrait maintenant être "nouveau": la "nouvelle messe", les "nouveaux rites", les "nouveaux prêtres", la "nouvelle façon de se confesser", le "nouveau catéchisme"... etc.
Profitant d'un courant qui leur est favorable, ainsi que du silence des évêques, de nombreux clercs se placent en première ligne pour prendre des décisions et imposer des pratiques très éloignées des intentions véritables de Vatican II; rapidement perçus comme étant les promoteurs du "vrai" Concile, ils se font alors nommer aux postes-clés des diocèses d'où ils imposent leurs idées aussi bien aux fidèles "de la base" qu'aux évêques eux-mêmes.
2. LA LITURGIE
Dès les lendemains du Concile, on assiste à une véritable dévastation des églises paroissiales: les choeurs sont abandonnés, les autels anciens sont remplacés par des tables ou par des caisses placées le plus près possibles des fidèles, les bancs de communion et les grilles fermant les choeurs des églises sont supprimés, les confessionaux sont démolis, les vêtements et les objets liturgiques sont remisés dans les placards de sacristies, les prie-dieu et les agenouilloirs sont enlevés... Tout cela contribue à une sorte de banalisation des sanctuaires et, partant de là, à favoriser la désacralisation des cérémonies liturgiques qui s'y déroulent.
En 1974, Paul VI fait publier et distribuer aux évêques du monde entier le livret "Iubilate Deo" contenant le minimum de pièces grégoriennes que tous les fidèles de rite romain devraient connaître. Les évêques français ne diffuseront jamais cet opuscule. Le grégorien est déjà sur le chemin de l'oubli faute de ne plus être régulièrement chanté et, selon les promoteurs de la prétendue "liturgie nouvelle", il est bon qu'il disparaisse définitivement: du passé faisons table rase... Résultat: hormis chez les "traditionalistes", les fidèles de nos paroisses sont devenus incapables, en quelques années, de chanter ensemble un Credo ou le Pater noster. Et le fidèle qui demande aujourd'hui à un clerc une messe grégorienne, s'entend généralement répondre: "Les gens ne savent plus chanter en grégorien". C'est vrai: "ils" ne savent plus chanter. Mais à qui la faute? Qui leur a interdit de transmettre l'héritage de l'Eglise sinon les clercs eux-mêmes?
Viendra sûrement un jour où les historiens nous diront qu'une génération de prêtres post-conciliaires aura fait davantage de dégâts dans l'Eglise en France que la Révolution française elle-même.
En 1979, la Congrégation romaine pour l'Education catholique publie une Instruction sur "la formation liturgique dans les séminaires". Cette Instruction, riche d'enseignements importants, ne sera jamais appliquée dans les séminaires diocésains français. Tout à l'inverse de ce qui est demandé par cette Instruction, dans les séminaires diocésains de France, on apprend aux futurs prêtres à inventer des oraisons, à composer des prières eucharistiques, à célébrer la messe sans revêtir les vêtements prescrits (aube, cordon, chasuble... etc.). Les saluts du T.S. Sacrements sont interdits, tout comme la récitation du chapelet ou encore l'usage du chant grégorien. "C'est dépassé", disent les Supérieurs des séminaires français.
Comme résultat de cette dévastation devant laquelle nos évêques - une fois de plus - gardent un silence gêné ou complice, nous avons aujourd'hui des prêtres - et, parmis eux, des évêques - qui n'ont eu aucune formation liturgique et ne savent faire qu'une chose: reproduire et répéter toutes les erreurs qu'on leur a apprises du temps où on leur enseignait que, selon Vatican II, la liturgie devait être un chantier permanent où la libre expression, le bavardage et l'improvisation sont la norme.
Le 4 décembre 1988, à l'occasion du 25ème anniversaire de la Constitution Sacrosanctum Concilium de Vatican II, le pape Jean-Paul II fait publier une Lettre apostolique: or rien de ce qui est dit dans ce document ne trouvera le moindre écho dans les diocèses de France. Une chape de plomb identique tombera d'ailleurs sur d'autres documents magistériels tels que Ecclesia de Eucharistia, Redemptionis Sacramentum, ou encore Mane nobiscum. Nos évêques n'ont aucune raison de se sentir concernés par de tels documents puisque, selon eux, il n'y a pas de problèmes liturgiques en France. Naïveté ou volonté de désinformer?
En 2000, le pape Jean-Paul II fait publier la nouvelle "Introduction générale du Missel romain" et en 2202, il approuve l'édition révisée - et grandement améliorée! - du Missale romanum. Alors que ces ouvrages sont rapidement présentés et diffusés dans nombreux pays, ils restent ignorés en France: une majorité de prêtres - à l'exemple de leurs évêques - ne sait pas même qu'ils existent, et continue à célébrer l'Eucharistie en se référant plus ou moins à des livres devenus caduques.
3. LE CATECHISME
C'est à grand renfort de publicité et d'auto-satisfaction que les évêques de France nous annoncent, dans les années 80, la publication d'un ouvrage sensé donner un nouveau souffle à la catéchèse des jeunes: "Pierres Vivantes" est né. Ce livre sera accompagnés de "parcours catéchétiques" imposés aux fidèles - clercs et laïcs - chargés de la formation religieuse des enfants de 8 à 12 ans. En remarquant le contenu fort peu "orthodoxe" de ces manuels publiés par Bayard Presse, des parents et des prêtres protestent. En vain: ces couvrages ont été examinés, leur dit-on, par des "commissions épiscopales" (!) et sont revêtus de certificats de conformité. Les dérives de la catéchèse peuvent donc se poursuivre allègrement avec la bénédiction des évêques.
Pourtant, Jean-Paul II rappelle à temps et à contretemps ce que doit être une catéchèse véritable: un enseignement qui ne trahit pas l'intégrité du message de Dieu et qui transmet le contenu de la Révélation. Pour autant les mises au point magistérielles ne troublent pas les évêques français pourtant toujours si prompts à se "laisser interpeller par l'autre"... Il faudra attendre 1984 pour que le Cardinal Ratzinger adresse une lettre à Mgr Vilnet (alors Président de la Conférence des évêques de France) dans laquelle il est clairement précisé que le manuel "Pierres Vivantes" ne peut pas être présenté comme un "catéchisme" au sens formel du mot.
Mais pourquoi tenir compte de ce qu'écrit "ce" Cardinal Ratzinger qui, aux yeux de nos bons évêques passe déjà pour un personnage fermé, aux idées rétrogrades, coupé des réalités?
Bien entendu, les évêques de France ne pouvaient pas imaginer, à cette époque, qu'ils seraient un jour tenus de prier, à chaque messe, "en union avec le pape Benoît".
4. EN POLITIQUE
"(...) Il ne peut suffire d'aménager le capitalisme; il faut le supprimer pour permettre la promotion de la classe ouvrière. (...) Mais on ne peut s'arrêter en si bon chemin. La lutte des classes passe aussi par l'Eglise (...)". Tel est le contenu d'un rapport officiel de l'ACO (Action Catholique Ouvrière) datant des années 1970. Il ne sera jamais remis en cause par l'épiscopat français.
Dans une étude faite en 1979-1980, Brigitte Vassort-Rousset montre que les évêques de France sont majoritairement bienveillant à l'égard du discours socialo-communiste, la gauche ayant su convaincre que ses idées "généreuses" étaient proches des valeurs évangéliques. "Paul VI avait eu beau insister auprès des évêques en visite ad limina sur leur fonction première de docteur de la foi et de bâtisseurs d'unité, c'est leur désir d'engagement social qui l'a emporté", ajoute le journaliste Jean Bourdarias. Un seul évêque aura le courage de dénoncer les dérives que peuvent engendrer certains choix politiques: il s'agit du Cardinal Decourtray, Primat des Gaules, au cours d'une interview donnée au Figaro le 2 janvier 1990. Mais à la suite de ses déclarations, Mgr Decourtray subira des pressions telles, qu'il sera obligé très rapidement de s'infliger un démenti à lui-même.
Le vrai problème ne se trouve pas tant dans le fait que des évêques puissent faire des choix politiques, que dans le fait que progressivement, dans les évéchés, dans les paroisses, aux postes importants, vont être nommés des responsables - prêtres et laïcs - qui pensent comme leurs évêques. Et une fois à leurs postes, ces indéboulonnables bureaucrates auront les mains libres pour orienter plutôt à gauche toute la pastorale diocésaine via les réunions de secteurs, la formation des catéchistes, le choix des chants "engagés" pour les messes, la formation des séminaristes... etc.
Il ne se trouvera aucun évêque ayant assez de courage pour remettre à sa place tel responsable qui tient des propos pour le moins ambigus sur le plan socio-politique.
5. BIEN D'AUTRE "AFFAIRES"
L'affaire Lefebvre
La liturgie romaine restaurée à la suite du Concile ayant été falsifiée dès le départ et même interdite en France (il convient bien de dire "interdite" puisque le fidèle qui souhaite une messe célébrée strictement selon le missel actuel est obligé de demander une autorisation... qui lui est généralement refusée au motif qu' "il ne faut pas créer de précédent dans la paroisse" ou que "l'équipe liturgique n'est pas d'accord"), les évêques, par leurs silences sur les dérives liturgiques, vont incontestablement amplifier le mouvement lefebvriste.
A peine le schisme de Mgr Lefebvre a-t-il eu lieu, en juillet 1988, qu'on voit alors quelques évêques opportunistes se proposer de célébrer l' "ancienne messe", plus pour tenter de récupérer les fidèles récupérables que par conviction liturgique.
Nouveau coup d'épée dans l'eau: les fidèles n'ont plus guère confiance en ces pasteurs qui, après avoir tellement dénaturé la liturgie romaine actuelle et interdit qu'elle soit correctement célébrée, font maintenant semblant d'aimer les "belles messes en latin" d'avant le Concile.
L'affaire Gaillot
Il se trouve sûrement un plusieurs d'évêques français qui, sans oser le dire ouvertement, partagent les vues anti-romaines de Mgr Gaillot: ils s'habillent comme lui et parlent comme lui. La seule différence est qu'ils savent demeurer dans certaines limites et ne se montrent pas aussi souvent dans les médias que lui. Mais au fond...
Les ADAP (Assemblées Dominicales en l'Absence de Prêtre)
Pour nombre de clercs plus ou moins soutenus par leurs évêques, il faut que les fidèles apprennent à se débrouiller seuls. C'est ce qu'écrit le Père Gelineau dans Demain la liturgie. Selon ce grand spécialiste de la pastorale liturgique franco-française, les "ADAP ne sont qu'une transition pédagogique jusqu'à ce que les mentalités aient changé. Il est vrai qu'il y a - ajoute-t-il - encore trop de prêtres pour que les choses évoluent vite".
Trop de prêtres? C'est exact... du moins si l'on en croit certains évêques qui, jusque dans les années 90, déclarent sans rire que "la baisse des vocations est une chance pour l'Eglise" ou encore que "les fidèles sont aujourd'hui moins nombreux dans les églises, mais ceux qui y viennent encore sont plus fervents qu'autrefois".
Ne fallait-il pas aller jusqu'au bout du raisonnement épiscopal et dire carrément que la ferveur des baptisés est inversement proportionnelle au nombre des fidèles qui participent aux messes dominicales ?
Les églises vides: une chance pour l'Eglise en France ?
Le Cérémonial des Evêques (Caeremoniale Episcoporum)
Encore un ouvrage officiel superbement ignoré de la majorité des évêques français... tout comme fut ignoré, en son temps, le "Directoire pour le ministère et la vie des prêtres" publié en 1994 par la Congrégation pour le Clergé.
Le combat pour la défense de l'école libre.
Arrivés au pouvoir en 1981, les Socialistes étudient un projet de loi qui vise à faire mourir l'école libre à petit feu. Le Président de l'enseignement catholique, appuyé par les évêques, ne semble pas voir venir le danger. Seuls quelques évêques réagissent mollement avant d'abandonner le dossier de l'école libre au Parlement.
Tous les partisants de l'enseignement libre organisent une grandiose manifestation, en juin 1984, obligeant le Président Mitterrand à désavouer Alain Savary, alors Ministre de l'Education nationale.
Une grande manifestation qui aura mobilisé beaucoup de monde... à l'exception des évêques, bien entendu.
La visite du pape Jean-Paul II en France.
"Ne vous déplacez pas pour voir le pape; vous le verrez mieux à la télévision" disent certains évêques, craignent peut-être que l' "homme en blanc", par ses paroles autehntiquement catholiques, ne leur fasse de l'ombre.
Une fois encore, les fidèles passent outre ces (mauvais) conseils épiscopaux et viennent en masse accueillir Jean-Paul II. Ils ont organisé leurs déplacements à la rencontre su Souverain Pontife en ne tenant pas compte des circuits officiels mis en place par les diocèses et les paroisses, ce qui fait que jusqu'au dernier moment, les évêques seront incapables d'estimer le chiffre des baptisés qui seront présents pour recevoir le pape.
Surpris par tant de monde qui a fait le déplacement, nos évêques garderont le sourire, histoire de faire croire, peut-être, qu'ils ont encore le contrôle de ce qui se fait dans leurs diocèses.
"La Passion du Christ" de Mel Gibson
Lorsque sort dans les salles de cinéma "La Passion du Christ", de Mel Gibson, les évêques de France se montrent très réservés. Faut-il aller voir ce film "violent" (sic)? De très nombreux pasteurs le déconseillent: "Le visage du Christ transparaît moins que nos obsessions contemporaines: angoisse du mal, fascination pour la violence, recherche de coupables", déclare le très sérieux Conseil permanent de l'épiscopat français.
Heureusement, les fidèles armés de leur bon sens catholique passeront outre ces mises en garde.
Une fois de plus, notre épiscopat s'isole: partout ailleurs qu'en France, le film de Mel Gibson est accueilli avec enthousiasme, et dans de très nombreux pays, les conférences épiscopales locales conseillent vivement d'aller le voir et de prolonger la projection du film par la prière, ce que feront beaucoup de jeunes de la génération dite "de Jean-Paul II".
Le combat pour la vie
En janvier 2005, des fidèles se mobilisent pour une marche "pour la vie" et "contre l'avortement". Aucun évêque français ne participera à cette manifestation.
En d'autres pays (Espagne, Etats-Unis...), les évêques se montrent en première ligne... et habillés en évêques (soutane violette, croix pectorale) de façon à ce qu'on sache bien qu'ils sont là pour défendre, avec le peuple, les valeurs essentielles.
Les restructurations paroissiales
Dans tous les diocèses on restructure les paroisses. Et partout ces restructurations sont officiellement présentées comme une "chance", comme un signe de "renouveau", comme une marque de "dynamisme"... alors que tout le monde sait bien qu'il ne s'agit en réalité que d'un art d' "accomoder les restes": restes de paroisses, restes de curés, et restes de fidèles.
Mais ce qui est plus grave - et qui ne semble pas alerter outre mesure nos évêques - c'est que ces "restructurations" dissimulent une autre réalité. En voici une preuve parmi bien d'autres: dans un secteur paroissial proche de Strasbourg et qui compte cinq paroisses distantes de quelques kilomètres les unes des autres, il a été annoncé qu'à l'occasion de la mise en place officielle de la nouvelle "communauté de paroisses", le dimanche 28 janvier, une messe dominicale unique sera célébrée par l'Archevêque de Strasbourg, dans l'église principale du nouveau "secteur". Avec une seule messe pour cinq paroisses, l'église sera pleine: ça fera illusion et l'archevêque pourra triomphalement annoncer que la communauté est bien vivante.
Mais ce même dimanche, les personnes âgées ou n'ayant pas de moyen de locomotion, seront privées de messe: il n'y aura pas même de messes le samedi soir. Voilà le premier point qu'il faut relever.
Le second point concerne l'annonce faite officiellement dans les feuilles paroissiales distribuées aux fidèles du nouveau "secteur". Nous la livrons telle quelle: "(...) l'équipe d'animation pastorale partage désormais pleinement la charge curiale (...); la dynamique de la collégialité est enclenchée."
Il apparaît ici très clairement qu'on est en train de créer, à l'insu des fidèles, une nouvelle Eglise qui ne sera plus catholique puisque la vie sacramentelle ne sera plus exclusivement sous la responsabilité d'un prêtre, mais d'équipes locales qui seront autorisées - au nom de l'exercice de leur "charge curiale" - d'imposer leurs vues à l'ensemble des fidèles, prêtres y compris. Ce qui est pourtant totalement contraire au code de Droit canonique (cf. can. 520 et ss).
Quelle sera alors la fonction du prêtre dans ces nouvelles structures qui se multiplient dans les diocèses de France? Mgr Rouet, Evêque de Poitiers - et grand promoteur des "restructurations diocésaines" -, l'a clairement annoncé au cours d'une émission télévisée: "La charge essentielle et première des prêtres sera désormais de fédérer les communautés locales." (c'est bien connu: le Christ a envoyé ses disciples "fédérer" des communautés... cf. Mt. 28, 19).
Devenu un homme comme un autre, le "prêtre-super-manager" est dès lors psychologiquement réduit à l'état laïc (comme cela se remarque à sa façon de s'habiller et à la façon de s'habiller de certains évêques), même s'il conserve encore un titre de "clerc" qui l'autorise à poser certains actes... à condition d'obtenir l'accord des "équipes qui partagent sa charge curiale". Quant aux évêques eux-mêmes, devenus des sortes de "super-administrateurs" obligés de passer plus de temps derrière leurs ordinateurs ou en sessions, que devant le tabernacle de l'autel, il sont progressivement transformés en "ronds-de-cuir mitrés", selon l'expression du P. Louis Bouyer.
La conclusion s'impose d'elle-même : l'ordination sacerdotale apparaît désormais inutile. Le sacerdoce, en effet, devient superflu dans ce nouveau type d'Eglise où les célébrations de sacrements sont de plus en plus remplacés par des réunions dirigées par les équipes en place, et où le prêtre n'exerce plus qu'une fonction temporaire par députation. On peut donc, effectivement, s'interroger - comme le font déjà ouvertement certains évêques - sur l'opportunité du mariage des prêtres. Pourquoi le PDG du secteur paroissial n'aurait-il pas femme et enfants ?
Questions subsidiaires :
1. Qui est appelé à faire partie de ces omniprésentes "équipes" chargées d'exercer désormais une "charge curiale" dans les "secteurs"? Réponse: quelques laïcs qui "grenouillent" dans les milieux cléricaux généralement les plus ignorants des orientations émanant du Siège apostolique.
2. Qui est chargé de la (dé)formation des membres de ces "équipes"? Réponse: quelques prêtres soixante-huitards à la théologie insuffisante et à la pastortale plus que douteuse, mais qui sont néanmoins bien vus de leurs "pères-évêques" cravatés qui s'en servent pour mieux montrer une laïcisation de l'Eglise déjà en marche.
3. En vue de quoi sont formés les membres des nouvelles "équipes"? Réponse: en vue de s'auto-proclamer leaders d'une "Eglise nouvelle perpétuellement en projet" - comme l'annonce pompeusement un évêque -, ce qui revient à dissuader définitivement les derniers fidèles catholiques de nos paroisses à avoir confiance en leurs pasteurs.
CONCLUSION.
De manquements en manquements, l'épiscopat français semble de plus en plus constituer un "monde à part", parfois tellement refermé sur lui-même qu'il finit par se couper des réalités et, pire encore, de faire en sorte qu'on s'interroge à présent sur sa crédibilité et sur sa capacité à sortir l'Eglise en France des ornières dans lesquelles il l'a laissée s'embourber.
Comme l'a fort justement remarqué l'historien François-Georges Dreyfus, "la crise de l'Eglise de France n'est pas seulement institutionnelle, elle est plus encore intellectuelle (...). Tant sur les problèmes structurels que politiques, éthiques ou pastoraux, le catholicisme français (...) s'engage sur des voies qui sont plutôt des impasses."
Par François
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| 13/02/2006 22:09
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