Homélie de Mgr Centène à Sainte Anne d'Auray à l'occasion du l00 ème anniversaire du scoutisme
Dans la préparation de ce centenaire, les scouts de France ont dit qu'ils veulent « aider les jeunes a bâtir une vie qui à du sens ». Une vie qui a du sens, c'est une vie qui n'est pas refermée sur elle-même, dans l'égoïsme. Une vie qui a du sens, c'est le contraire du repli sur soi. Une vie qui a du sens, c'est une vie qui sait d'où elle vient et où elle va. Une vie qui a du sens, c'est une vie qui n'a pas peur de l'engagement, c'est une vie qui déploie toutes ses potentialités, dans la construction de l'amitié, de la fraternité, de la solidarité. Construire une vie qui a du sens, c'est faire l'apprentissage de toutes les valeurs qui rendent possible la vie en société. Faire du scoutisme, c'est forger des hommes capables de s'engager dans le service de leurs frères. Il faut comprendre que ceux qui ont su donner une telle grandeur d'âme à la jeunesse, un tel esprit de service, de renoncement, de don de soi, sont dignes de notre reconnaissance. Ils méritent que nous honorions leur mémoire. Mais la mémoire n'est pas seulement un hommage que l'on adresse au passé. La mémoire nous est nécessaire pour nous mêmes, pour notre identité, pour notre être. On ne peut exister, avoir une personnalité, avoir une conscience de soi, que si l'on a un rapport à la mémoire. Ce que je dis est peut-être difficile pour les plus jeunes, mais il ne faut pas renoncer à dire des choses difficiles. C'est en entendant des choses difficiles que l'on peut grandir et progresser. Depuis trop longtemps, sous prétexte de chercher à se faire comprendre on dit des choses plates, des choses qui ne font pas grandir. Je trouve que c'est une forme de mépris à l'égard des jeunes que de leur tenir un langage abêtissant, celui de la facilité! C'est vrai dans le domaine de l'éducation, c'est vrai aussi dans le domaine de la foi. Vouloir leur faire croire que la religion est une affaire d'enfants qui ne s'exprime qu'avec des mots d'enfants, c'est la réduire à n'être qu'un enfantillage sur lequel ils n'auront même pas l'idée de s'appuyer pour construire leur vie adulte. Le chemin semble ardu mais il faut comprendre une bonne fois pour toutes que ce n'est pas le chemin qui est difficile, c'est le difficile qui est chemin. C'est en surmontant les difficultés que l'on peut atteindre un but. Tous les scouts qui sont ici en ont fait l'expérience. Notre rassemblement d'aujourd'hui répond aussi à un devoir de témoignage. Nous devons témoigner de la jeunesse, témoigner pour la jeunesse. Pourquoi faut-il qu'en France, jeune soit synonyme de délinquant ? Pourquoi faut-il qu'en France on ne parle de jeunes que quand des voitures brûlent ? Pourquoi faut-il qu'en France on se croit obligé de distribuer des préservatifs aux jeunes avec les programmes électoraux, comme il a été fait à Vannes, vendredi dernier ? Pourquoi offre-t-on à la jeunesse une caricature d'elle-même tellement inquiétante, tellement troublante, tellement hideuse, qu'elle en vient à se détester jusqu'à faire du suicide sa première cause de mortalité? Pourquoi tout cela ? Parce que notre monde qui doute ne sait plus produire que des âmes de vieillards ! Qu'est-ce donc que la jeunesse ? Redoutée par les uns, achetée par les autres, flattée, honnie, objet de promesses ou de marchandages, enviée, crainte, imitée, contrefaite par des âmes vieillies qui tentent d'effacer les rides de leur peau pour masquer les flétrissures de leur cœur. La jeunesse est-elle une force d'appoint pour des organisations politiques en déshérence ? La jeunesse est-elle un alibi destiné à justifier toutes nos immaturités : psychologiques, morales, affectives, professionnelles, éducatives, familiales, sous le stupide masque du jeunisme qui n'est rien d'autre que la peur panique de la responsabilité de nos actes ? La jeunesse n'est pas avant tout un âge de la vie. Elle a quelque chose à voir avec le matin toujours nouveau de ce qui est éternel! Sa nature doit être recherchée aux sources de l'idéal, de l'enthousiasme, de la foi et de l'espérance. C'est là qu'il faut la protéger, la garder et la développer. C'est là qu'elle incarne l'avenir et qu'elle éclaire le monde. Nous avons le devoir de respecter sa fragilité et de favoriser sa croissance. Nous avons le devoir de garantir son autonomie et de lui proposer le cadre sans lequel elle ne saurait grandir. Nous avons le devoir de nous attendrir sur ses premiers pas tout en lui apprenant à canaliser les «ouragans de forces qu'elle tient en réserve ». La spiritualité du scoutisme se confond avec l'éloge de la jeunesse. Mac Arthur écrivait : « Vous êtes aussi jeunes que votre foi, aussi vieux que votre doute », je voudrait ajouter : l’émerveillement et la capacité de s’indigner sont des privilèges de la jeunesse, des privilèges qui vous appartiennent ! Il disait : «Vous resterez jeunes tant que vous serez réceptifs à ce qui est beau, bon et grand. », je voudrais ajouter: se battre pour la vérité et s'indigner devant le mensonge, la calomnie, l'étroitesse, sont les privilèges de la jeunesse, des privilèges qui vous appartiennent! Il disait: « On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d'années, on devient vieux parce qu'on à déserté un idéal. Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l'âme. », je voudrais ajouter : répudier la passivité, la compromission, le pessimisme, refuser la facilité, le cynisme, la veulerie sont des privilèges de la jeunesse, des privilèges qui vous appartiennent ! Des privilèges que vous devez proclamer ! Des privilèges que vous devez exercer !
Par François
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| 28/06/2007 21:57
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