Décidément, en France l'Eglise a un curieux visage : un visage proche de celui de Janus, la divinité romaine à deux faces. L'une des deux faces est celle que les représentants de l'Eglise de France donnent à voir au Saint-Siège, lorsqu'ils se rendent au Vatican ; l'autre face est celle qui se donne à voir ici-même, dans nos paroisses, dans nos diocèses, dans nos "réunions de secteurs". Rien à voir avec la première, hélas.

          Commençons par évoquer le cas de la liturgie (voir dans la rubrique catéchèse le texte sur la question de la catéchèse intitulé : Dieu n’est pas à vendre). Dans les années 90, Jean-Claude Didelot souhaite mettre à la disposition de tous les fidèles un missel romain de qualité : le "Missel Ephata". L'ouvrage doit être édité par Fayard. Aussitôt, Jean-Claude Didelot se voit suspecté, pourchassé, critiqué par les Evêques de France qui, en principe, auraient dû soutenir le projet puisqu'il allait dans le sens souhaité par l'Eglise. Quel péché a-t-il commis ? Il a édité un Missel sans payer de droits d'auteur... à l'Association des épiscopats de langue française, laquelle Association se dit détentrice absolue des traductions de la Parole de Dieu. Rien que ça !
          En réalité, certains Evêques de France ont vu d'un très mauvais oeil qu'on puisse mettre entre les mains des fidèles un Missel romain de qualité qui ferait ombrage à toutes les publications actuellement utilisées par des "équipes paroissiales" pour "préparer" les Messes... autrement dit, pour saboter la liturgie de l'Eglise de dimanche en dimanche.

          Jean-Claude Didelot, victime d'une véritable "nomenklatura" agissant dans l'Eglise qui est en France, publiera un livre savoureux et bien documenté dans lequel il montrera comment le simple fidèle qui veut bien faire, peut du jour au lendemain passer sous le rouleau compresseur d'une certaine bien-pensance ecclésiastique. Son ouvrage, publié chez Fayard, s'intitule "Clérocratie dans l'Eglise de France" ? Tout un programme !
Mais il n'y a pas que ce cas en liturgie. Qui n'a pas remarqué que les récents textes magistériels (Mane nobiscum, Ecclesia de Eucharistia, Redemptionis Sacramentum...) visant à donner aux célébrations eucharistiques paroissiales leur véritable sens et leur dignité, ont tous été passés sous silence dans nos diocèses ? Qui n'a pas remarqué qu'ils n'ont donné lieu à aucune explication, à aucune rectification des erreurs commises en liturgie, des erreurs qui, à force d'être répétées de messe en messe, sont devenues dans nos paroisses comme des particularismes typiquement gallicans.

          Quant au Missel romain dans sa version corrigée et améliorée - version qui seule fait autorité aujourd'hui - il n'en est nulle part question: ce Missel, publié sous l'autorité de Jean-Paul II, est introuvable en France; les prêtres ne l'utilisent pas et, dans leur grande majorité, ignorent même son existence. Certes, on nous annonce que ce Missel "amélioré", dont l'original est en latin, est en cours de traduction. Mais quand paraîtra cette traduction? Aux calendes grecques ? Possible, puisqu'il faut que la traduction faite en France soit ensuite présentée au Saint-Siège pour être approuvée. On peut ainsi faire longtemps traîner les choses: il suffit de présenter au Saint-Siège une traduction un peu défectueuse; elle fera ainsi des navettes entre Rome et la France, ce qui permettra à notre épiscopat de gagner un temps précieux... en attendant que ce Missel finisse par sombrer dans l'oubli. Mais officiellement, on nous assure qu'une commission travaille à la traduction fidèle de l'ouvrage. Donc tout est pour le mieux.

          Comme on le voit en France, Dieu n'a d'intérêt que s'il rapporte de l'argent. Les Missels, les textes des encycliques, les catéchismes, les enseignements magistériels, n'ont de légitimité aux yeux de nos Pasteurs que s'ils sont publiés par les réseaux "officiels" de l'Eglise gallicane. Une Eglise gallicane qui - on l'aura remarqué - fait toujours précéder le texte magistériel d'un commentaire concocté par on ne sait quel spécialiste local qui dit au lecteur comment il doit lire et comprendre les choses... c'est-à-dire pas forcément comme l'Eglise souhaite que le fidèle les lise et les comprenne.

          Oui, en France l'Eglise a un curieux visage : le double visage de Janus, comme on l'a dit plus haut. En veut-on encore des preuves ? Regardons sur Internet les sites qui montrent les liturgies célébrées au Vatican et auxquelles participent les Evêques Français. Réunis autour du pape, nos Pasteurs diocésains sont très dignes : soutanes violettes, aubes impeccables, chasubles, mains jointes... et aucune possibilité de bricoler la liturgie. Ils concélèbrent même la messe en latin et chantent tout en grégorien. Regardons ensuite les sites Internet des diocèses français. Quelle différence avec ce qui précède ! On y voit nos Pasteurs en complets-vestons, en chemise-cravate, ou simplement revêtus d'une djellaba blanche pour célébrer en paroisses… De plus, sur ces mêmes sites, il est très difficile de trouver les textes magistériels appelant à davantage de dignité, à d'avantage de tenue, à plus de respect de la liturgie. Ce qui émane de Rome n'est guère diffusé en France... Un religieux, voyant cet état des choses, expliquait : "Il semble que nous ayons des Pasteurs qui, par certains côtés, ressemblent à nos hommes politiques : ils s'adaptent aux milieux dans lesquels ils se trouvent, sachant se montrer progressistes dans un milieu progressiste, traditionalistes dans un milieu traditionaliste, romains lorsqu'ils sont reçus au Vatican, et soumis aux équipes liturgiques locales quand il s'agit de célébrer une messe dans une paroisse quelconque. Le seul mot d'ordre étant de ne pas faire de vagues... Mais quand il n'y a pas de vagues, c'est qu'il n'y a pas de vent. Et sans vent, un bateau n'avance pas..." (1)

          Revenons, pour conclure, à l'histoire de l'édition pirate du "Compendium" (vendu 18 euro par les circuits officiels français et 7 euro par l’édition du Bénin) (2). Ce qui arrive ici pousse des fidèles à réagir pour aller dans une autre direction que celle indiquée par l'establishment. Voilà pourquoi une pétition a été lancée : il s'agit d'obtenir le droit pour chaque fidèle catholique de pouvoir se procurer des Missels de qualité, des manuels de catéchisme irréprochables, des Bibles non édulcorées, les enseignements pontificaux auprès d'éditeurs catholiques vraiment désintéressés et pratiquant des prix abordables. Cette pétition sera remise à la Nonciature apostolique et à la librairie Editrice Vaticane.
            L'enjeu est très important : il faut demander aux autorités que cessent les monopoles ou les embargos sur les textes officiels de l'Eglise, et aussi que tout éditeurs catholique puisse obtenir de l'Eglise te droit d'éditer les documents à destination des fidèles au prix qu'il souhaite.
             On peut signer la pétition en se rendant sur le site Internet dont l'adresse est la suivante : http://www.dieunestpasavendre.com




Auteur : Denis Crouan
Copyright : Association Apostolat Sainte Thérèse

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(1) Le cléricalisme, c’est le pouvoir au lieu du service ; La bureaucratie, c’est l’excès d’administration ; la clérocratie, c’est la combinaison des deux ;
(2)     Voir l’excellente étude parue à ce sujet dans la revue l’Homme Nouveau du 29 octobre 2005

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