Décidément, en France l'Eglise a un curieux visage : un visage proche de celui de Janus, la divinité romaine à deux faces. L'une des deux faces est celle que les représentants de l'Eglise de France donnent à voir au Saint-Siège, lorsqu'ils se rendent au Vatican ; l'autre face est celle qui se donne à voir ici-même, dans nos paroisses, dans nos diocèses, dans nos "réunions de secteurs". Rien à voir avec la première, hélas.

        Après la liturgie, passons à la catéchèse (pour la liturgie voir le texte « Dieu n’est pas a vendre » dans la rubrique liturgie). Rome a donné depuis longtemps des lignes claires pour ce qui concerne la catéchèse. "Bravo et merci !" disent en choeur nos Evêques devant le Saint­ Père. Et revenus  dans leurs diocèses respectifs, ils font publier « pierres vivantes », véritable salmigondis dans lequel on peine à trouver de quoi enseigner clairement la foi catholique. « Pierre Vivantes » est rapidement accompagné de « parcours catéchétiques » dont l'usage par les catéchistes est rendu obligatoire. Des familles chrétiennes s'inquiètent, à bon droit. Rome intervient. Le Cardinal Ratzinger vient en France et fait des conférences à Paris et à Lyon, au cours desquelles il fait bien comprendre que « Pierres vivantes » ne peut pas, aux yeux de l'Eglise, être considéré comme un catéchisme, mais seulement comme un document à utiliser pour éventuellement compléter une catéchèse digne de ce nom.

          Le Vatican publiera par la suite le "Catéchisme de l'Eglise catholique", suivi d'un "Compendium"  sorte de catéchisme abrégé. Et c'est à l'occasion de la parution de ce "Compendium" qu'une nouvelle preuve nous est donnée du comportement pour le moins contradictoire de la bureaucratie épiscopale. En effet, alors que les Conférences épiscopales de divers autres pays s'empressent de faire une traduction du "Compendium" afin qu'elle puisse être distribuée aux jeunes rassemblés à Cologne à l'occasion des JMJ, la conférence épiscopale de France traîne des pieds : on pourra se procurer le "Compendium", annonce-t-on... mais seulement après les JMJ. Les jeunes catholiques d'expression française seront donc privés d'un ouvrage qu'ils auraient pu lire et déjà apprécier tant qu'ils étaient réunis autour de Benoît XVI.

         C'est alors qu'à la demande de la Conférence des Evêques du Bénin, un éditeur courageux publie, sans attendre le feu vert des Evêques de France, une version française du "Compendium", peu chère puisqu'elle est en vente à 7 €. Scandale ! Aussitôt la "clérocratie" française parle d'une "édition pirate" et fait publier une "version officielle" du "Compendium", vendue celle-ci à l8 €. Plus du double du prix de la version "pirate".

        Comme on le voit en France, Dieu n'a d'intérêt que s'il rapporte de l'argent. Les Missels, les textes des encycliques, les catéchismes, les enseignements magistériels, n'ont de légitimité aux yeux de nos Pasteurs que s'ils sont publiés par les réseaux "officiels" de l'Eglise gallicane. Une Eglise gallicane qui - on l'aura remarqué - fait toujours précéder le texte magistériel d'un commentaire concocté par on ne sait quel spécialiste local qui dit au lecteur comment il doit lire et comprendre les choses... c'est-à-dire pas forcément comme l'Eglise souhaite que le fidèle les lise et les comprenne.
          Oui, en France l'Eglise a un curieux visage : le double visage de Janus, comme on l'a dit plus haut. En veut-on encore des preuves ? Regardons sur Internet les sites qui montrent les liturgies célébrées au Vatican et auxquelles participent les Evêques Français. Réunis autour du pape, nos Pasteurs diocésains sont très dignes : soutanes violettes, aubes impeccables, chasubles, mains jointes... et aucune possibilité de bricoler la liturgie. Ils concélèbrent même la messe en latin et chantent tout en grégorien. Regardons ensuite les sites Internet des diocèses français. Quelle différence avec ce qui précède ! On y voit nos Pasteurs en complets-vestons, en chemise-cravate, ou simplement revêtus d'une djellaba blanche pour célébrer en paroisses… De plus, sur ces mêmes sites, il est très difficile de trouver les textes magistériels appelant à davantage de dignité, à d'avantage de tenue, à plus de respect de la liturgie. Ce qui émane de Rome n'est guère diffusé en France... Un religieux, voyant cet état des choses, expliquait : "Il semble que nous ayons des Pasteurs qui, par certains côtés, ressemblent à nos hommes politiques : ils s'adaptent aux milieux dans lesquels ils se trouvent, sachant se montrer progressistes dans un milieu progressiste, traditionalistes dans un milieu traditionaliste, romains lorsqu'ils sont reçus au Vatican, et soumis aux équipes liturgiques locales quand il s'agit de célébrer une messe dans une paroisse quelconque. Le seul mot d'ordre étant de ne pas faire de vagues... Mais quand il n'y a pas de vagues, c'est qu'il n'y a pas de vent. Et sans vent, un bateau n'avance pas..."
            Revenons, pour conclure, à l'histoire de l'édition pirate du "Compendium" (1). Ce qui arrive ici pousse des fidèles à réagir pour aller dans une autre direction que celle indiquée par l'establishment. Voilà pourquoi une pétition a été lancée : il s'agit d'obtenir le droit pour chaque fidèle catholique de pouvoir se procurer des Missels de qualité, des manuels de catéchisme irréprochables, des Bibles non édulcorées, les enseignements pontificaux auprès d'éditeurs catholiques vraiment désintéressés et pratiquant des prix abordables. Cette pétition sera remise à la Nonciature apostolique et à la librairie Editrice Vaticane.
            L'enjeu est très important : il faut demander aux autorités que cessent les monopoles ou les embargos sur les textes officiels de l'Eglise, et aussi que tout éditeurs catholique puisse obtenir de l'Eglise te droit d'éditer les documents à destination des fidèles au prix qu'il souhaite (2).
             On peut signer la pétition en se rendant sur le site Internet dont l'adresse est la suivante : http://www.dieunestpasavendre.com


Auteur : Denis Crouan
Copyright : Association Apostolat Sainte Thérèse

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