Définition de la liturgie par Mgr Robert Le Gall dans son dictionnaire sur la liturgie
De l'adjectif grec lèitos : « public », dérivé de léôs (en ionien laos), et du nom commun ergon : « service », « oeuvre », « travail ». La liturgie est donc, étymologiquement, un « service public », une œuvre faite au bénéfice du peuple. Dans les démocraties grecques, leitourgia désigne tout service rendu au bien commun par les citoyens, mais particulièrement la fonction publique dont le titulaire supportait les dépenses et qui consistait à organiser les chœurs, les jeux, à équiper les galères, etc. Quand saint Paul emploie le mot « liturge » (Rm 13, 6 ; 15, 16 ; Ph 2, 25) ou le mot « liturgie » (2 Co 9, 12 ; cf. Rm 15, 27), il l’utilise le plus souvent au sens d’office accompli au bénéfice d’une communauté. Au IIIe siècle avant Jésus Christ, la traduction grecque des Septante rend le terme hébreu ’abodah (« service cultuel ») par leitourgia : il ne s’agit donc plus d’une œuvre dont le peuple est le bénéficiaire, mais dont il est le sujet ; la liturgie devient le « service » religieux et rituel, rendu à Dieu par la communauté rassemblée en son nom.
Il ne faut pas choisir entre ces deux lignes de signification : l’ « Œuvre de Dieu » est indissolublement l’Œuvre que Dieu accomplit en son Peuple et l’Œuvre que le Peuple fait pour son Dieu : le « service divin » est à la fois le salut opéré par Dieu en son Église et le culte rendu à Dieu par cette Église. Une conception intégrale de la liturgie inclut donc l’agir de Dieu en notre faveur et notre agir communautaire formellement dirigé vers lui. La liturgie est la rencontre de Dieu et de son Peuple pour la célébration de leur Alliance ; en cette rencontre, l’acte de Dieu est premier (ligne descendante), car c’est lui qui a l’initiative de l’Alliance et qui suscite la réponse du Peuple (ligne ascendante). Nos actes liturgiques, qui constituent le culte divin, rejoignent, grâce à la médiation du Christ, suprêmement exercée en son sacrifice sauveur, l’Œuvre sanctificatrice de Dieu qui nous fait entrer dans son Alliance.
Ainsi peut-on comprendre la définition donnée par le deuxième concile du Vatican : « La liturgie est considérée à juste titre comme l’exercice de la fonction sacerdotale de Jésus Christ, exercice dans lequel la sanctification de l’homme (ligne descendante) est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux (sacrements et sacramentaux), et dans lequel le culte public intégral (ligne ascendante) est exercé par le Corps mystique de Jésus Christ, c’est-à-dire par le Chef et ses membres » (Constitution sur la sainte Liturgie, n° 7 ; les mots entre parenthèses sont ajoutés au texte). Les deux « lignes » qui intègrent la liturgie et réalisent, grâce au Christ, la synergie de Dieu et de son Peuple, se résolvent dans le flux et le reflux de la vie trinitaire : don du Père au Fils, élan du Fils vers le Père, dans le dynamisme de l’Esprit. La liturgie du ciel emporte les élus dans « le Fleuve de Vie qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau » (Ap 22, 1). La liturgie céleste est la vie éternelle au sein de la Trinité : elle a donc valeur de fin dernière. L’Apocalypse, en effet, nous présente la vie dans l’au-delà comme une immense et grandiose liturgie. Ici-bas, la liturgie n’est pas une fin, à proprement parler : on ne peut pas, maintenant, s’établir à demeure dans l’activité liturgique — contre tout « liturgisme » —, trop dense pour notre faiblesse. La liturgie ne remplit pas toute l’activité de l’Église (Ibid., n° 9), mais elle en est la source et le sommet (Ibid, n° 10). Toute l’existence chrétienne a une portée liturgique : née dans une liturgie, elle ne cesse de venir d’une liturgie pour aller à une liturgie, mais elle est encore trop infirme pour n’être que liturgie. Voir Contemplation, Prière, Vie, Œuvre de Dieu, Office, Service, Médiation, Esprit Saint, Sacrement, Sacramental, Heures, Religion, Signe, Symbole, Paraliturgie, Laïc, Culte.
Définition de la liturgie selon le catéchisme de l'Eglise Catholique de 1992
Numéro 1070 Le mot "Liturgie" dans le Nouveau Testament est employé pour désigner non seulement la célébration du culte divin (cf. Ac 13,2; Lc 1,23 ), mais aussi l'annonce de l'Evangile (cf. Rm 15,16; Ph 2,14-17 et Ph 2,30 ) et la charité en acte (cf. Rm 15,27; 2Co 9,12; Ph 2,25 ). Dans toutes ces situations, il s'agit du service de Dieu et des hommes. Dans la célébration liturgique, l'Eglise est servante, à l'image de son Seigneur, l'unique "Liturge" (cf. He 8,2 et He 2,6 ), participant à son sacerdoce (culte) prophétique (annonce) et royale (service de charité):
C'est donc à juste titre que la liturgie est considérée comme l'exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ, exercice dans lequel la sanctification de l'homme est signifiée par des signes sensibles et est réalisée d'une manière propre à chacun d'eux, dans lequel le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire par le Chef et par ses membres. Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu'oeuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l'Eglise, est l'action sacrée par excellence dont nulle autre action de l'Eglise ne peut atteindre l'efficacité au même titre et au même degré ( SC 7 ).
Par François
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| 12/04/2008 22:20
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3 commentaires
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par Bob, le Dimanche 13 Avril 2008, 18:04
Répondre à ce commentaireEcône, le séminaire intégristePour la défense de la "vraie foi", 55 jeunes se préparent à devenir prêtre parmi la Fraternité Saint-Pie-X.Séminaire d’Ecône (Suisse). Cérémonie d’ordinations par Mgr Marcel Lefebvre, excommunié en 1988. (GADMER JEAN CLAUDE/ciric)Rien ne distingue, de prime abord, le séminaire d’Ecône d’un monastère. Si ce n’est, sur la route qui grimpe vers l’église de pierre grise, ce petit groupe de jeunes hommes en soutane noire, qui rentre au bercail après une promenade. C’est ici, au cœur du Valais suisse, que Mgr Lefebvre a fait sécession il y a trente-six ans.En 1970, l’ancien supérieur général des Pères du Saint-Esprit refuse le nouveau rite de la messe, promulgué par le pape Paul VI après le concile Vatican II, et crée la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Sur ce morceau de terre accroché aux coteaux de vigne, le futur évêque schismatique accueille ses premiers séminaristes en 1970.En 1988, il ordonne, contre l’accord de Rome, quatre évêques pour continuer son œuvre. Le lendemain, le prélat, par ailleurs proche des milieux français de l’extrême droite, le concélébrant et ces quatre nouveaux « évêques » seront excommuniés.Aujourd’hui, 55 séminaristes, en majorité français, poursuivent leurs études dans l’austère demeure valaisanne, encadrés par six professeurs. Deux ans de philosophie, puis cinq de théologie, dans une ambiance monacale : cellules individuelles, repas en silence.Au séminaire d’Ecône, les prêtres catholiques qui obéissent à Rome sont appelés « prêtres conciliaires » et il est de bon ton de moquer leur ignorance. « Nos séminaristes savent tout ce qu’ils savent, et bien plus encore », explique l’abbé Benoît de Jorna, 55 ans, directeur du séminaire. Ici, les vieilles méthodes d’enseignement ont toujours cours. « Ni dialogue ni échange, précise l’abbé de Jorna. Le maître enseigne, les élèves écoutent. »A Ecône, le temps semble s’être arrêté en 1970. Hormis les deux ordinateurs de la bibliothèque, aucune concession à la modernité. Dans l’enceinte du séminaire comme dans l’église attenante, la messe est célébrée selon le rite saint Pie V, c’est-à-dire en latin, dos au peuple. La seule « vraie messe », selon les lefebvristes.Aujourd’hui, la FSSPX représente, à travers le monde, 463 prêtres (dont 130 en France) et 170 séminaristes répartis dans six séminaires, dont celui d’Ecône, pour environ 130 000 fidèles. Elle possède 159 prieurés et 725 centres de messe. Elle ordonne en moyenne 20 prêtres par an (à titre de comparaison, l’Eglise catholique compte, elle, 22 000 prêtres en France et plus d’un milliard de fidèles à travers le monde). Selon ses membres, la FSSPX, forte d’un patrimoine considérable, ne vit que des dons et legs de ses fidèles.Benoît XVI, mieux perçu que son prédécesseur Jean-Paul II par les milieux intégristes, a repris contact en août 2005 avec le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay, l’un des quatre évêques excommuniés en 1988.Depuis, la question des intégristes a été inscrite à l’ordre du jour de la réunion des cardinaux à Rome, en mars dernier, en vue d’une éventuelle levée de l’excommunication. Le P. de Jorna s’avoue circonspect. Il estime, en effet, qu’un retour de sa communauté dans le giron de l’Eglise ne serait possible qu’à condition que Rome revienne à la messe pré-conciliaire ! « Pour moi, c’est une question de morale. Je ne peux pas laisser faire quelque chose que j’estime mauvais. »Beaucoup, à Ecône, sont convaincus de détenir la vérité. « La vraie foi est attaquée par des nouveautés introduites dans l’Eglise, comme l’œcuménisme, la collégialité, la liberté religieuse, estime Olivier Storez, 22 ans, qui a réussi le concours de l’école d’ingénieurs Sup Aéro, avant de rejoindre le séminaire. J’obéirai aux supérieurs de la FSSPX. Mais je ne suis partisan d’un rapprochement avec Rome que si le pape revient à la défense de la vraie foi. »
Commentaires
1 -par Martine, le Dimanche 13 Avril 2008, 14:54 Répondre à ce commentaire