Si j'ai acquis une conviction, c'est que, dans les rapports avec autrui on ne saurait être trop bon et trop doux dans les formes ; La douceur est la première des forces, et la première peut-être des vertus, parmi celles qui se voient. Et plus que jamais, je crois que la vie est belle dans les pires circonstances, quand on y regarde Dieu qui y est toujours ....
Ne t'inquiète pas de la valeur de ta vie, de ses anomalies, de ses , déceptions, de son avenir plus ou moins obscur et sombre.

Tu fais ce que Dieu veut.

Tu lui offres, au milieu de tes inquiétudes et de tes insatisfactions, le sacrifice d'une âme humiliée, qui s'incline malgré tout devant une Providence austère.
Peu importe que d'autres fassent plus de bien que toi et à moins de frais : l'essentiel n'est pas de faire du bien, mais de tenir la place, même intérieure, voulue par Dieu.
Peu importe que dans l'intime de toi-même tu sentes comme un poids naturel, la tendance à te replier sur tes tristesses et tes défauts....
Peu importe que humainement tu te trouves ratée, si Dieu, Lui, te trouve réussie, à son goût…

Petit à petit, Notre Seigneur te conquiert et te prend pour Lui... Parce que ton action doit porter loin, elle doit émaner d'un coeur qui a souffert ; c'est la loi, douce en somme…

Je t’en prie, quand tu te sentiras triste, paralysée,
Adore et confie-toi.

Adore, en offrant à Dieu ton existence qui te parait abîmée par les circonstances: quel hommage plus beau que ce renoncement amoureux à ce qu'on aurait pu être !

Confie-toi, perds-toi aveuglément dans la confiance en Notre Seigneur qui veut te rendre digne de Lui et y arrivera, même si tu restes dans le noir jusqu'au bout, pourvu que tu tiennes Sa main, toujours, d'autant plus serrée que tu es plus déçue, plus attristée.

Sois heureux fondamentalement, je te le dis. Sois en paix. Sois inlassablement doux.

Ne t'étonne de rien, ni de ta fatigue physique, ni de tes faiblesses morales.

Fais naître et garde toujours sur ton visage le sourire, reflet de Notre Seigneur, qui veut agir par toi, et, pour cela, se substituer toujours plus à toi.

Plus tu te sentiras petite, plus tu adoreras bien, parce que tu parleras plus du fond du coeur ; et plus tu adoreras bien, plus Dieu entrera dans tes imperfections et se servira de toi, toute médiocre que tu sois, pour faire rayonner beaucoup de bien…

Tu t'inquiètes de voir autour de toi les vertus grandir et toi rester stationnaire. Humilie-toi, prie, demande... mais ne te trouble pas ! L'essentiel n'est pas que ce soit moi l'âme la plus sainte, la plus aimée, la plus privilégiée. Tant mieux si Notre Seigneur est aimé beaucoup autour de moi ; Mon seul idéal est d'être le serviteur, la servante, à qui le maître donne, dans son cœur, la place qu'il veut et qui ne désire que ceci : être fidéle.

Au fond de ton âme place avant tout comme immuable, comme base de toute activité, comme critère de la valeur et de la vérité des pensées qui t'envahissent la paix du coeur, la paix de Dieu. Tout ce qui te rétrécit, et t'agite, est faux, au nom même des lois de la vie, au nom des promesses de Dieu. 



Pierre Teilhard de Chardin

 

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