De la revue Homme Nouveau du 05/10/2003

Bible : une nouvelle attaque

A propos de la Bible de Bayard pour adolescents

Sur le modèle de la Bible publiée en 2001 pour adultes, les éditions Bayard jeunesse publient ce mois-ci une nouvelle Bible illustrée. Un même détournement de textes qui met en péril le jeune public.

Par Stéphen VALLET

Une nouvelle Bible pour la jeunesse? Une bonne idée en soi. Il existe un véritable manque de culture religieuse dans la jeunes­se en France. Et de ce fait une véritable soif, parfois qui s'ignore, et qui souvent trouve sa pitance ailleurs. Dans les nouvelles for­mes de religiosités et dans les sectes par Exemple.

Un produit reconditionné

L'idée des éditions Bayard est judicieuse. Le travail éditorial est important: introductions, résu­més, intertitres permettent une meilleure compréhension du tex­te. Des cartes, une chronologie, un glossaire ainsi qu'un index apportent un complément indis­pensable. Cette nouvelle Bible pour la jeunesse aurait pu appor­ter un service important dans le cadre de la Nouvelle évangélisa­tion. À condition que cette Bible fut vraiment... la Bible. Malheu­reusement, la Bible Bayard pour la jeunesse est un produit recon­ditionné de la fameuse Bible Bayard pour adulte. En septembre 2001 paraissait ce que l'éditeur présentait comme une nouvelle traduction fran­çaise de la Bible. Traduction, trahison? En fait de nouvelle traduction les éditions Bayard avaient fait ap­pel à une vingtaine d'écri­vains, dont cer­tains n'avaient même pas la foi, pour donner une traduction mo­derne des Écri­tures. La grande nouveauté de cette traduction résidait donc dans l'utilisation d'un français ultra-contemporain, censé ré­pondre aux besoins d'une époque. Les 27 exégètes qui avaient tra­vaillé en collaboration avec les écrivains pour garantir la traduc­tion appartenaient en fait au cou­rant dominant, fortement teinté de modernisme. La Bible Bayard, outre son côté franchement vul­gaire dans certains passages, représentait surtout un détour­nement de texte, une sécularisa­tion des Écritures saintes, une offense à la foi.
La Bible illustrée reprend tout simplement une sélection des textes essentiels de cette traduc­tion sécularisée à outrance. Cette sélection, outre l'accompagne­ment éditorial, bénéficie d'illus­trations dues à la plume de plus de 28 dessinateurs. Il s'agit tou­jours du même principe: la plu­ralité. Pluralité des traductions. Pluralité des approches exégé­tiques. Pluralité des dessins. La Bible n'est plus un texte sacré qui répond à une unité spirituelle (l'Ancien Testament comme annonce de ce que réalise le Nouveau Testament), mais un « produit » comme un autre qui s'ouvre à autant d'interprétations possibles. On ne se laisse plus informer par l'Écriture, que l'Église nous garantit être la Parole de Dieu et dont elle nous donne l'interprétation correcte_ Au contraire, on joue avec le tex­te saint pour qu'il devienne ce que l'on est, qu'il se modèle sur nous, qu'il reflète ce que nous sommes, ce que nous vivons, ce que nous pensons. Toute distance avec texte disparaît.

Un projet horizontal

D'ailleurs, l'éditeur ne cache pas le sens de son projet. « la véritable force de cette Bible illustrée, c'est d'être avant tout une création artistique ambitieuse ». Le but est uniquement naturel. On détourne ainsi la Bible. Une ambition horizontale, naturaliste. De plus, la Bible n'est pas perçu comme un livre sacré. S'il s'agit d'une « Bible résolument moderne et accessible », c'est qu'il s'agit seulement « des textes fondateurs de notre culture ». Autrement dit, là encore, l'aspect surnaturel et spirituel du texte est complètement dépassé. La Bible est, bien sûr, au fondement de notre culture. Mai de surcroît. Elle est d'abord l'un des fondements de notre foi, dan la mesure où l'Église nous la donne et nous garantit son interprétation. Historiquement, la culture a découlé de la foi. Pas l'inverse.
La Bible Bayard avait bénéficié des encouragements de la Commission doctrinale de l'épiscopat français. Puis Mgr Guillaume, évêque de Saint-Dié, dans la revue Kephas, avait exprimé son malaise face à cette Bible. Dernièrement, Mgr Cattenoz, évêque d'Avignon, l'a publiquement critiquée. D'autres évêques parleront-ils cette fois-ci ? Il y va maintenant de la foi de nos enfants ! Affaire à suivre…



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